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Henri Proglio, cet empereur des réseaux : les recettes d'une fascinante ascension

Pascale Tournier et Thierry Gadault révèlent les secrets de la fascinante ascension d'Henri Proglio qui, en rendant petits et grands services aux élus, quelle que soit leur appartenance, a su contrôler les réseaux les plus influents du pays. Extrait de "Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" (Extrait 1/2).

Bonnes feuilles

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Henri Proglio, cet empereur des réseaux : les recettes d'une fascinante ascension

"Henri Proglio possède une véritable intelligence des réseaux". Crédit Reuters

Dans les années 1980, Henri Proglio donne des cours à HEC, son ancienne école. Devant le parterre d’étudiants, le professeur parle de cash flow, de bénéfice. Mais quand il évoque le métier de la Compagnie générale des eaux, il le résume en quelques phrases : « C’est l’aptitude à créer et à entretenir des relations avec les collectivités locales. » Pas un mot sur la technique, les conduites d’eau, la qualité de traitement ou de filtrage. Pas la peine. Henri Proglio a fait sienne la culture du carnet d’adresses tous azimuts qui domine à la Compagnie. Ce sera sa force principale, qui lui permettra de résister à toutes les alternances. Et lui vaudra le surnom de « Patron Téflon du CAC 40 ».

À la tête des transports publics et des déchets depuis 1990, Henri Proglio tisse sa toile méthodiquement, pour devenir l’empereur des réseaux politiques de toute obédience. « Entre 1990 et 1995, il va se constituer la plus grande partie de ses contacts politiques, qui continuent de le servir aujourd’hui  », assure l’homme d’affaires Jean-Pierre Schaub, entré au service de la CGE en 1991 et toujours en contrat avec Veolia, sans avoir rompu avec Henri Proglio. « Il possède une véritable intelligence des réseaux. Il sait d’où vient le vent et où il peut aller », complète l’un de ses anciens amis. Mais avec Henri Proglio, bien souvent, les sentiments se mêlent aux considérations professionnelles. « Quand Henri Proglio a de l’affection pour quelqu’un, il la garde  », a souligné un jour son ami Jean-Louis Borloo, alors ministre.

Grâce à cet entregent, Henri Proglio remplit autant son carnet de commandes qu’il parfait sa connaissance du monde du pouvoir. Son emploi du temps est chargé. Il ne compte pas ses heures. Quand il ne partage pas ses déjeuners ou dîners avec des élus autour de bonnes tables, il arpente sans relâche les antichambres des mairies, des conseils généraux, les couloirs de l’Assemblée nationale ou des ministères. Henri Proglio ne néglige aucun élu, surtout quand il sent que celui-ci occupera le devant de la scène politique locale ou nationale, dans un avenir proche, voire lointain. Affable, sérieux, à l’écoute et en même temps convivial, le patron dynamique séduit ses interlocuteurs. « On aurait pu lui donner le bon Dieu sans confession  », se souvient l’un des piliers de la chiraquie, Jean-François Probst. « Il disait oui avant de terminer sa phrase », complète un autre politique.

Pour créer du lien, il sait s’enquérir de la santé d’un proche ou des études du petit. Surtout, son ambition de jeune fauve de l’industrie croise bien souvent celle de ses convives. En bon tacticien, l’ambitieux quadra étend parallèlement son influence à l’intérieur de l’entreprise, en multipliant les mandats d’administrateur dans le groupe aux activités multiples. « En faisant jouer la transversalité de la CGE, il est à même de faire valoir une palette étendue de services aux élus 2, constate Yann Le Doré. Derrière son apparente timidité et humilité, se cache un être ambitieux et déterminé. Henri Proglio veut vite progresser : il a beaucoup plus faim que les autres dirigeants. » Quant à la franc- maçonnerie, Henri Proglio sait l’utiliser quand il faut. « Je ne le suis pas [franc-maçon]. J’ai des amis francs-maçons. Mais ce n’est pas mon “truc” à moi. J’imagine que je supporterais mal la forme de hiérarchie des loges», indique-t-il avec fermeté à un journaliste du Point. Pour Yann Le Doré, lui-même frère pendant de nombreuses années, il n’a pas eu besoin de s’initier : « Car malheureusement, il y a des francs-maçons qu’on appelle “alimentaires” qui, dans des groupes comme la CGE, sont prêts à tout pour assouvir leurs ambitions. Henri Proglio s’est appuyé facilement sur ces mauvaises graines. Un jour, il m’a fait savoir que j’étais franc- maçon. Je le lui ai confirmé. Il m’a alors répondu : “Tu n’as pas besoin de cela.” Il parlait aussi pour lui. »

