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Hillary Clinton dépouillée du vote jeune par Bernie Sanders : cette fracture générationnelle dont les politiques de l’establishment français feraient bien de se soucier

La popularité des candidats "hors système" dans les pays occidentaux auprès des jeunes et l'abstention de ces derniers sont des phénomènes classiques. Mais leur intensification ces dernières années, surtout depuis la crise financière de 2008, relève davantage d'une demande d'inclusion sociale que d'un besoin de radicalité.

Rebelles aux urnes

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2016
Hillary Clinton dépouillée du vote jeune par Bernie Sanders : cette fracture générationnelle dont les politiques de l’establishment français feraient bien de se soucier

 

Atlantico : En quoi la façon dont le candidat Démocrate Bernie Sanders mobilise la jeunesse est-elle révélatrice d'un phénomène plus général au sein des pays occidentaux de cristallisation autour de candidats ne faisant pas partie de l'establishment politique (ou du moins adoptant une position anti-système) des espoirs déçus de la jeunesse ?

Antoine Jardin : Ces mouvements de mobilisation politique concernent la partie de la jeunesse la plus mobilisée et politisée et non pas l’ensemble de la jeunesse. Les jeunes qui soutiennent Bernie Sanders sont des électeurs démocrates qui avaient déjà une dent contre Hillary Clinton lors des primaires de 2008 et qui avaient voté pour Obama. Une partie de leur vote se reporte aujourd’hui sur Bernie Sanders, notamment chez les jeunes les plus diplômés, marqués politiquement à gauche et politisés. Le scrutin de l'Iowa de la première primaire révèle que ce sont dans les universités que Sanders a fait les meilleurs scores.

L’autre tendance chez les jeunes, c’est le vote autoritaire anti-immigration en faveur de Donald Trump. C’est un vote de durcissement des positons à droite notamment sur l’opposition à l’immigration surtout latino-américaine. Trump recherche à incarner cette ligne radicale et la porte dans le débat notamment avec son projet de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis. Cet anti-immigrationnisme est un phénomène nouveau dans le paysage politique américain puisque jusqu’à Georges Bush, les Républicains étaient parvenus à capter une majorité du vote hispanique jusqu’en 2008. Et ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais au-delà de ces deux différentes tendances de politisation de la jeunesse, la majorité des jeunes va rarement voter que cela soit pour les élections présidentielles ou bien pour les mid-term pour renouveler le Sénat et le Congrès. 

On ne peut pas dire qu’il y ait un rejet de l’establishment parce qu’il y a des candidats qui se présentent à l’intérieur même des partis mais on peut parler plutôt d’une défiance à l’égard des anciennes et grandes figures de la vie politique. Comme on le voit avec l’opposition très forte à Hillary Clinton au sein même du parti démocrate qui existe depuis 2008. 

 

Monique Dagnaud : Dans certains pays on a vu émerger des candidats ou des partis hors système : Beppe Grillo en Italie, Podemos en Espagne, le Front National en France, Bernie Sanders aux Etats-Unis. Toutefois, il s'agit de profils très différents et le soutien des jeunes  à ces candidats exprime des problèmes spécifiques liés à la jeunesse dans chaque pays.
 

En France,  aucun mouvement de jeunesse d’envergure n'a pris forme récemment, et le Front National capte la protestation d’une partie de la jeunesse populaire, touchée par le chômage et la précarité.  Par contre,  le mouvement des Indignés a eu une vraie résonance en Espagne et aux Etats-Unis.

L'Italie est également à part car la démarche de l'humoriste Beppe Grillo qui s'est investi dans la politique, en la tournant en dérision, a une dimension un peu Coluche.  A l'inverse, le parti Podemos en Espagne s'inscrit dans le cadre de la politique classique, avec comme assise des idées d'une gauche plutôt radicale.

Quant à Bernie Sanders, il s'agit d'un homme affilié à une tradition socialiste ou social-démocrate très européenne, peu présente aux Etats-Unis. Bernie Sanders est à bien des égards l'expression d'un mécontentement de la jeunesse qui s'était manifestée en septembre 2011 lors du mouvement Occupy Wall Street. Cette "révolte de la jeunesse", pendant quelques semaines,  a eu un fort écho aux Etats-Unis.  Cette protestation ciblait la finance, son poids dans la vie politique et les inégalités sociales grandissantes qu’elle a engendrées. Le mécontentement de la jeunesse aux Etats-Unis concerne également  le coût exorbitant de l'éducation et l'endettement des étudiants. La faveur en direction de Bernie Sanders reflète ce mécontentement, cette aspiration à un changement plus radical, la protestation contre Wall Street et la très forte concentration des richesses. De façon souterraine, le mouvement d'Occupy Wall Street est resté présent dans l’esprit de la jeunesse et  s'est réincarné à travers Bernie Sanders.

Malgré des contextes nationaux très différents, pourquoi la jeunesse des pays occidentaux se tourne soit vers des candidats "hors système" soit s'abstient de voter ?

