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Kouachi, Coulibaly, des terroristes made in France : le produit d'une société qui paye mais n'accueille pas

Lorsqu'ils étaient enfants, l'Etat a provisoirement pris en charge les frères Kouachi. Puis il les a hébergés en foyer, a financé un contrat aidé, et enfin, leur a fourni des logements sociaux. Mais ce n'était pas suffisant.

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Kouachi, Coulibaly, des terroristes made in France : le produit d'une société qui paye mais n'accueille pas

Lorsqu'ils étaient enfants, l'Etat a provisoirement pris en charge les frères Kouachi (ici en illustration : Cherif Kouachi). Crédit Reuters

Une fois admis les effets de la guerre en Moyen Orient sur les récents évènements français, il faut se poser des questions plus concrètes. Certes Saïd, Chérif et d’autres sont partis s’entraîner hors de France et ont peut-être été commandités ou soutenus par des réseaux étrangers ; ils ont visé une cible frappée par une fatwa et un commerce juif. Il n’empêche, ils sont Français, nés ou élevés en France et nous ne pouvons donc pas rejeter toute la responsabilité de leur parcours et de leur haine à notre égard sur « le parti de l’étranger ».

On ne peut pas non plus l’imputer à leur religion, ni même à leur entourage.

Ils ne sont en rien représentatifs des musulmans français qui ont toujours clamé leur refus de ce type de combat et ont choisi, sans état d’âme,  pour ceux d’entre eux à qui ces dessins apparaissaient outrageants, l’arme du procès.

Deux questions se posent donc : pourquoi ont-ils embrassé la cause de la défense contre un outrage fait aux images sacrées de leur religion et pourquoi ont-ils voulu défendre jusqu’à en tuer et mourir leur communauté ?

Il apparaît que pour une grande part des jeunes qui embrassent cette cause, leur conversion ou du moins leur zèle pratiquant est tardif. Le fanatisme n’est pas ce qui leur a été transmis dans leur éducation religieuse, s’ils en ont eu une. Plus souvent ils n’en ont pas eue.

Leur recherche religieuse fait pourtant écho à un phénomène plus large : dans notre vieille Europe qui avait cru éradiquer les religions, il y a bien un retour du sentiment religieux et du besoin d’une appartenance communautaire. Plus ce besoin sera dénié, surtout dans des milieux où la transmission par les familles des mythes et rites ne s’est pas faite, du fait de la transplantation due à l’immigration, plus il risque de resurgir de manière perverse et violente.

La violence dont ils ont fait preuve envers les journalistes de Charlie Hebdo n’était pas comme on l’a dit, barbare, sans signification. C’était une réaction justement à ce qu’ils ont d’autant plus ressenti comme une humiliation que leur identité musulmane était récente, fragile et peu enracinée.

Les caricatures diverses de Charlie Hebdo relèvent de l’idéologie selon laquelle aucune autorité, légale, morale, religieuse ne doit être respectée ou plutôt toutes peuvent être critiquées par l’humour. C’est le fondement de la culture française, ainsi que le disait Cabu, tout peut être caricaturé.

Pour la plupart des athées ou croyants critiques de notre pays, la croyance est affaire de conscience individuelle, de libre arbitre et non pas d’appartenance communautaire.

Chacun construit son identité sociale par ses diplômes, son statut professionnel, éventuellement son statut familial et la religion représente une sphère privée, individuelle et cachée. D’où l’interdiction du port de signes religieux dit ostentatoires, c’est-à-dire visibles. La foi, le rapport aux dieux, la recherche spirituelle sont cantonnés à la forteresse de la conscience individuelle.

Ce qui a choqué les croyants dans les caricatures de Charlie Hebdo c’était le blasphème : pour un croyant le sacrilège n’est évidemment pas aussi anodin que pour un incroyant qui n’a pas conscience de la force sacrée de l’image. Mais certains ont aussi été humiliés par la moquerie. Le ressenti du moqué n’est pas objectif, c’est un sentiment.

