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L’illusion de la décroissance dans un monde pauvre et inégalitaire

La décroissance est une idée de plus en plus en vogue ces derniers temps, même au sein de milieux non-affiliés à l'extrême-gauche. Et ce au nom de l'environnement et des inégalités. Pourtant, un simple calcul montre qu'au moins pour ces derniers, la décroissance est tout sauf la solution miraculeuse.

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L’illusion de la décroissance dans un monde pauvre et inégalitaire

J'ai eu récemment une discussion par email et sur Twitter avec quelques personnes qui sont de forts soutiens de l'idée de la décroissance. De ces échanges, j'ai eu l'impression qu'ils n'étaient pas conscients de l'état d'inégalité et de pauvreté (oui, pauvreté) du monde aujourd'hui et de quels seraient les effets si nous décidions de figer le volume de biens et services produits dans le monde à son niveau actuel.

Il ne s'agit ici que de présenter des calculs d'arrière-plan, qui devront être grandement améliorés, dans une tentative sérieuse d'examiner les solutions de rechange.

Supposons, pour le bien de l'argument, que nous interprétons le terme "décroissance" comme la décision de figer le PIB global à son niveau actuel (en considérant pour le moment que le montant des émissions est également figé à son niveau actuel).

Puis, à moins que nous changions la distribution des revenus, nous condamnons à une situation de pauvreté abjecte environ 15% de la population qui gagne actuellement moins de 1.90$ par jour, et un quart de l'humanité qui gagne moins de 2.50$ par jour. (Tous les montants en dollars sont à considérés en parité de pouvoir d'achat, ce qui correspond, en dollars, à une égalité de pouvoir d'achat à travers le monde, basé sur le International Comparison Project de 2011).

Maintenir autant de gens dans une pauvreté abjecte pour que les riches puissent continuer de jouir de leur niveau de vie actuel est évidemment quelque chose que les défenseurs de la décroissance ne toléreraient pas. Un de mes correspondants a explicitement rejeté ce scénario. Alors, que fait-on ? Bien sûr, nous pourrions, disent-ils, accroître le revenu des pauvres et réduire le revenu des riches afin de rester dans l'enveloppe actuelle du PIB global. Supposons que nous décidions de "permettre" à tout le monde d'atteindre le niveau de revenu médian existant actuellement dans les pays occidentaux, et, puisque les personnes qui se situent en dessous de ce niveau se rapprochent de la cible, nous réduisons graduellement les revenus des riches (en considérant pour simplifier qu'ils vivent tous dans le monde occidental).

Le "problème" est que le revenu médian après impôts en Occident (environ 14 600 $ par personne et par an) correspond au 91e centile de la distribution globale des revenus. De toute évidence, si nous laissons 90% de la population accroître ses revenus à ce niveau, cela va faire éclater plusieurs fois notre enveloppe globale de PIB (2.7 fois pour être exact). Nous ne pouvons pas être si "généreux". Supposons ensuite que nous laissions tout le monde atteindre un niveau de revenu qui serait légèrement supérieur que le 10e centile occidental, plus exactement celui du 13e centile occidental (soit 5500$ par personne et par an). Par un "heureux hasard", ce 13e centile occidental coïncide avec le revenu global moyen, qui est le 73e centile global. Nous pourrions tirer vers le haut les 72% du bas, mais nous devrions alors réduire les revenus de tous ceux qui sont au-dessus de ce niveau, pour que le monde entier puisse vivre au niveau moyen.

Quelle est l'ampleur de cette réduction impliquée par la baisse des revenus des 27% du haut (ceux qui vivent au-dessus de la moyenne mondiale) ? Leurs revenus devraient être amputés d'environ deux tiers. La plupart d'entre eux vivent en Occident. La paupérisation de l'Occident ne se réaliserait pas par des transferts aux pauvres : nous les laisserions produire et gagner plus. La paupérisation de l'Occident se réaliserait au travers d'une réduction graduelle et constante de la production et du revenu jusqu'à ce que les "riches" perdent suffisamment de revenus pour tomber au niveau du revenu moyen. En moyenne, comme cela a été indiqué, cela représente environ deux tiers des revenus, mais les plus riches devront perdre plus : le décile le plus élevé devra perdre 80% de ses revenus, les 5% les plus riches perdront 84% de leurs revenus, et ainsi de suite.

 
Commentaires

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  • Par Hadrien8 - 23/11/2017 - 12:44 - Signaler un abus Compétence ?

