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"J’aime ma boîte" : le débat Sophie de Menthon / Ghislaine Tormos, ex CGT PSA d’Aulnay

L'événement "J'aime ma boîte" vise à rétablir une relation positive entre les salariés et leur entreprise. Les Français ont même une image globalement positive de leurs entrepreneurs. Pourtant les mauvaises pratiques, et un contexte économique tendu, empêchent une partie des salariés de se sentir pleinement "en harmonie" avec les employeurs.

Malaise en entreprise

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"J’aime ma boîte" : le débat Sophie de Menthon / Ghislaine Tormos, ex CGT PSA d’Aulnay

Un contexte économique tendu empêche souvent une partie des salariés de se sentir pleinement "en harmonie" avec les employeurs. Crédit REUTERS/Kacper Pempel

Atlantico : Sophie de Menthon, vous animez l’événement "J’aime ma boîte" qui doit permettre de réconcilier les Français qui travaillent dans le secteur privé avec leur entreprise. Pourquoi est-ce important selon vous d’impulser un tel mouvement ?

Sophie de Menthon : En célébrant cette journée, on endigue le "mal français". Nous avons un problème dans le rapport à la hiérarchie, au travail, à l’entreprise. Nous avons transposé la lutte des classes au sein de l’entreprise. Nos syndicats sont politiques et clivants. On sait aujourd’hui que notre salut en France dépendra des entreprises.

Donc une fois dans l’année pouvoir dire "pouce" et reprendre notre slogan de cette année "j’aime ma boîte, et je l’assume" c’est un symbole fort. "Je l’assume" cela veut dire beaucoup. Lorsque l’on se montre positif vis-à-vis du monde de l’entreprise, on se fait quasiment traiter de masochiste. Or, le sondage d’OpinionWay qui vient de paraître montre que 70% des Français "aiment leur boîte". C’est énorme, et les Français se montrent finalement très confiants. De plus, dans un contexte où de plus en plus de Français se retrouvent sans travail, cela est plutôt réjouissant d’en avoir un. Et reprocher à l’entreprise la situation économique morose ne mène à rien.    

Comprenez-vous cependant que le message que vous voulez faire passer ne va pas forcément de soi pour des salariés qui n’ont pas une expérience très "positive" de la vie en entreprise ?

Sophie de Menthon : Je défends un rapport humain, un lien social. Après, ce genre de problème fait partie de la vie. Il y a des divorces, est-ce une raison pour ne plus se marier ? On ne jure pas fidélité à vie à une entreprise, ni dans un sens, ni dans l’autre. On sait maintenant que l’on connaîtra facilement quatre ou cinq entreprises dans sa vie, et qu’il y’aura des périodes heureuses, et d’autres plus malheureuses, qui ne doivent pas amener à la haine de l’entreprise. 

Ghislaine Tormos, vous qui avez travaillé à l'usine PSA d'Aulnay, fermée fin 2013, que vous évoque cette idée de "mal français" concernant le rapport des salariés avec leur entreprise ?

Ghislaine Tormos : Plus qu’un "mal" c’est surtout un immense "malaise". Je constate au quotidien le fossé existant entre la base et les dirigeants. Il n’y a plus de notion de dialogue et surtout de compassion. Les patrons ne descendent plus sur le terrain pour voir ce qu’il s’y passe. On fait face systématiquement à des intermédiaires et l’information se perd. Je me suis même aperçu que certains dirigeants ne savent pas le quart de ce qu’il se passe dans leur entreprise. La relation humaine n’existe quasiment plus, on est maintenant dans l’ère des "ressources humaines". De jolis mots pour cacher que l’on se moque bien du sort des ouvriers, qui ont maintenant le sentiment de moins compter que les machines.

 
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Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Ghislaine Tormos

Ghislaine Tormos est ouvrière sur une chaîne de montage chez PSA. Ayant connu la fermeture de lusine d'Aulnay-sous-Bois, elle a écrit Le salaire de la vie aux éditions Don Quichotte.

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