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La gauche social-libérale face à (ce qu'elle perçoit comme) la droitisation en marche forcée du quinquennat Macron

Une première lecture du nouveau gouvernement pourrait laisser croire que les "macronistes orthodoxes", celles et ceux qui se sont mis "En Marche !" alors que personne n’y croyait, il y a tout juste deux ans étaient les "dindons de la farce" de l’épisode "formation du gouvernement".

Angoisse ou effet d'aubaine ?

Publié le - Mis à jour le 19 Mai 2017
La gauche social-libérale face à (ce qu'elle perçoit comme) la droitisation en marche forcée du quinquennat Macron

Après la nomination d'Edouard Philippe au poste de Premier ministre de son gouvernement, la composition de celui-ci a été annoncée hier après-midi. Comment réagissent la gauche social-libérale ayant ralliée En Marche et En Marche face à l'arrivée de ministres de droite, de gauche et centriste?  

Jean Petaux :  A y regarder de plus près on compte pas moins de 7 personnalités sur 18 issues de la « société civile » : Nicolas Hulot (ministre d’Etat, ce qui est remarquable et symboliquement fort) et six autres personnalités présentées comme « hors système » ou si l’on préfère « société civile » (terme peu précis…).

Ce qui est intéressant de pointer ici c’est la précision du dosage, presque comme un œnologue bordelais mariant entre eux les différents cépages d’un vin, en un subtile assemblage.

Quelles sont les solutions restantes pour ces derniers?  

Jean Petaux : Ils sont « condamnés » à suivre l’attelage Macron avec toutes ses surprises, ses « embardés » et, éventuellement, ses apparences d’abandon voire de trahison. Mais en réalité d’après tous les témoignages de ceux  qui ont approché celui qui était alors le futur président, tout ce qui advient maintenant a été pensé dès l’origine de son aventure et, mieux, Emmanuel Macron est même parvenu à « incarner » lui-même son talent. Donc les membres de « En Marche ! », macroniens de la première heure pouvaient très bien estimer que le « compte n’y est » pas pour eux. On peut parier sur le charisme du nouveau président et surtout son influence sur ses amis politiques, ceux de son mouvement, pour « tuer dans l’œuf » toute tentative « d’insurrection REM »

Quel est le risque politique en ostracisant du gouvernement une partie de la gauche comme laFrance Insoumise ? 

Jean Petaux : D’abord il convient d’indiquer que la décision d’ostraciser  la « gauche de la gauche » n’est pas du fait d’Emmanuel Macron et/ou de  son équipe. C’est (et il n’a besoin de l’aide de personne pour faire ça) bien l’état-major de « France insoumise » qui a décidé, lui-même, de se tenir totalement à l’écart des offres de service d’Emmanuel Macron. Il reste qu’au final la non-reconnaissance  de l’électorat Mélenchon obtenu au premier tour de la présidentielle par une traduction en nombre de députés est une très mauvaise nouvelle. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, les deux candidats se déclarant officiellement « anti-système », « anti-Vème République », pratiquant l’un et l’autre une forme de politique sur le mode « tribunitien », ont obtenu au premier tour de la présidentielle près de 15 millions de voix à eux deux. L’une et l’autre des deux formations qui les soutiennent sont destinées, selon toute probabilité, à obtenir fort peu de députés en juin. Plusieurs explications peuvent être données ici. La principale tient au mode de scrutin : d’arrondissement, uninominal, majoritaire à deux tours, qui favorise traditionnellement les partis les plus puissants. La conséquence de ce décalage entre « pays réel » et « pays légal » sera fortement problématique car plusieurs pans de l’électorat s’estimeront (plus à raison qu’à tort) sous-représentés au Parlement voire pas représentés du tout… Et une potentielle « opposition extra-parlementaire » risque alors de se développer, dans la rue par exemple.. Sur ce plan la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron est très réduite. Il ne peut faire voter, avant les prochaines législatives de juin, une nouvelle loi électorale introduisant une dose de proportionnelle dans le mode de désignation des députés. Il lui faudra donc attendre 2022 pour voir se mettre en place, pour la première fois depuis 1986, une loi électorale teintée de proportionnelle.  Seul moyen véritablement efficace pour assurer une présence suffisante des opposants de gauche à Emmnauel Macron, France insoumise, dans les travées de l’hémicycle.

 

 
Commentaires

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  • Par john mac lane - 18/05/2017 - 08:50 - Signaler un abus Quid de Bayrou

    Une chose est sure, l'œnologue avec Bayrou a mis du vinaigre dans son choix de cépages.... Avec cet épouvantail pour la droite et la gauche, il va réussir a reformer le PS et les LR n'ont rien a craindre d'un effondrement. Imaginer que des gens de droite vont passer avec celui qui a engendré 5 années de Hollande vont virer "En Marche". Le rêve de Macron pourrait tourner au cauchemar minoritaire.

  • Par Michèle Plahiers - 18/05/2017 - 09:56 - Signaler un abus Usés.

    Le peuple français est fatigué de la sarkozye, l'affaire DSK, le hollandisme et sont prêts à accepter de nombreuses mesures et restrictions. Que tout cela fût manipulé pour installer un pouvoir centralisé et fort, c'est une hypothèsè à ne pas négliger;

  • Par lémire - 18/05/2017 - 12:13 - Signaler un abus "ostraciser"

    Qui peut supposer une seconde que des mélanchonistes contribueraient au programme de Macron, ou que celui-ci a qqch à négocier avec eux ? Ne pas avoir "mal" voté au second tour des présidentielles donnerait un droit moral sur le contenu du programme ? Les accords de gouvernement, quand on en fait, se font pour les législatives ou après... Est-on au Nouvel Obs pour victimiser un électorat qui n'en demande pas tant, et qui se prépare à une opposition, disons, résolue ?

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ».Il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac : « Paroles politiques ».  Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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