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Fin de l'opération Sangaris en Centrafrique : une réalité sur le terrain nettement moins apaisée que le bilan officiel

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian doit annoncer ce dimanche 30 octobre la fin de l'opération Sangaris. Alors que l'intervention militaire visait à stabiliser la situation en Centrafrique, l'heure est désormais au bilan.

L'heure du bilan

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Fin de l'opération Sangaris en Centrafrique : une réalité sur le terrain nettement moins apaisée que le bilan officiel

Atlantico : Jean-Yves Le Drian, actuellement en Centrafrique, doit prononcer ce dimanche 30 octobre l'arrêt de l'opération Sangaris. Après plusieurs années d'opérations, quel est le bilan militaire qu'il est possible de réaliser ?

Jean-Vincent Brisset : Il faut se souvenir que la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée à l’unanimité le 5 décembre 2013, autorisait avant tout "le déploiement de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) pour une période de 12 mois".

Ce déploiement devait être appuyé par des forces françaises autorisées "à prendre temporairement toutes mesures nécessaires". Peu de temps avant l’adoption de cette résolution, différents moyens militaires français avaient été mis en place en Centrafrique et dans les pays voisins. Dès le lendemain du vote, environ 1 000 militaires français sont venus renforcer les 240 membres du détachement permanent installé depuis 2002 pour protéger les ressortissants français et entraîner les troupes locales. Très vite, le Président Hollande annonce que cet effectif sera porté à 1 600 hommes et que l’opération durera "aussi longtemps que nécessaire". Le but affiché est de désarmer les belligérants et de permettre le retour à une situation de stabilité concrétisée par de vraies élections.

Les forces françaises, qui ne seront jamais seulement des "forces d’appui", ont été les seules à agir dès les premiers jours. Les actions de sécurisation commencent immédiatement, marquées par des combats limités. Le volume de la MISCA atteint 4 500 hommes en janvier 2014. Les effectifs français montent à 2 000 hommes et les opérations de désarmement commencent en février, en même temps que la quasi-totalité des musulmans sont évacués de Bangui. Les combats et les massacres continuent, pendant que les forces françaises se concentrent sur l’extension de la zone de responsabilité des militaires de l’Union Africaine à l’ensemble du pays. A partir de juin 2015, l’effectif français est ramené à 900 hommes alors que la MINUSCA, qui a remplacé la MISCA en septembre 2014, compte désormais - au moins en théorie - plus de 10 000 hommes. Le 30 mars 2016, le nouveau Président, Faustin Archange Touadéra, est investi en présence du ministre français de la Défense. La fin de l’opération Sangaris, dont l’effectif est déjà réduit à 350 hommes, est annoncée pour avant la fin 2016.

Les forces françaises, dont 15 000 hommes sont passés sur le terrain, ont eu 3 morts et 120 blessés, mais un nombre très élevé de leurs membres (12%, contre 8% en Afghanistan), spectateurs de violences extrêmes, sont victimes de stress post traumatiques. La MINUSCA a eu une vingtaine de tués. A partir de la fin de 2014, les violences ont largement diminué, mais se sont encore poursuivies en 2015. Le conflit aurait fait entre 3 000 et 6 000 morts et un million de déplacés.

Dans quelle mesure cette opération a-t-elle illustré l'absence de coopération militaire ? Lesquels de nos alliés ont décidé de nous épauler ?

Avant même le lancement "officiel" de l’opération Sangaris, la France a sollicité l’aide de ses alliés, en particulier sur le plan de la logistique aérienne, stratégique ou intra théâtre, domaines particulièrement sensibles alors que la flotte nationale est en forte sous-capacité. Dans les premiers jours, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont fourni quelques rotations d’avions de transport stratégiques C17, l’Allemagne annonçant la mise à disposition d’un avion de transport médicalisé. La Lituanie, la Pologne, l’Espagne et la Belgique ont assuré un certain nombre de missions de transport tactique.

Les interventions de troupes au sol alliées se sont limitées à une sécurisation de l’aéroport et de certains quartiers de Bangui, dans le cadre de l’opération européenne EUFOR RCA, qui a concerné 700 hommes au maximum (dont 250 Français, des Espagnols, Finlandais, Italiens, Géorgiens et Polonais), avec un centre de commandement basé (pourquoi ?) en Grèce. L’Europe a aussi lancé, pour 2016, de petites coopérations visant à la formation de militaires centrafricains et à l’aide à la bonne gouvernance.

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 30/10/2016 - 12:21 - Signaler un abus Si cela s'était bien passé,

    on le saurait tous les jours. Mais comme se fut un fiasco politique, la presse a été la "grande muette", comme l'a demandé le grand chef. A poil, les militaires ont fait leur travail et, contrairement à FH qui a le ventre qui fait des fissures tant qu'il bouffe comme un salaud, eux n'avaient pas grand chose dans les gamelles. Quand à leur ministre, depuis un an et demi, une place lui est réservée à la Région Bretagne.

  • Par abracadarixelle - 30/10/2016 - 13:42 - Signaler un abus Mais que les Africains se débrouillent un peu tout seuls....

    A la fin ! Ils se plaignent des restes de colonisation mais sont infoutus de se sortir de leurs conflits locaux ! Finalement, NS avait raison lorsqu'il disait que l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire, déjà qu'il n'est pas foutu de mettre les mains dans le cambouis !

  • Par jc0206 - 30/10/2016 - 16:21 - Signaler un abus Centrafrique: l'impossible réconciliation

    L'intervention des troupes françaises en Centrafrique avait pour but de mettre fin à ce que nos médias n'ont pas eu le courage d'appeler une guerre de religion. On se rendra vite compte après le départ de ces troupes de l'impossible réconciliation entre chrétiens et musulmans. Leur expérience sera peut-être utile un jour sur le territoire français.

  • Par Jean-Benoist - 30/10/2016 - 17:52 - Signaler un abus combie6n de soldats français

    Morts pour un pays qui nest pas le nôtre pendant que les jeunes de ce pays ont fui, sont venus en France au lieu de le défendre et se battre?

  • Par Anguerrand - 30/10/2016 - 18:17 - Signaler un abus A Jean-Benoist

    J'aurais pu écrire la meme chose que vous. Des soldats français se font tuer pour des pays qui nous haïssent. Leur president nous remerciera t il, il ne faut pas y compter. Nos soldats, peres de famille sont tués les locaux les regardent se faire ruer ou s'infiltrent chez nous le tout à nos frais.

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Jean-Vincent Brisset

Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset est directeur de recherche à l’IRIS. Diplômé de l'Ecole supérieure de Guerre aérienne, il a écrit plusieurs ouvrages sur la Chine, et participe à la rubrique défense dans L’Année stratégique.

Il est l'auteur de Manuel de l'outil militaire, aux éditions Armand Colin (avril 2012)

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