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Internet nous appauvrit-il ?

La fermeture des magasins Virgin l'a montré récemment : le développement d'Internet peut être une menace pour les entreprises inadaptées à ce nouveau paradigme. Même si, à l'inverse, le Web est aussi générateur de nouveaux débouchés.

Destruction créatrice

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Internet nous appauvrit-il ?

Le Web crée beaucoup d'emplois mais en détruit aussi énormément. Crédit Flickr/danielmoyle

Atlantico : La révolution numérique a permis une contraction du savoir, notamment grâce aux encyclopédies en ligne et aux systèmes de base de données. Paradoxalement, ne peut-on pas dire que le boom Internet, générateur d'emplois, précarise des personnes autrefois spécialisées dans le traitement et la classification, comme les secrétaires ou les bibliothécaires ?

Pascal Perri : La révolution numérique est tout à la fois une révolution des savoirs et une révolution économique. C’est un choc darwinien pour le vieux monde. Une vraie rupture dans l’ordre économique et juridique. Nous avons vécu sur un modèle très corporel. Les entreprises étaient localisées sur des territoires, les consommateurs se rendaient dans des commerces ou des lieux d’échange et repartaient avec des biens ou avec un contrat de service. Ce monde était lisible. Le paiement de l’acte de commerce était lui aussi matérialisé.

Si je fais ce détour, c’est pour mieux répondre à votre question. La dématérialisation d’une partie des échanges a incontestablement détruit des emplois, mais il s’agissait souvent d’emplois à faible valeur ajoutée peu valorisés. D’autres emplois ont été créés, c’est la loi de Schumpeter, la destruction est parfois créatrice quand on fait le solde entre ce qui a été perdu et ce qui a été créé. La question est de savoir où ces nouveaux emplois ont été majoritairement créés. A ce stade, on peut dire que c’est plus dans la Silicon Valley qu’en Moselle !

Quand on met en regard les emplois crées par le Web et les emplois perdus - comme a tenté de le faire le rapport McKinsey - quel peut-être le réel bilan du secteur internet ?

On ne fait pas un bilan a mi parcours. Le retournement numérique de l’économie n’en est qu’à ses débuts. Le rapport McKinsey a été commandé par Google qui a tout intérêt à défendre la thèse de la destruction créatrice. Au delà du conflit d’intérêt, il est incontestable que l’Internet créé des emplois et de bons emplois. McKinsey affirme qu’en 2009, la contribution d’internet représentait déjà 60 milliards d’euros dans notre économie, soit à l’époque plus de 3% de la richesse créée. Toujours selon McKinsey, 25% des emplois créés en France depuis 1995 sont dus à Internet.

Dans des secteurs comme le transport, l’énergie, la recherche, le commerce, Internet a réduit les coûts de production. C’est grâce à ces gains de productivité que le marché s’est élargi et que de nouveaux emplois ont été créés. Un exemple : on trouve aujourd’hui des emplois qui n’existaient pas dans le back office des sites de réservation comme voyagessncf.com, mais il y a de moins en moins de guichetiers dans les gares. Nous en sommes au début de cette grande transition. Les opérateurs historiques de marché développent le cross canal : ils déploient des offres Internet attractives en terme de prix et renforcent les fonctions du conseil et de l’accompagnement dans leurs points de vente physiques. Il faut s’adapter à cette nouvelle donne. Ceux qui ont négligé Internet comme par exemple Virgin en sont morts. Mais dans ce cas, qui est responsable des destructions d’emplois ? Internet ou l’incurie des dirigeants de ces entreprises ?

D'aucuns évoquent une destructions d'emplois équivalente à celle de la période de désindustrialisation. Qu'en est-il ? Quels peuvent en être les impacts sociaux ?

Je ne crois pas que la comparaison soit acceptable en terme de volume. En revanche, il est un point rarement évoqué dans cette analogie, c’est la migration des emplois vers de nouveaux territoires. La désindustrialisation est liée au choix stratégique de nos sociétés en faveur du pouvoir d’achat et au détriment de l’emploi. La désindustrialisation en Europe s’est accompagnée d’une industrialisation forcenée des émergents. La promesse était de faire baisser les prix en jouant sur les couts salariaux de production. Avec Internet, nous avons tous les outils pour déjouer le piège. Nos écoles forment des ingénieurs et des cadres commerciaux de grand talent. Nous avons la ressource intellectuelle pour nous approprier la révolution numérique. Il faut vite réagir. L’informatique est une langue vivante qu’il faut apprendre à l’école. Il me semble que ça devrait être un chantier prioritaire pour ne pas rater ce tournant décisif.

Peut-on dire que l'on se dirige en conséquence vers un chômage technologique de masse ?

