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Faillite de l’Etat et déficits abyssaux : qui paie la facture, qui en profite ?

Dimanche dernier sur Radio J, Michel Sapin parlait de la France en faisant référence à « un Etat totalement en faillite ! ». Cette phrase a été par la suite démentie par le ministre du Travail.

Sonnette d'alarme

Publié le

Atlantico : Le ministre du Travail a récemment parlé de la France comme d'un "Etat totalement en faillite". Sur qui pèse aujourd'hui le financement de notre dette ?

Simone Wapler : Le financement de cette dette repose sur tout le monde : l’ensemble des contribuables et des entreprises. La charge de la dette - c’est à dire le remboursement des intérêts - est depuis septembre 2012 le premier poste du budget de l’État et représente 47 Mds€. Avant de payer nos fonctionnaires, l’éducation nationale, l’armée, la police, la justice nous payons les intérêts de cette dette.

La charge de la dette est le plus gros poste de dépense alors même que les taux d’intérêt sont au plus bas depuis 260 ans. Nul besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre qu’à la moindre remontée des taux, tout explose.

Pour échapper à la faillite, l’État incapable de réduire ses dépenses doit augmenter ses recettes, c’est à dire les impôts et taxes. C’est pourquoi nous avons atteint le statut d’enfer fiscal. L’intensité des flammes va maintenant augmenter.

Qui la finance ? A qui profite notre niveau d'endettement ?

Les souscripteurs nationaux sont nos banques et assureurs mais nos créanciers sont au deux tiers étrangers, selon l’Agence France Trésor. Il s’agit de fonds de pension qui ont besoin d’investir en euros, de pays exportateurs de pétrole, des pays émergents. En 2012, la Suisse a été un gros acheteur de dettes d’État en euro pour maintenir la parité euro franc suisse au niveau de 1,20. La Suisse a ainsi financé une bonne part des déficits des pays européens, à commencer par le nôtre.

Depuis la crise, nous vivons ce que le FMI appelle une situation de « répression financière » : les taux d’intérêt sont maintenus artificiellement bas et les dettes souveraines des pays développés rapportent moins que l’inflation. Cependant, nos créanciers souscrivent toujours car ils sont dans la très inconfortable situation du patron d’entreprise dont le gros client s’enfonce dans l’insolvabilité. Couper la ligne de crédit du gros client accélère sa faillite et note patron risque de se retrouver confronté à un gros impayé. Face à ce dilemme, que faire ? Souscrire, mais de moins en moins, pour des durées plus courtes et se chercher d’autres clients. C’est exactement ce que font nos créanciers.

Soyons sérieux. Notre niveau d’endettement ne profite plus à personne. Il fait peur.

Malgré ce que laisse sous-entendre Michel Sapin, la situation est-elle aujourd'hui préoccupante ? Jusqu'où sera-t-elle soutenable ?

La situation est très préoccupante car la France est « trop grosse pour faire faillite ». Si la France se retrouve dans la même situation que la Grèce, le Portugal, l’Espagne ou l’Italie, c’en est fini de l’euro, du MES, du FESF et autres mascarades. C’est tout simplement l’effondrement de la pyramide de dette et du système « j’emprunte pour rembourser ce que je ne peux pas rembourser ». Ce système ne tenait que parce que les taux baissaient et que chaque emprunt suivant coûtait moins cher. Il est intenable lorsque les taux montent.

La limite du supportable sera atteinte lorsque les taux d’intérêt sur l’OAT (Obligation Assimilable du Trésor) à 10 ans dépasseront 4%. Car sur les marchés obligataires, des taux qui montent signifies des obligations qui baissent. Au-delà de ce taux, banques et assurances auront des pertes qui vont consommer leurs fonds propres. On réenclenchera le cycle connu selon lequel l’État insolvable sauve des banques insolvables.

Vous pouvez suivre le taux de l’OAT sur le site de la Banque de France. Vous constaterez que le 28 janvier, la dernière adjudication des obligations françaises s’est faite à un taux sensiblement supérieur à ceux qui prévalaient depuis plusieurs mois.

