Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 23 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Grande distribution : Georges Plassat de chez Carrefour souhaite faire tomber la dictature du pouvoir d’achat

Une entreprise, comme l’être humain, l’animal, la faune et la flore, est dépendante de son amont et de son aval. Du dessous et du dessus. Le tout ne fonctionne que par la fluidité et l’articulation de chaque élément. Or ce n'est pas le cas en France.

Les entrepreneurs parlent aux Français

Publié le
Grande distribution : Georges Plassat de chez Carrefour souhaite faire tomber la dictature du pouvoir d’achat

Georges Plassat a avoué que la guerre des prix ne faisait que des victimes.

Le but ultime d’une société n’est pas égoïste. Il ne peut l’être. Centrez une entreprise sur son propre intérêt au détriment de la chaîne de valeur dont il est un maillon et en dépit du bon sens économique, en appauvrissant son environnement et ce dernier, immanquablement, se retournera contre elle. Seuls les sots et les dirigeants à la mission trop temporaire feignent de l’oublier, centrés et aveuglés qu’ils sont par la dictature du profit à court terme. Une entreprise, comme l’être humain, l’animal, la faune et la flore, est dépendant de son amont et de son aval.

Du dessous et du dessus. Le tout ne fonctionne que par la fluidité et l’articulation de chaque élément.

Le corps humain ne fonctionne pas autrement. Chaque homme qui l’oublie, subit à tout coup, un rappel à l’ordre : la maladie. Dans le meilleur des cas, il s’en remet, enrichissant ainsi sa courbe d’expérience ou en meurt, si il a excédé les limites de la tolérance naturelle. La loi de la nature reste, comme unique élément marqué du sceau de la perfection, la seule qui doive servir de marqueur à l’action humaine. L’entreprise n’échappe pas à ce diktat précieux et nécessaire. Celles qui l’ont compris seront les gagnantes du monde suivant. Les autres resteront dans le caveau du monde précédent. L’éternité se construit par le respect des lois du temps, par le respect de ce puzzle dont chacun doit accepter, sans renoncer à ses ambitions, à n’être qu’une pièce. Un puzzle où chaque pièce respecte la forme des autres. On peut passer ce puzzle de 250 à 500 ou 1000 pièces, mais chacun restera, toujours, dépendant de l’autre.

La grande distribution a longtemps pensé qu’elle échappait à cette loi universelle. Prétextant d’un impact sur l’emploi, de croissance illimitée et du sacro-saint pouvoir d’achat, autant de mots doux aux oreilles des politiques et marchands d’illusions, elle a pu prospérer au détriment de son écosystème, l’appauvrissant sous les applaudissements des gouvernements successifs, pour qui le long terme ne se conçoit que lorsqu’il rime avec réélection. Ce couple criminel à dépecé notre commerce traditionnel, tué nos centres villes, décimé la notion de valeur ajoutée et mis au pas, je dirais même à l’état de servage, la chaine amont qui, faute d’acteurs alternatifs, tous morts, n’avait alors d’autre choix que d’accepter la honte pour éviter la mort. La grande distribution a inventé l’esclavage économique. Made in France !

Mené tambours battant par un artiste de la démagogie au grand talent, nommé Michel Edouard Leclerc, ce conglomérat bâtit par des bouchers, des petits commerçants, qui auraient du respecter leurs pères, leurs pairs et leur aînés, s’est transformé en machine à débiter la valeur ajoutée et la réduire en cendres pour mieux faire naître leur phoenix. Ils ont ainsi craché sur ceux qui leur avait donné naissance, dansant sur leur tombe, leur seul profit à la main. Cet homme est un génie. Mais malfaisant. Il nous a vendu du pouvoir d’achat, en masquant l’appauvrissement de toute la chaîne qui l’alimente chaque jour, comme la fumée des camps masquait les millions de juifs qui mouraient à l’intérieur. Car le pouvoir d’achat que nous a vendu Mr Leclerc a tué en France le fournisseur, la PME, l’éleveur, l’agriculteur. C’est un génocide gigantesque. Un coup d’Etat permanent contre la nature économique. Le puzzle. On l’a d’ailleurs très peu entendu, notre fossoyeur chantre du pouvoir d’achat, pendant la crise des éleveurs. Plus à l’aise sur les plateaux pour réclamer que pour assumer, il a préféré marcher à l’ombre de nos politiques, ses partenaires de crime organisé, en leur laissant la responsabilité d’assumer ce qu’il les a incité à faire pendant 30 ans.