La blague antisémite n’est acceptable (et largement pratiquée) qu’à l’intérieur de la communauté juive. Sinon c’est de l’antisémitisme.

Les catholiques, au long passé majoritaire dans notre pays se sentent blessés par les blasphèmes, les moqueries. Mais il s’agit, en France, d’un vieux combat, aux lances émoussées par l’histoire.

Les protestants ont fait de cette ironie moqueuse une culture.

Il me semble qu’il ne peut en être de même que de quelques musulmans, ceux  à qui leur position sociale ou intellectuelle offre une protection suffisante pour ne pas se sentir rejetés.

Car pour ces jeunes, l’Islam est avant tout ce qui leur procure une communauté d’appartenance. C’est à dire un groupe auquel ils peuvent s’identifier, qui les fait exister. Dès lors, la moquerie les humilie.

La moquerie intra-communautaire est une bonne manière de relativiser les idoles, quelles qu’elles soient. Mais la moquerie exercée sur une communauté par d’autres est ravageuse. Surtout quand on est dans un pays qui réclame le respect des idoles et des rites nationaux, la Marseillaise, le drapeau français, les autorités de l’Etat, les magistrats…

Mais pourquoi ces jeunes-là ripostent-ils en tuant et en se battant à mort ? Pourquoi se sont-ils jetés corps et âme et de manière aussi exclusive dans les bras de ces gourous recruteurs ?

Quelle alternative leur a-t-on offerte ?

Ecoutons ce que disait de Saïd et Chérif leur avocat Vincent Ollivier, qui a défendu Chérif en 2005, au moment où il est arrêté parce qu’il allait partir combattre : « Les frères, comme une soeur et un autre frère, ont eu une enfance bouleversée par la mort de leurs parents, des immigrés algériens. Né à Paris, Chérif Kouachi passe son enfance en foyer, avant de vivre de petits boulots. Il était comme un certain nombre de jeunes : il avait un travail alimentaire qui lui permettait de financer une existence qui n'était pas des plus intéressantes ».

On a appris ainsi que pendant la maladie de leur mère, ils ont été hébergés en foyer de l’enfance pendant deux ans, puis les deux aînés auraient passé six ans dans une maison d’accueil pour enfants de l’aide sociale à l’enfance, en Corrèze.

Ce sont donc des orphelins, à qui les services d’aide sociale à l’enfance n’ont pas pu préserver ce qui leur restait de famille et qui ont été envoyés, eux les enfants venus d’Algérie, puis ayant grandi à Paris, en Corrèze.

En Corrèze on se rappelle des adolescents sages, bien intégrés, participant aux clubs de foot locaux, ni violents, ni indisciplinés.

 
Commentaires

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  • Par Gré - 16/01/2015 - 12:17 - Signaler un abus Insulte

    Heureusement, ce forum nous demande de renoncer à l'insulte et, comme je respecte la loi, je ne vais pas utiliser le seul nom qui pourrait définir cette dame. Toutefois, je lui ferai remarquer que l'immense majorité des enfants vivant en foyer, sont lâchés dans la nature sans repaires et qu'ils ne deviennent pas terroristes. C'est leur faire INJURE que de dédouaner les frères K. pour ces raisons. C'est l'Islam - dans son interprétation intégrale - et rien d'autre - qui est responsable de ce qui est arrivé. Vous osez dire qu'ils ont été rejetés ? J'ai eu dans ma jeunesse des contacts avec de jeunes musulmans fraîchement arrivés. Ils ont vite cessé PARCE QUE LEURS PARENTS REFUSAIENT QU'ILS VIENNENT JOUER AVEC NOUS ! Oui,nous, tous les enfants du quartier, nous avons été rejetés dans notre propre pays. MARRE d'entendre radoter des c... par des gens qui n'ont, si ça se met, jamais VECU avec un immigré musulman.

  • Par LouisArmandCremet - 16/01/2015 - 13:13 - Signaler un abus Hem...

