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La France est-elle en train de devenir sans bruit le pays le plus eurosceptique d'Europe ?

Jeudi dernier, "Le Monde" révélait un sondage réalisé par l'université d'Edimbourg et le cercle de réflexion allemand D/part dans lequel 53% des Français déclaraient être favorables à la mise en place d'un référendum sur le maintien ou non de la France dans l'UE.

En toute discrétion

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La France est-elle en train de devenir sans bruit le pays le plus eurosceptique d'Europe ?

Atlantico : Un sondage réalisé par l'université d'Edimbourg et le cercle de réflexion allemand D/part auprès des opinions publiques de 6 pays de l'UE (Allemagne, France, Suède, Pologne, Irlande, Espagne) et dont les résultats ont été rendus public il y a quelques jours révèle que 53% des Français se disent favorables à la mise en place d'un référendum sur le maintien ou non de la France dans l'UE. L'opinion publique française est-elle à ce point eurosceptique ? S'agit-il d'une attitude récente ou de longue date ?

Christophe Bouillaud : Le fait de se déclarer d’accord avec la perspective d’un tel référendum ne signifie pas nécessairement que l’on soit contre le maintien de la France dans l’Union européenne. Cela peut correspondre simplement à une volonté que l’instrument référendaire soit utilisé plus souvent. Un autre sondage, réalisé récemment pour tester l’opinion des Français sur leur démocratie et publié par Le Monde, montre qu’une forte majorité se déclare pour un plus fort usage du référendum en général.

Pour ce qui est de la question européenne proprement dite, l’opinion publique française est partagée. Comme l’ont montré les référendums de 1992 et de 2005 où des votes de force comparables ont émergé, l’opinion publique n’est pas du tout unanime sur l’Europe. Selon le dernier sondage Eurobaromètre disponible réalisé en novembre 2015, les Français déclarent à 35% avoir une image positive de l’UE, à 38% avoir une image neutre, et à 25% une image négative. De même, une nette majorité se déclare en faveur du maintien de la France dans la zone euro (67%) contre une forte minorité pour abandonner cette monnaie (28%). A priori, l’europhilie reste donc majoritaire. Cependant, les sondés français déclarent à 51% que " leur voix ne compte pas en Europe ", tandis que 52% se déclarent pessimistes sur l’avenir de l’Europe. Ils sont d’ailleurs plus de sondés à se déclarer ainsi pessimistes en France qu’au Royaume-Uni (seulement 44% des pessimistes outre-Manche). Les sondés français font d’ailleurs partie du groupe des cinq pays aux opinions les plus pessimistes sur l’avenir de l’UE (France, Autriche, République tchèque, et bien-sûr Chypre et  Grèce).  Ce pessimisme majoritaire en France n’est pas sans lien avec la perception par les sondés français de la situation économique : 83% d’entre eux voient la situation économique de la France comme mauvaise, et 63% considèrent même qu’ "en matière d’emploi, le pire est à venir ". A l’automne 2015, la France fait clairement partie de ce très large groupe de pays (toute l’Europe du Sud et presque toute l’Europe de l’Est) où la fin de la crise économique commencée en 2007-2008 n’est pas en vue pour une nette majorité des sondés, et cela pèse d’évidence sur la perception de l’Union européenne – comme chez nos voisins italiens d’ailleurs. 

A lire également sur le sujet : "Tous les référendums sur l'Europe que vous ne connaissez pas"

Traditionnellement, quelles sont les opinions publiques les plus européistes ? Les plus eurosceptiques ? Y-a-t-il une géographie de l'adhésion à l'idée européenne sur le continent ?

Il faut en fait croiser trois grands facteurs : d’une part, la tendance plus ou moins grande des élites nationales à accepter la perspective de l’intégration régionale, et leur capacité à la gérer et à la vendre à leurs populations ; d’autre part, la réalité de la situation économique du pays ; et enfin, les autres problèmes dont l’UE peut être tenue pour responsable. Typiquement, les élites britanniques n’acceptent l’Union européenne que par pragmatisme ; elles gèrent par contre très bien la relation avec Bruxelles (en étant par exemple très présentes au Parlement européen et dans la bureaucratie bruxelloise), mais elles sont nulles pour vendre l’Europe à leur population, largement à cause d’une presse populaire qui ne laisse rien passer de positif sur l’intégration européenne. En même temps, l’immigration préoccupe certes outre-Manche, mais la situation économique est plutôt bonne au Royaume-Uni. Au total, les sondés britanniques sont moins hostiles à l’Union européenne qu’on pourrait le croire.

Inversement en Europe du Sud, les élites adoraient l’Europe, géraient souvent mal leur relation avec Bruxelles, mais vendaient l’Europe comme l’horizon indépassable de notre temps aux Européens du Sud. Or, pas de chance, ces mêmes Européens du Sud (Italiens, Espagnols, Portugais, Chypriotes, et bien-sûr Grecs) sont les principales victimes de l’impéritie européenne en matière de gestion de la crise économique de 2007-2008. Du coup, ces pays restent certes pro-européens pour la plupart, mais ils le sont nettement moins qu’avant. Le cas le plus évident est bien sûr la Grèce : il n’y a plus que 22% de sondés grecs à avoir une image positive de l’UE, mais l’Espagne aussi a connu un retournement de l’opinion : 33% des sondés espagnols en ont une image positive. Il faut ajouter que des pays confrontés à des problèmes liés à l’intégration européenne, comme en Autriche avec les migrants allant vers l’Allemagne, voient la montée en puissance d’une image négative de l’UE en dépit d’une bonne situation économique : 41% des sondés autrichiens ont actuellement une image négative de l’UE (un record partagé avec Chypre et la Grèce).

Au total, pour avoir une opinion publique plutôt européiste, il vaut mieux être un pays avec des élites qui savent défendre vos intérêts à Bruxelles, avec une économie prospère (si possible sans trop attendre votre salut de Bruxelles), et enfin ne pas être (trop) confronté à une crise géopolitique (mal) gérée par Bruxelles. 

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 14/03/2016 - 15:50 - Signaler un abus L'Europe est devenue une folie

    Revenir à une Europe uniquement économique, en conservant l'euro, et abroger tout le reste ..... Virer ainsi 80 % de ces fonctionnaires néfastes ainsi que ces pseudo dirigeants élus par personne... Ils s’intéressent bien plus aux migrants et à la mondialisation alors au revoir et à jamais.

  • Par marie06 - 29/03/2016 - 12:41 - Signaler un abus Je suis abonnée et pourtant

    "Vous n'êtes pas autorisé(e) à accéder à cette page." Voila ce qui ressort lorsque je clique sur ce lien de cet article : "A lire également sur le sujet : "Tous les référendums sur l'Europe que vous ne connaissez pas"

  • Par marie06 - 29/03/2016 - 13:02 - Signaler un abus Merci pour ce dossier complet (les 3 articles suite au sondage)

    Je vous conseille de lire l'excellente analyse sur ce site intitulé :"Après le Brexit, la Frantie …..." Sur le plan économique tout est dit pour comprendre pourquoi nous en sommes là, mais quant aux méthodes préconisées pour changer la donne je n'y crois pas. Et dire que beaucoup d'économistes dont prix nobel avait alerté des dégâts mais bien sûr ils ne devaient pas être assez intelligents pour nos experts politiques vendus à la finance !

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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