Au final, comment fonctionne une économie ? Une économie prospère à partir du moment où la valeur créée par les acteurs est réinvestie afin d’améliorer ses produits, doper sa différenciation, gagner ainsi des parts de marché, idéalement en accroissant, par la R&D, la valeur ajoutée dégagée. Plus la valeur est forte et plus vous ressemblez à l’Allemagne. Plus elle est faible, plus vous ressemblez à la France. Désormais en tous cas.

Quand un secteur d’activité, qui se prétend libéral, fait tout pour étouffer et diriger de façon dictatoriale le marché, nous ne sommes plus dans une économie libérale mais dans un monopole de fait, qui tue concurrence et marché. Il empêche l’investissement des acteurs, afin de les asservir et ne le permet qu’à son seul bénéfice. C’est le cas de la grande distribution en France. Elle représente l’essentiel des ventes généralistes, concentre le plus grand nombre d’emplois (ce dont elle se sert abusivement), tue, par des conditions d’achat totalement ahurissantes, toute capacité de ses fournisseurs à réaliser de la marge, et donc leur capacité de réaliser du bénéfice, qui pourrait être réinvestit dans la R&D, accroître leur valeur ajoutée, leur permettant ainsi d’embaucher, pour assumer l’accroissement consécutif de leur chiffre d’affaire. Elle tue toute envie des investisseurs de mettre un seul centime dans des entreprises asservies, dépendantes de 2 ou 3 clients majeurs, qui leur imposent ainsi, un chantage permanent à la mort. La grande distribution est devenue un César, qui d’un mouvement de pouce (quoi que le majeur serait plus approprié en l’occurrence) peut tuer ou laisser vivre un fournisseur. Un éleveur. Un agriculteur. En tous cas une TPE ou une PME dans 70% des cas. Notre richesse est ainsi tuée dans l’œuf et notre capacité de croissance est handicapée par cette "fossoyeuse universelle à marge capturée".

Un entrepreneur, agriculteur, éleveur, qui travaille 15 heures par jour, six jours sur sept, pour subir le diktat de prix serré à la taille, de ces donneurs d’ordre qui connaissent chaque élément de son coût complet pour mieux le manipuler et lui imposer des conditions à la limite du supportable, sont assimilables à ces apprentis sorciers qui imposent un comas artificiel au patient, sans jamais le faire sombrer dans la mort. De façon à préserver leur apparence, leur image. Tuer, ça fait moche dans un CV. Non contents de cette dictature sur les prix, ils les paient à 73 jours, dans le meilleur des cas. Ainsi incapable de marger et de se développer et totalement étranglés en trésorerie, nos PME doivent encore dire merci à ces esclavagistes, qui règnent ainsi en maître sur une armée de zombies. Des morts-vivants. Des zombies flirtant sur la ligne de la liquidation, que leur état précaire leur offre comme seule perspective.

A ma connaissance, seul Auchan a commencé récemment un rétro-pédalage, prenant conscience des dégâts irréparables pour notre économie, et de leur viol du puzzle, dont les pièces ont perdu toute forme pour se caler sur celle de la grande distributrice.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 19/10/2015 - 15:59 - Signaler un abus Michel Edouard Leclerc

    Enfin une rafraichissante analyse de phénomène de la grande distribution? Mais incomplète: allez donc faire une enquête, même superficielle auprès de leurs fournisseurs sur le comportement des services d'achat: chantage, cynisme, grossièretés dont la moindre est de vous fixer RV à 8.00h pour ne vous recevoir, sans un mot d'excuses qu'à 12.30 voire 14.00h.

  • Par MONEO98 - 19/10/2015 - 22:16 - Signaler un abus +++++++++++++++

    Ayant été 20ans fournisseurs de ces gens vous êtes encore en dessous de la vérité le fournisseur doit se mettre à poil , ils pillent alors vos secrets de fabrications et ensuite font faire une copie à bas coût...vous ne devez jamais croire en leurs promesses Dans le film la vérité si je mens 2 je pouvais mettre des noms dans la vraie vie les français ont acheté moins chers au prix de la destruction de leurs entreprises ;seuls les mastodontes mondialisés s'en sortent Vous sortez Auchan du lot ,ça doit être récent alors... quant aux acheteurs " pro " il y a beaucoup à dire sur leurs compétences et quel révélateur sur la nature humaine...........