A chaque fois qu’une machine substitue un individu, elle détruit un emploi, mais elle peut aussi en créer d’autres. Ne cédons pas à la panique du chaos social. Les opérateurs OTT (Over the top) nous posent cependant un problème. Ils passent au dessus de nos têtes, captent les revenus de nos consommateurs et vont séquestrer leurs bénéfices aux Bermudes. En devenant lui même commerçant, Google menace aujourd’hui les assembleurs français sur Internet (tourisme, voyages, livres, équipements de la personne ou de la maison) qui payent des impôts en France et créent des emplois. C’est une concurrence déloyale. Le gouvernement doit intervenir sans tarder pour mettre de l’ordre. Au moment où nous sommes tous appelés à faire un effort de redressement, on ne comprendrait pas que les géants américains de l’Internet viennent faire des profits en France sans contribuer aux charges publiques.

 
Commentaires

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  • Par Seb Per - 01/04/2013 - 10:28 - Signaler un abus faux

    il est faux d'accuser Google de concurrence déloyale. Google utilise la liberté de commercer librement. Ce sont les Etats impréparés comme l'Etat francais, qui sont en état d'obsolescence. Ils veulent bien les gains de productivité d'Internet sans la modernisation structurelle de leurs organisations du 19eme siecle qui va forcément avec. Evidemment ca remet en cause des plethores d'emplois très ( trop) rapidement. C'est donc un problème d'éducation (nationale) encore une fois. Et à propos des Bermudes, les Paradis Fiscaux n'existent que par ce qu'il y a des Enfers Fiscaux. Supprimez les Enfers, la raison d'être des Paradis disparaitra. Avec une pression fiscale raisonnable, aucune entité sensée ne voudra délocaliser ses profits, ca coute cher et c'est risqué.

  • Par pemmore - 01/04/2013 - 12:09 - Signaler un abus Internet est un fabuleux outil, suffit de l'employer.

    La question est de savoir où ces nouveaux emplois ont été majoritairement créés. A ce stade, on peut dire que c’est plus dans la Silicon Valley qu’en Moselle ! La on peu dire l'incompétance crasse du gouvernement de l'époque, il s'en est fallu de peu que la vallée de la Loire et Angers devienne la silicon valley française. Et tous ces ingénieurs de talent de chez Bull partis vendre leur savoir dans le monde entier. Mais si internet rapproche les hommes, l'état Français les éloigne. Il nous est d'une facilité déconcertante de recevoir à bas prix des objets les plus divers venant du monde entier pour un prix de transport dérisoire. Mais si vous vous disposéz d'objets intéressants pour les etrangers, c'est la base du commerce, les dés sont pipés. Les transporteurs et surtout la poste vous demandent des frais de transports ahurissants. La je viens d'expédier un objet vintage informatique vendu 5 euro, la poste a demande 9,90 euro. prix total 14,90 euro. Si j'avais commandé en chine pour un objet moderne équivalent de même poids, je l'aurais payé 5 euro livré avec signature. transport trop cher=chômage.

  • Par walküre - 01/04/2013 - 12:53 - Signaler un abus Virgin pas un bon exemple

    Virgin et beaucoup d'autres ont payé leurs belles années passées en pratiquant des prix maxi sur ses produits culturels ou pseudo-culturels. Les positions dominantes doivent maintenant compter avec la concurrence mondiale. C'est très bien ainsi. Evidemment il y a aussi le piratage qui a mis du poivre dans le nez des majors et consorts. Pour eux il va falloir composer avec ça et trouver d'autres méthodes de financement. D'autant que la musique aujourd'hui peut se faire sans ces majors et sans leurs studios réservés à ceux qui sont et étaient rentables. Le monde change. Et ces entreprises n'ont aucun droit à l'éternité.

  • Par Enoch - 01/04/2013 - 13:24 - Signaler un abus Ah cette histoire que je ne veux comprendre!!

    Tout d'abord la dematerialisation est bien concrete en terme d'echange reel. La dematerialisation a multiplie les echanges materiels. Donc tout depend avant tout du cout de l'energie. Le emarchand c'est des produits stockes et echanges. On supprime la facade mais derriere la bonne vieille logistique reste de l'echange reel. Pour creer la sacro-sainte croissance, il faut juste continuer a multiplier les echanges. Peu importe les moyens de communication! Le probleme restera toujours pour les etats de lever l'impot. Il y aura toujours des gens, un peu bete pour ne pas comprendre l'interet de payer l'impot. Ces personnes ne comprendront jamais que leur impots leurs permet de payer une armee, une police qui amene un mimimum de monde pacifie, condition sine qua non, pour que les echanges commerciaux puissent continuer a croitre. Les grand proprietaires ne voulaient plus payer l'empereur, lorsque les Vandales, Sueves, Goths, Alains, Huns debarquerent piller leur domaine et les faire disparaitre de l'histoire, ils ont du se dire, a si on avait maintenu notre enfer fiscale, on ne serait pas en enfer tout court! Il est vrai que nos dirigeants ont une connaissance de l'histoire selective.