    "chercheur de premier plan sur les questions relatives aux inégalités, notamment de revenus. Ancien économiste en chef du département de recherches économiques de la Banque mondiale," Donc INCOMPETENT en matière scientifique - l'économie n'est PAS une science.. Or ce sont la pollution, l'épuisement des ressources , la démographie qui menacent nos démocraties confortables et maintiennent les pauvres dans leur pauvreté. Ce sont des ingénieurs et des biologistes dont nous avons besoin, pas d'économistes ni de politiques.

  • Par artesan - 23/11/2017 - 13:37 - Signaler un abus @Hadrien8

    Il est là le rêve de tous les idéalistes; croire que l'économie n'est pas une science. Cela leur permet de raconter n'importe quoi. Merci tout de même de faire la différence entre les économistes et les politiques.

  • Par artesan - 23/11/2017 - 13:44 - Signaler un abus @Hadrien8 bis

    les ingénieurs ont fait des grandes choses, ils ont aussi fabriqué la bombe atomique... les biologistes sont très utiles, ils ont aussi fabriqué les OGM.... Il y aussi parmi les économistes ceux qui ont conduit des gouvernements vers des catastrophes (cf Marx, Engels). Mais, de façon générale, les économistes eux, ne font rien, sans l'aval des politiques ....

  • Par Ganesha - 23/11/2017 - 14:26 - Signaler un abus Totalement insupportable !

    Cet auteur nous a déjà livré sur Atlantico des articles très intéressants, lucides et révélateurs. Mais aujourd'hui, il se perd dans un délire absurde ! Il prétend régler la question, pourtant essentielle, de la parité du pouvoir d'achat du dollar dans les divers pays du monde, en se référant à un mystérieux ''International Comparison Project de 2011'', puis se lance dans des raisonnements mathématiques. Et, comme l'Onu est tout sauf un gouvernement mondial... Par contre, ce modèle de démarche devrait être réalisé d'urgence, pays par pays : même si les grandes fortunes sont surtout ''fictives'', puisque basées sur la spéculation boursière, il est incontestable que nous vivons actuellement dans un système économique qui a connu de telles dérives qu'il est devenu totalement insupportable !

  • Par 2bout - 23/11/2017 - 16:03 - Signaler un abus Heureusement que Ganesha rétablit ici encore sa "vérité" ...

    même si la décroissance est tout sauf une solution aux inégalités. Car tout est relatif : en France, avec un revenu de 30 Euros par jour et par personne, on est considéré comme étant pauvre et au Laos, un foyer qui dispose de 2 dollars par jour fait partie de la classe moyenne. A partir de ce constat Ganesha, pendant combien de jours faudra-t-il se laver à l'eau sèche pour gagner à l'Euro-Millions afin que tous les habitants de la planète dispose de la même somme à consommer ? Je vous sais déjà incapable de justifier une quelconque réponse. Alors accordons-nous sur l'essentiel, celui d'avoir le choix. Avoir le choix par exemple d'ébouillanter vivants des légumes dans une casserole plutôt que de faire souffrir des animaux morts dans son assiette, ou le contraire, ou les deux, sans que personne ne nous impose ni ses pratiques alimentaires, ni son shampoing à la farine de pois chiches. Et laissons à ces quelques privilégiés leurs illusions, on aurait dit en d'autres temps leur Katmandou, mais sans le bilan carbone du voyage.

  • Par Ganesha - 23/11/2017 - 16:54 - Signaler un abus 2bout

    Malheureusement, vous faites partie de la majorité d’illettré qui fréquentent ce site : vous êtes incapable de comprendre les textes que vous lisez ! Essayez à nouveau : dans ma troisième phrase, je fais, exactement comme vous, la remarque de l'extrême difficulté de comparer le pouvoir d'achat et le niveau de vie que procure une somme en dollars dans des pays extrêmement différents. A part cela, je pourrais ajouter, qu'ayant vécu dix ans de ma vie en Asie du Sud-Est, j'ai eu l'impression qu'en moyenne, la population y semblait nettement plus heureuse que les français...

  • Par 2bout - 23/11/2017 - 18:44 - Signaler un abus Ganesha,

    Je vous ai bien lu et en effet, comme vous, je pense que l'important ce n'est pas le montant du revenu mais l'usage que l'on peut en faire. Il n'en demeure néanmoins vrai (votre "vérité") qu'encore une fois, pour vous tout problème économique n'a pour responsable que le méchant système capitaliste, un argument facile que vous répétez sans cesse et qui vous évite d'avoir à chercher d'autres responsabilités.