  • Par Ganesha - 20/10/2015 - 04:32 - Signaler un abus Quelle Farce !

    Superbe article ! Qui nous montre ce qu'est réellement le Capitalisme dans notre société actuelle : l'existence d'une toute petite oligarchie qui constitue ce que l'on appelle des ''Cartels'', des ''Trusts'', ou plus simplement des Mafias ! Cela nous repose des braves petits retraités qui viennent ici en permanence évoquer, à demi-mots, leur passé (réel ou fantasmé) de petits patrons de PME, courageux, travailleurs et entreprenants. Et qui proposent ce modèle, issu des années 1950, pour résoudre la question de nos 8 millions de pauvres, dont 6 millions de chômeurs… Quelle Farce !

  • Par Vm - 20/10/2015 - 06:37 - Signaler un abus Lamentable article á charge

    comme d habitude : la grande distribution Cause de toys les maux ! Secteur dans Lequel nous avons des gėants mondiaux et qui emploie des millions de personnes avec des conditions de travail très loin de l esclavagisme habituellement denoncė, mais qu il faut dépecer ! Par ailleurs cher monsieur sachez que ce sont les clients qui demandent des prix bas pour preuve le succès des sites internet type vente privée. Quant à monsieur Plassat il a surtout besoin de relever ses prix par manque de compétitivité et par besoin de maintenir son cours de bourse.

  • Par Deneziere - 20/10/2015 - 06:56 - Signaler un abus L'auteur aurait pu nous

    L'auteur aurait pu nous épargner son pitoyable point godwin. Cet article pue le rousseauisme de gôche: le monde était gentil avant que les méchants capitalistes ne viennent tout gâcher. Même si ce secteur est odieux par ses pratiques, ce que certains commentaires relèvent à juste titre, il prospère parce qu'il a des millions de clients satisfaits. Quand ils ne le seront plus, le secteur évoluera de lui même sans que les grandes tirades lyriques de l'auteur n'y soient pour quelque chose. Quant à larmoyer sur ce que le secteur a détruit, laissez- moi rire. J'ai l'âge de me souvenir de ce qu'était la vie d'avant, avec vos minables commerces de proximité: les prix y étaient élevés, la qualité médiocre, le choix étroit, et les commerçants odieux... Et ce pour des raisons évidentes que quelqu'un qui s'affiche libéral devrait connaître. Quant aux fournisseurs qui se plaignent (à juste titre), qu'ils essayent de nous vendre leur marchandise par un autre canal, au lieu d'aller pleurnicher auprès de l'état.

  • Par Recto - 20/10/2015 - 09:45 - Signaler un abus Libéral ? Non communiste

    Comment D Jacquet peut se prétendre libéral avec des positions contenant autant de contre sens et de contre vérité ? "La mort des petits commerce de centre ville", avez vous fait vos courses dans les centres de ville au lieu d'aller dans les grandes surfaces ? Le commerce de centre ville est florissant, il a su s'adapter à la pression de la grande distribution avec des commerces qui se spécialisent, se différencient, avec des produits de plus en plus innovants. C'est bien une règle du libéralisme la création destructive non ? Nous avons la grande distribution la plus professionnelle au monde. Nous avons les meilleurs savoir faire de gestion, de marchandising, de supply chain. La grande distribution a au contraire permis le développement de très nombreuses PME en leur offrant d'un seul coup un réseau de distribution de milliers de point de vente. Regardez les rayons d'aujourd'hui par rapport à hier, observez les nouveaux produits, la richesse des gammes, les innovations permanentes en matière d'offre, de promotions, l'arrivée de rayons bio, d'épicerie fine, etc. Qu'auriez vous voulu, qu'on ferme les frontières aux produits étrangers, qu'on réglemente encore plus ?

  • Par Ganesha - 20/10/2015 - 09:51 - Signaler un abus Le choc des chiffres et des réalités humaines

    Ci-dessus, deux vigoureux défenseurs du ''Grand Capital'' ! Malheureusement pour eux, nous venons de vivre dans les derniers mois des crises touchant les producteurs de lait, et, encore plus récemment, les producteurs de porc, et toutes les chaînes de télé nous ont bien expliqué, en détail, chiffres à l'appui, ce qui se passait ! Impossible de nous embobiner avec des déclarations d'ordre général : nous avons vu trop d'interviews de paysans !