    "Les catholiques, au long passé majoritaire dans notre pays se sentent blessés par les blasphèmes, les moqueries. Mais il s’agit, en France, d’un vieux combat, aux lances émoussées par l’histoire." ce passage fait passer les catholique choqué par les caricatures anti-chrétiennes de charli hebdo, pour de vieux réactionnaires nostalgiques des croisades et que sais-je encore. "il faut donc que notre République une et indivisible apprenne à pratiquer la tolérance et la coexistence pacifique entre les diverses tribus." En dehors du vibrant hommage sous tendu dans ce passage à la république de l'an II, je constate que la solution est d'abord de faire de ces jeunes des français, dans l'âme pas que sur le papier. Ca n'est pas la solution qui est sous entendue ici mais c'est pourtant celle qui marcherait. Si on cesse d'avoir honte de notre passé, et pas seulement celui d'après 1789, si on est fier de la France et de ce qu'elle a apporté à l'histoire et qu'on enseigne cette histoire alors seulement on pourra donner la fierté d'être français à tous les jeunes de notre pays qu'ils soient issus de l’immigration ou non !

  • Par jmpbea - 16/01/2015 - 17:31 - Signaler un abus Encore une bisounours qui nous enfume

    Par jmpbea - 16/01/2015 - 17:28 - Signaler un abus Malek Boutik aujourd'hui sur France Info... Un commentaire dévastateur sur la gabegie locale....les élus locaux des villes où les musulmans sont nombreux, pour garder le calme social et les voix de leurs électeurs, engagent dans les équipes municipales des gens douteux, parfois des dealers qui leurs renvoient l'ascenseur tout en créant leurs propres structures sociétales...le mal est bien plus profond car les politiques sont impliqués à fond dans cette démission de l'autorité de l'Etat...Valls a du boulot....

  • Par bjorn borg - 16/01/2015 - 19:25 - Signaler un abus Un troll

    sur le forum?

  • Par Anguerrand - 16/01/2015 - 21:05 - Signaler un abus Remarquables interventions des 3 premiers intervenants

    Gré, Louis Armand et jmbpea. Enfin des arguments de valeur, ça fait plaisir d'enfin trouver des interventions de personnes qui parlent et argumentent en connaissance de cause. Ça change des FN et de leur récitation de la grande gourou MLP et son UMPS. Je ne permet pas de rajouter un argument, bravo les gars.

  • Par kiki08 - 16/01/2015 - 23:06 - Signaler un abus moyens

    on vas encore nous parler de manques de moyens .

  • Par vangog - 17/01/2015 - 00:28 - Signaler un abus Cette inspectrice veut "offrir" un environnement...

    sans doute encore au nom des Français, après avoir beaucoup puisé dans leur portefeuille pour "offrir" à ces jeunes des années d'assistanat infructueux...en bref, l'inspectrice constate l'échec et dit: " on n'en a pas offert assez!..." Pitoyable dérision de l'échec socialiste, incapable de faire son mea-culpa et réclamant d'aller toujours plus loin dans l'échec de l'assistanat... Non! La réponse est bien plus simple. C'est l'assistanat gauchiste qui a fragilisé ces jeunes, les rendant vulnérables à tous les extrémismes, toutes les lâchetés! La solution! Laisser ces jeunes affronter une vie normale ou l'emploi existait à profusion avant que les gauchistes n'en tarissent la source. Et consacrer l'argent dépensé en pure perte pour ces secondes et troisièmes générations d'immigrés, à la création et à la préservation des entreprises, seules capables de créer un socle solide à leur "environnement"...c'est pourtant simple! Mais les Français sont souvent imperméables à la simplicité...

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Hélène Strohl

Hélène Strohl, inspectrice générale honoraire, a écrit L’Etat social ne fonctionne plus (Albin Michel), Recettes d’hier et d’aujourd’hui, le livre de la jeune mariée (Jérôme Do Bentzinger) et avec Michel Maffesoli Les nouveaux bien-pensants (Ed du Moment)

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