 Extrait de "Henri Proglio, une réussite bien française. Enquête sur le président d'EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République" (Editions du Moment), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 01/06/2013 - 13:30 - Signaler un abus Copinage, favoritisme et prévarication, sont les mamelles

    de nos élus français et des hommes qui les ont portés au pouvoir. Ce système semi-mafieux hérité et entretenu par la gauche s'est répandu dans toutes les strates de la société, et il sera très difficile de faire le ménage, car ils se sont arrogés les compétences...

  • Par l'enclume - 01/06/2013 - 14:57 - Signaler un abus Les pôvres chéris

    Entre autre services, embaucher une foultitude d'enfants d'élus de tous bords, ça peut aider pour le carnet d'adresses.. Ainsi, madame et monsieur Bartolone, sont tristes, parce que le petit est responsable Véolia en Australie. C'est loin de la France, et, les billets d'avion gratos, ça sert à quoi?

  • Par Qwantix - 01/06/2013 - 16:30 - Signaler un abus Subconscient?

    Par ses origines, Mr. Proglio a acquis une compréhension intuitive des mécanismes tentaculaires. Pour lui la FM semble être la version française de la pieuvre transalpine. Une "Cupola" à la manière de la mafia sicilienne, mais une "coupole" légale. Le mot Mafia est un sigle et l'acrostiche de « Morte Alla Francia, Italia Anela » (l’Italie souhaite la mort de la France). Ces initiales seraient en effet le symbole de la résistance sicilienne à l’invasion de la maison d’Anjou (Plantagenêt) au XIIIème siècle (30 mars 1282 exactement) ce qui expliquerait la référence aux français. Il se pourrait qu'existe toujours un puissant subconscient transalpin et médiéval dans la manière dont Mr. Proglio interagit avec la société et les institutions françaises.

  • Par Sophile - 01/06/2013 - 18:11 - Signaler un abus Tiens, il ressemble à Attali

    Un air de famille, je présume !!! Proglio est là pour détruire les entreprises françaises et empoisonner les Français. Son job quoi !!!

  • Par Gilles - 02/06/2013 - 10:09 - Signaler un abus Frères

    La démocratie est une face foutaise car le pays est dirigé par des clans dont les membres se cooptent. Comme il y a 100 ans, la Franc Maçonnerie tient le haut du pavé. Impossible de ne pas aller faire le zouave dans les loges pour obtenir un haut poste. Car il ne faut pas s'y tromper tous ces Franc Maçons ne croient pas un mot à tout cela. L'unique but est le pouvoir (et l'argent évidemment) par tous les moyens.

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Pascale Tournier Thierry Gadault

Pacale Tournier, journaliste politique indépendante (l'Express, Le Parisien Magazine), a publié Dans les cuisines de la République, enquête sur les tables du pouvoir (2010) et La Reine mère (2011), une biographie de Bernadette Chirac.

Thierry Gadault, journaliste économique indépendant, a travaillé pour La Tribune, l'Expansion et le Nouvel Économiste. Il a publié Arnaud Lagardère : l'insolent (2006), EADS  : la guerre des gangs (2008) et Areva mon amour. Enquête sur pouvoir qui les rend fous (2012).

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