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Interventions militaires extérieures françaises : quels critères de décision ?

Les objectifs de ces opérations lointaines sont souvent regardés avec suspicion par l'opinion, et les soldats eux-mêmes s’inter­rogent parfois sur la finalité de leur combat. Extrait de "Le déclin de l'armée française" (1/2).

Bonnes feuilles

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Interventions militaires extérieures françaises : quels critères de décision ?

Les objectifs des interventions militaires extérieures sont souvent regardés avec suspicion par l'opinion et les soldats eux-mêmes. Crédit Reuters

"Le président de la République répond : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Car vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause. Vous avez défendu les plus belles valeurs de notre pays… Vous n’êtes pas morts pour rien. Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. » Ces paroles ont été prononcées le 19 juillet 2011, dans la cour d’honneur de l’hô­tel national des Invalides, lors de la cérémonie d’hommage aux soldats morts en Afghanistan.

Les mots ont un sens et doivent être décryptés. Nicolas Sarkozy évoque les valeurs de la France. D’autres voix, d’autres relais s’attachent à leur déclinaison. Renouer le lien entre l’armée et la nation, réin­venter des causes, retrouver des justifications nobles à la mort au combat, le politique et les militaires s’y emploient au coup par coup, par des opérations extérieures qui laissent l’opinion indifférente.

En septembre 2011, tombe le rapport d’un groupe de travail qui s’est consacré à une étude portant sur un « monu­ment aux morts en opérations extérieures ». Le groupe est présidé par le général d’armée Bernard Thorette. Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, préface le rapport pour dire la dette de la nation à l’égard de ses centaines de soldats morts en opérations extérieures. Quelle était leur mission ? « Depuis cinq décennies, nos soldats défendent à l’extérieur de nos frontières nos valeurs et notre sécurité. » La vision des valeurs demeure imprécise. La notion de sécurité, en revanche, est claire. La période évoquée, celle des cinquante années, ne doit pas surprendre : des soldats français sont tombés en des opérations exté­rieures durant la Guerre froide. […]

Si donc les mots ont un sens, deux axes se dégagent : l’hé­ritage de la puissance à respecter et la référence à la paix et à la sécurité internationale qui renvoient à des mandats de l’ONU. Le champ est vaste. Trop vaste. Les notions d’intérêt stratégique et de risque majeur permettraient de cerner avec plus de précision les arguments à l’appui de la justification des interventions hors des frontières.

La réalité est que nos contemporains, sauf à être militaires ou spécialistes d’enjeux géopolitiques localisés, ne sont plus attachés à l’héritage de puissance à entretenir, et doutent de sa nécessité. Quelques lignes de l’amiral Dufourcq éclairent cet état des lieux et des esprits : « Depuis la décolonisation, les interventions militaires extérieures résultent principale­ment de liens privilégiés maintenus avec les pays de l’Afrique francophone, sous forme d’accords de défense ou de coopé­ration militaire, et du fait de soutiens généralement ambi­gus apportés à des régimes bien souvent autoritaires (la trop fameuse nécessité de la Françafrique). La France a joué le rôle de gendarme blanc en Afrique noire. Elle en a partagé les risques et les reproches en soutenant une large gamme de dirigeants africains fragilisés, et, ce faisant, elle a parfois manqué de discernement » Alors que les objectifs de ces opérations lointaines sont regardés avec suspicion par le public, n’est-il pas naturel que la question du « Pourquoi meurent-ils ? » se pose et que les soldats eux-mêmes s’inter­rogent, parfois, sur la finalité de leur combat ?"

Extrait de Le déclin de l'armée française, François Bourin Editeur.

 
Commentaires

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  • Par kettle - 02/02/2013 - 14:37 - Signaler un abus Quels critères de décision ?

    Une grosse valise diplomatique bourrée de billet pour la campagne 2017.

  • Par lorrain - 02/02/2013 - 17:48 - Signaler un abus lien armée - nation ?

    que déja la nation et les Français respectent leur armée et leurs militaires, que l' éducation nationale ne passe pas son temps à dénigrer et rendre suspect tout ce qui peut sembler être du patriotisme. pourquoi sommes nous un des rares peuple à être honteux de lui-même. pourquoi sommes nous ainsi à nous détester nous-même ?. dans les pays nordiques qui ne sont pourtant pas des pays d' extrème droite, il est courant qu' une maison ait un mat ou flotte le drapeau national, au Canada aussi, sans parler des USA. si déja on arrivait à s' assumer nous même et si no politiciens ne passaient pas leur temps à nous diviser pour des buts parsonnels, tout serait bien plus simple et les doctrines d' emploi de nos forces ne seraient plus suspectées de servir des intérêts particuliers. d' autre part, comme le disait Clauswitz, la guerre est une façon de continuer une politique par d' autres moyens

  • Par Satan - 02/02/2013 - 19:44 - Signaler un abus La guerre pour tous!

    Cela fait marcher le commerce, on s'en met plein les poches et ça c'est bon!

  • Par parislanuit - 02/02/2013 - 19:52 - Signaler un abus Encore une prof.

    au fait, l'auteur de ce livre,qui sera un best seller, c'et sûr, enseigne t elle avec objectivité la guerre d'algérie à ses élèves??? sinon, je veux bien lui donner quelques leçons sur les guerrillas. elle apprendra à parler de ce qu elle connait, et pas de ce qu elle connait pas. allez, je regrette le muppett show!

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Catherine Durandin

Catherine Durandin est historienne et écrivain. Elle a consacré de nombreux ouvrages à la France et aux relations européennes notamment Douce France.

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