Antoine Jardin : Il faut se rappeler que lors des dernières élections présidentielles en 2012, les jeunes ont massivement voté pour François Hollande notamment au second tour. S’il y a une montée générale du vote FN qui touche aussi les jeunes, il ne faut pas en conclure que les jeunes soient la catégorie la plus mobilisée en faveur du parti frontiste, surtout lorsqu’ils sont diplômés. Mais il faut bien comprendre que la vision du FN est différente chez les jeunes. A la différence de leurs ainés, les jeunes ont toujours grandi avec un FN installé dans le paysage politique français avec un niveau élevé. Chez les jeunes, le FN n’a plus l’image d’un parti hors-système comme le percevaient leurs ainés. Ils le perçoivent plus comme un parti autoritaire et anti-immigration mais pas forcément comme étant beaucoup plus radical que ne l’était l’UMP lorsque Nicolas Sarkozy était président. Chez certains jeunes il y  a une confusion des lignes entre le vote en faveur FN et le vote pour LR.

Monique Dagnaud : L'abstention plus forte de la jeunesse a toujours existé, c'est un phénomène classique. Toutefois, il est vrai que cette abstention n'a cessé de s'accentuer. Il y a un fort décalage entre la participation des jeunes et celle des électeurs plus âgés, au point que l’on peut dire que ce sont ces derniers "qui font le vote final". Toutefois, si, globalement, la participation aux scrutins est modeste lors des élections intermédiaires (50 % par exemple aux régionales), elle est toujours nettement plus élevée lors des présidentielles, et ce, pour toutes les classes d’âge.

Le choix politique de la fraction des jeunes qui votent est souvent en décalage par rapport aux grands partis. Cette attitude peut se manifester par un vote d'extrême gauche, écologiste  ou comme on le voit aujourd'hui en France plutôt d'extrême droite. Le vote décalé et l'abstentionnisme des jeunes ne sont donc pas des phénomènes si nouveaux.

Néanmoins,  la jeunesse des pays occidentaux a subi certaines conditions  ces dernières années, qui  pèse sur son attitude électorale. Dans plusieurs  pays occidentaux, les difficultés d'insertion des jeunes se sont accentuées, même aux Etats-Unis où le taux d'activité est bon. Ainsi,  au cours des dix-quinze dernières années, avoir un bon niveau éducatif  est devenu une pré condition pour entrer sur le marché du travail, ainsi que beaucoup d’autres critères –présentation de soi, langage,  bon niveau de lecture et d’écriture, connaissances numériques. Aujourd'hui le diplôme signe l'employabilité. Cette exigence pénalise l'insertion des jeunes  peu ou pas du tout formés et explique leurs choix électoraux.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 10/02/2016 - 09:17 - Signaler un abus Bravo Bernie

    scotchée, la Bobo! Dommage pour Ted et Marc car la grande gueule mène chez les Reps (les originaux depuis 1860).

  • Par vangog - 10/02/2016 - 10:33 - Signaler un abus Trump fait la course en tête avec 32%!

    Vous ne trouvez rien en écoutant les chaînes de service public français ni les chaînes d'information qui zappent trop cette belle victoire de Trump ( et Bernie Sanders), alors je vous livre les résultats que veut vous cacher l'intelligentsia PS: Donald Trump remains well ahead of the field, averaging 32% overall. Marco Rubio is 2nd with 15%, followed by Cruz at 13%, Kasich 11% and Bush 9% ( bien fait pour cette chiffre-molle, dont la famille est reponsable du chaos moyen-oriental, avec Sarko-le-tricheur, Levy, Koushner...) Bernie Sanders, opposé aux guerres menées par les USA ( un bon point pour lui!) a raflé 59% des voix démocrates dans le New Hampshire, contre 39% des voix pour Hilary Clinton.

  • Par Deudeuche - 10/02/2016 - 13:33 - Signaler un abus @vangog

    oui Jeff est un gentil garçon, qui ferait mieux de ne s'occuper que de la Floride, même si il vaut mieux que son "frangin".

  • Par raslacoiffe - 10/02/2016 - 17:18 - Signaler un abus Les oublis de Vangog...

    N'omettez pas dans vos énumérations des responsables du chaos moyen oriental de citer : Juppé, Hollande puisque le PS avait plébiscité l'intervention en Lybie. Pourquoi protégez-vous si implicitement le locataire actuel de l'Elysée???

  • Par Deudeuche - 10/02/2016 - 17:29 - Signaler un abus @rastacoiffe

    comme Obama qui soutenait l'intervention en Irak. Certains sont champions pour suivre la foule lorsqu'une société dévie.

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Antoine Jardin

Antoine Jardin est chercheur associé au Centre d'études européennes de Sciences Po. Jeune docteur, il a soutenu sa thèse intitulée "Voter dans les quartiers populaires : dynamiques électorales comparées des agglomérations de Paris, Madrid et Birmingham" le 5 décembre 2014.

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Monique Dagnaud

Monique Dagnaud est sociologue au CNRS. De 1991 à 1999, elle a été membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

 

Elle a récemment publié le livre : Génération Y, les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion (Presses-de Sciences-PO, 2011).

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