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Gertrude d'arabie, la mère d'un Irak ingouvernable

Si l'Irak est aujourd'hui devenue ingouvernable, c'est en partie à cause d'une femme, Gertrude Bell, espionne britannique du début du 20ème siècle. Cette femme de poigne a aidé un roi fidèle à la couronne britannique à accéder au trône, a ensuite réorganisé le gouvernement, puis redessiné les frontières.

Avant Lawrence, il y avait Gertrude

Publié le - Mis à jour le 27 Juin 2014
Gertrude d'arabie, la mère d'un Irak ingouvernable

Atlantico : Gertrude Bell, figure britannique hors normes, a joué un rôle considérable dans la création de l'Irak contemporain. Que sait-ond'elle ? Quels ont été les traits de personnalité qui lui ont permis de s'imposer dans le paysage oriental de l'époque ?

David Rigoulet-Roze : Gertrude Margareth Lowthian Bell (1868-1926) est un personnage hors du commun, une femme d'esprit résolument rebelle aux conventions et une sorte d'aventurière excentrique comme seule l'Angleterre victorienne sait en produire. D'extraction artistocratique, elle est la petite fille d'un grand industriel, Isaac Lowthian Bell et manifeste très tôt une personnalité singulière. Elle est l'une des premières femmes formées à Oxford - comme T.E. Lawrence (1888-1935) du reste -  et est rapidement remarquée pour son intelligence remarquable.

Elle devient une orientaliste de renom parlant couramment six langues (le français, l'allemand, l'italien, le persan, le turc et bien évidemment l'arabe). Férue d'archéologie, encore comme Lawrence, elle se retrouve à parcourir l'Orient et impressionne ses interlocuteurs par son assurance et son courage. Lors d'une expédition de reconnaissance dans le désert d'Arabie en janvier 1914, alors que sa caravane se trouvait sur le territoire tribal des redoutables Howeitat dont le chef, Aouda Abou Tayi, rallié par Lawrence deux ans plus tard lors de la « Révolte arabe » n'était pas connu pour son aménité, elle n'hésita pas à se présenter à lui d'égal à égal. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si elle devient la première femme des services de renseignements britanniques affectée en novembre 1915 au "Bureau arabe" - équivalent du deuxième bureau français de l'époque - installé au Caire. Elle se trouve alors logiquement en contact avec Lawrence qu'elle avait rencontré pour la première fois en 1910 - en quelque sorte son alter ego masculin dans la région - et qu'elle appellera par la suite "mon petit" en vertu du fait qu'elle avait vingt ans de plus que lui.

Dans un partage des tâches singulier, on peut dire qu'elle eut, en Mésopotamie, un rôle peu ou prou équivalent à celui de Lawrence en Arabie et au Levant. En mars 1916, elle est affectée à Bassorah (Basse Mésopotamie) où elle est invitée à mettre ses compétences reconnues au service de l’officier chargé des affaires politiques sur place, un certain Sir Percy Cox (1864-1937). Elle devient la seule femme officier chargée d'affaires politiques de l'armée avec le titre "d'officier de liaison" correspondant avec le "Bureau arabe" du Caire. Alors que la guerre touche à sa fin et que l'Empire ottoman est sur le point de s'effondrer, elle est chargée de dresser les cartes topologiques pour le compte de l'armée anglaise avançant vers Bagdad dont les Britanniques s'emparent le 10 mars 1917. Elle y est alors envoyée par son supérieur, Sir Percy Cox Haut commissaire britannique en Mésopotamie, avec le titre de "Secrétaire d'Orient".

 
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David Rigoulet-Roze

David Rigoulet-Roze est chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques (L'Harmattan).

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