  • Par kelenborn - 23/11/2017 - 19:32 - Signaler un abus Ah tiens voila 2 boudins!!

    Il nous manquait mais il est revenu toujours aussi abscons que l'eau qui sort de cette infâme saucisse que les allemands appellent "Blutwurst" En fait je crois qu'il faut reconnaître l'immensité de ta souffrance: à un bout tu es malade de ce que l'on ne reconnaisse pas tes talents . Et comme tu te ramasses une raclée à chaque fois que tu te pointes tu souffres au second bout. tu as raison sur un point: il faut relativiser: dans un centre d'aide par le travail tu ferais incontestablement partie de l'élite! Tu pourrais même être maître d'école ! Alors ne rate pas ta vocation: la gloire t'attend !

  • Par kelenborn - 23/11/2017 - 19:40 - Signaler un abus Bon

    La lessive étant faite, c'est le second article qui porte sur cette question et on y trouve d'autres éléments montrant l'inanité des thèses décroissantes. La marchandise est vendue à des imbéciles aussi compétents en économie que je peux l'être en menuiserie. L'économie est "fléchée" ce qui veut dire que si le PIB diminuait, on ne pourrait le faire à structure identique de la population active: il faudrait plus d'agriculteurs et de travailleurs industriels donc moins de tertiaires. Les branquignolles d'instits ou de travailleurs sociaux qui sont la cible privilégiée de ces marchands de soupe seraient les premières victimes! Eh oui, c'est la croissance qui a fait qu'on peut produire assez pour qu'ils n'aient pas à travailler la terre. Ils crachent dans la soupe comme tous les crétins de décroissants à l'exception bien sûr des "chefs" qui s'en mettent plein les fouilles!

  • Par kelenborn - 23/11/2017 - 19:46 - Signaler un abus Ah j'oubliais:

    la décroissance dans un monde égalitaire: l'expérience a été faite : l'URSS , ou encore Cuba ....à vot'bon coeur !

  • Par vangog - 23/11/2017 - 22:39 - Signaler un abus Attention à ne pas confondre égalité et égalitarisme...

    L’URSS n'était pas égalitaire, mais égalitariste, appliquant l’ideologie du rabotage de toute différence par le bas. Ceux qui veulent imposer l’egalitarisme, aujourd’hui, sont les rescapés du socialo-communisme. Camouflés sous un vernis ecolo-demagogique, ils tentent d’ imposer leur anti-capitalisme primaire en cultivant la décroissance. C’est un simple théâtre d’ombres...

  • Par Ganesha - 25/11/2017 - 09:00 - Signaler un abus Imagination et d'ouverture d'esprit !

    Je critique le Capitalisme Libéral, parce que c'est l'unique système économico-politique qui règne actuellement partout dans le monde...avec quelques discrètes variations ! Ce qui est vraiment consternant sur Atlantico, ce sont les perroquets au cerveau complètement ratatiné, qui ne sont désormais plus capables que de radoter : ''Le passé ne reviendra pas'' ! Il est vrai que faire des propositions d'avenir, cela demande infiniment plus d'imagination et d'ouverture d'esprit !

  • Par Deudeuche - 25/11/2017 - 16:11 - Signaler un abus @Ganesha

    Vous parlez de radoter ahahaha! Camarade vous connaissez les solutions novatrices et insultez en permanence ce qui n’est pas dans le sens de « votre » pauvre histoire. Je suis sûr que vous avez plus de 45 ans papy national trotskyste.

  • Par Ganesha - 26/11/2017 - 07:08 - Signaler un abus Henry Ford

    Pour rester dans le sujet de cet article, et vous donner un exemple de''mesure d'avenir'', je citerai l'américain Henry Ford, fondateur d'un empire automobile et, probablement, un des plus magnifiques exemple de réussite du Capitalisme libéral : ''Le rapport entre les salaires des ouvriers et celui du patron ne devrait pas dépasser un écart de 1 à 20 '' A mes yeux, il ne fait aucun doute qu'un règle ce type s'appliquera à l'avenir, étant donné les extravagances de la situation actuelle !

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Branko Milanovic

Branko Milanovic est chercheur de premier plan sur les questions relatives aux inégalités, notamment de revenus. Ancien économiste en chef du département de recherches économiques de la Banque mondiale, il a rejoint en juin 2014 le Graduate Center en tant que professeur présidentiel invité.

Il est également professeur au LIS Center, et l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Global Inequality - A New Approach for the Age of Globalization et The Haves and the Have-Nots : A Brief and Idiosyncratic History of Global Inequality.

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