  • Par Recto - 20/10/2015 - 09:54 - Signaler un abus Libéral ? Non communiste suite

    Ce ne sont pas là des principes libéraux. Les problèmes de l'industrie française trouvent leur origine ailleurs, poids des charges, concurrence des pays émergents, là encore aurait il fallu fermer les frontières. Là encore la création destructive fait son œuvre à nous de nous adapter, d'anticiper, d'innover. La grande distribution le fait. Arrivée du drive, des ventes internet, des magasins de proximité. La grande distribution connait l'impact de la concurrence : demandez à un directeur de magasin de combien baisse son chiffre d'affaire lorsqu'un concurrent arrive dans sa zone de chalandise. Vous confondez la dureté des négociations avec la guerre des prix, vous confondez positionnement marketing avec politique. Certes les acheteurs ne sont pas des rigollots mais je prétends que la grande distribution a permis l'émergence de nombreuses PME si elle en a détruit par ailleurs. C'est ça le libéralisme, c'est ça, le régulateur de l'innovation. Vous êtes sur des position poujadiste et interventionniste, rien à voir avec le libéralisme

  • Par Recto - 20/10/2015 - 09:54 - Signaler un abus Libéral ? Non communiste suite

    Ce ne sont pas là des principes libéraux. Les problèmes de l'industrie française trouvent leur origine ailleurs, poids des charges, concurrence des pays émergents, là encore aurait il fallu fermer les frontières. Là encore la création destructive fait son œuvre à nous de nous adapter, d'anticiper, d'innover. La grande distribution le fait. Arrivée du drive, des ventes internet, des magasins de proximité. La grande distribution connait l'impact de la concurrence : demandez à un directeur de magasin de combien baisse son chiffre d'affaire lorsqu'un concurrent arrive dans sa zone de chalandise. Vous confondez la dureté des négociations avec la guerre des prix, vous confondez positionnement marketing avec politique. Certes les acheteurs ne sont pas des rigollots mais je prétends que la grande distribution a permis l'émergence de nombreuses PME si elle en a détruit par ailleurs. C'est ça le libéralisme, c'est ça, le régulateur de l'innovation. Vous êtes sur des position poujadiste et interventionniste, rien à voir avec le libéralisme

  • Par john mac lane - 20/10/2015 - 12:55 - Signaler un abus Les commerces traditionnels ont étés tués par les parcomètres...

    La grande distribution n'est pas "responsable" de la destruction des autres, elle a lutté contre les castes et corporations. Simplement les "non-organisés" eux n'ont pas pu....Les petits commerces n'ont pas eu la possibilité de lutter contre les parcomètres. Les industriels locaux ont étés tués par les charges supérieures ici que de l'autre coté de la frontière de chez nous. L'indépendant ou l'agriculteur subissent la dictature de leurs charges collectivistes personnelles qui oblige a payer même si le chiffre d'affaire est nul. Même à 60 jours vous êtes payé par la distribution, pas plus que vous êtes obligé de lui vendre. Par contre votre assurance sociale, si vous ne payez pas s’arrête vous mettra en faillite au lieu de simplement s’arrêter.... Accuser la distribution et ne pas qui travaille dans le droit, sans voir le malheur organisé par le collectivisme d'état qui travaille ,sans contrat signé, c'est dramatique.

  • Par Anouman - 20/10/2015 - 20:29 - Signaler un abus Dictature

    Le seul point qui peut être retenu au crédit de cet article concerne les délais de paiement. La loi devrait imposer des paiements au comptant à tous. Mais l'état étant un des plus mauvais payeurs... Pour le reste, si les grandes enseignes étaient en position de trust elles n'auraient aucun intérêt à baisser les prix. C'est donc qu'il y a un minimum de concurrence. Que ce ne soit pas la concurrence pure et parfaite décrite dans les manuels d'économie, sans doute. Mais la nécessité de proposer des prix bas ou pas trop élevés vient aussi du fait qu'il faut que le client (pas si bien payé et chargé de taxes) achète. Pour le producteur, le problème est un peu le même. Si le prix du marché ne couvre pas ses coûts alors il peut arrêter, ou trouver un autre marché, ou produire autre chose. Evidemment faut-il en avoir les moyens. Récemment le problème du porc a été amplifié par la perte des exportations vers la Russie ce qui n'arrange rien. On sait très bien que les lois du marché ne s'appliquent pas dans la réalité comme dans les livres et c'est d'ailleurs pourquoi tout ne va pas si bien. Mais c'est vrai de toute l'activité économique.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€