  • Par jurgio - 01/04/2013 - 15:19 - Signaler un abus Le Web sera surtout limité aux services

    et il ne faudrait pas trop penser le «tout internet» comme une panacée. Nous avons besoin de choses à vendre et, malheureusement, la France est pauvre en produits courants. L'Europe a déjà laissé passer, il y a quelques décennies, les produits de haute technicité, essentiellement la miniaturisation électronique. Sans cela, internet nous enfoncera de plus en plus dans la dépendance.

  • Par iMandarinGriot - 01/04/2013 - 16:14 - Signaler un abus Tout est permis, rien n'est possible.

    Selon votre article et si j'ai bien compris le contenu, il faut regretter que le progrès, le changement dans les transports terrestres ont tué les forgerons, les maréchaux-férrants, les maîtres de poste, les cochers et autres conducteurs de diligences sans oublier les constructeurs de ces mêmes diligences, les selliers et autres métiers assimilés. Je passe sous silence les métiers nouveaux procurés par l'automobile Mais imaginons qu'à l'aube de l'ère automobile, la France ait persisté à vivre avec ses diligences, je suis certain d'une chose, ses habitants se seraient précipités sur les productions allemandes, américaine, japonaises, coréennes. Et je vous fais remarquer que malgré qu'elle ait une industrie automobile ,la production étrangère se taille la part du lion car elle est plus attractive. Pour l'Internet,elle a raté le virage et en paie les conséquence. C'est tout. Enfin Google et les autres ne fraudent pas le fisc français, ils ne font qu'utiliser les lois votées par l'Europe. Quand un Etat parle de moralité cela implique que ce qui se fait n'est pas illégal mais immoral et que la LOI ne l'interdit pas! Arrêtez de clamer que Google fraude le fisc français!

  • Par boblecler - 01/04/2013 - 17:59 - Signaler un abus Internet est le successeur de

    Internet est le successeur de la vente par correspondance de par delà le début du numérique et on a assisté à la fusion des services en lignes et donc on assiste à la segmentation du marché car après APPLE google sera bientôt au fond du trou suite à la lassitude du net (Suffit de voir facebook qui a perdu 30% de sa valeur boursière) et TWITTER.

  • Par Seb Per - 01/04/2013 - 21:12 - Signaler un abus A Enoch

    En fait tout dépend de l'efficacité de l impot. Si l'impot levé est efficacement réinvesti, aucun probleme. Si au contraire il est englouti dans une administration peu efficace ( et qui parfois sert à occuper des gens ou pire à en enrichir d'autres) alors là le système court à sa perte. Quant aux Barbares venus envahir l Empire, ils étaient déjà là depuis des siècles, employés et exploités par l'armée et les propriétaires fonciers ( qui étaient une nomenklatura romano-locale) eux-mêmes assistés par une administration impériale romano-catholique intéressée ( qui est toujours là 16 siecles plus tard). L'Empire d'Occident s'effondrant ( sous sa propre inflation territoriale insoutenable une sorte de bulle speculative 20 siecles plut tot) , les proprios locaux ont dû s'associer avec leurs gens d'armes ( germains) qui n'ont eu qu a devenir leurs associés. Oui, l'energie a eu le dernier mot, et elle aura le dernier mot pour notre société.

  • Par Enoch - 01/04/2013 - 22:28 - Signaler un abus @ Seb Per

    Je suis d'accord sur l'efficacite de l'impot et ne vous m'eprennez pas je suis contre le gaspillage propre au potentat de l'etat! Par contre, je suis encore plus contre les paradis fiscaux qui me semble etre des modeles dangereux car viable seulement du parasitage des etats qui fonctionnent normalement. Si il y avait pas la France avec une armee est-ce que Monaco ou le Luxembourg pourrait exister?

  • Par ccompagnon - 02/04/2013 - 10:47 - Signaler un abus Le gouvernement doit intervenir sans tarder

    Mais bien sûr ! Il y a une réponse plus simple que l'interventionnisme : faire la même chose. Nous pouvons développer les mêmes services que Google, mais en mieux, afin de former une juste concurrence...

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Pascal Perri

Pascal Perri est économiste.

Spécialiste de la concurrence et des prix, il dirige PNC, un cabinet de conseil en stratégie low cost. Consultant économique pour RMC sport, il est aussi commentateur régulier du grand journal de l’économie sur BFM.

Il a publié notamment SNCF : un scandale français (Eyrolles, 2009) et plus récemment Ne tirez pas sur le foot - Contre les idées reçues (JC Lattès, 2011).

Il a récemment publié une étude de marché intitulé "Réussir sa stratégie low cost" avec Les Echos études et Eurostaf.

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