 
Commentaires

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  • Par FIGAROCB - 30/01/2013 - 10:31 - Signaler un abus LES PROFITEURS

    Les profiteurs du système sont ceux qui sont actuellement au commande de l'état, qu'ils soient dans la majorité actuelle ou dans l'opposition ! Ce sont les nouveaux seigneurs, eux on droit à tout, le peuple n'a le droit que de payer toujours plus ! Les temps n'ont trop changer entre l'époque de nos Rois et aujourd'hui : de moi en moins de liberté et de plus en plus de contrainte ! Solution : changer notre système démocratique actuel par le système de la démocratie directe à la "Suisse" par exemple!

  • Par ClairdeLune - 30/01/2013 - 10:45 - Signaler un abus Faillite de l’Etat et déficits abyssaux ,Ahahahaha!!...le mépris

    Là, maintenant, en pleine crise,les plus riches continuent de défiscaliser en masse 40 milliards d'euros grace à leurs niches fiscales. Et les 54 milliards détournés illégalement selon Bercy en 2011 toujours les mêmes familles parasites de la bourgeoisie. En 2011,134 milliards d’exonération aux grands groupes,qui ne paient que 8% d'impôt au lieu des 33% et de plus sont bénéficiaires et n'ont créés aucun emploi....Grand groupes qui appartiennent toujours aux capitalistes de Neuilly et consort...Le jour ou on aura un président intègre avec des kouilles réveillez moi.

  • Par Redmonde - 30/01/2013 - 11:40 - Signaler un abus TRES BONNE ANALYSE

    Je vais acheter le livre de l'auteur. "134 milliards d’exonération aux grands groupes,qui ne paient que 8% d'impôt au lieu des 33% et de plus sont bénéficiaires et n'ont créés aucun emploi....Grand groupes qui appartiennent toujours aux capitalistes de Neuilly et consort" C'est en effet regrettable, mais si on les taxait davantage, ils quitteraient totalement la France pour s'installer dans des pays à fiscalité plus avantageuse, et ce n'est pas ça qui manque. Ca s'appelle la mondialisation, et il aurait fallu penser à ce genre de conséquences inévitables avant d'ouvrir grand les frontières.

  • Par mich2pains - 30/01/2013 - 12:38 - Signaler un abus FAILLITE , la faute à QUI ?

    Accrochez-vous : Ce nouveau Président-normal avait promis de baisser les rémunérations de 30 % ! Qu'en est-il réellement ? " Par décision N°2012-654DC du 9 aout 2012 , le Conseil Constitutionnel a déclaré NON-CONFORME à la Constitution l'article 40 de la loi de finance rectificative qui prévoyait la baisse de 30% des revenus du Président-Normal , de son 1er ministre et du Gouvernement " !....Une telle décision a due être accueillie avec un OUF de soulagement par tous les intéréssés qui , je vous le rappelle , sont 2 fois plus nombreux que dans le gouvernement précédent !Merci aux internautes de relayer cette info autour de vous (info vérifiable sur le site officiel du Conseil Constitutionnel ) .

  • Par mich2pains - 30/01/2013 - 12:47 - Signaler un abus à " FIGAROCB" .

    Pendant longtemps je pensais comme vous , à savoir que je voulais que la France tende vers un système démocratique pareil à celui de la Suisse , où les référendums sont courants . Ne pouvant attendre que la France s'aligne sur la démocratie à la Suisse , je me suis adapté en ne travaillant ...qu'au BLACK , éliminant ainsi le plus grand nombre de sangsues à nourrir . Qu'est-ce qui vous en empêche ?

  • Par vangog - 30/01/2013 - 14:10 - Signaler un abus @mich2pains Pas très "solidaire", votre système

    mais il est vrai que nous allons, en France, vers un système ultra-socialiste qui privilégie les tire-au-flans-parasites sociaux, les travailleurs au noir comme vous et les fonctionnaires de l'état et de la territoriale... Flamby se dépêche d'en embaucher de tonnes actuellement, avant que l'Europe ne lui tire les oreilles pour les déficits qui empierreront forcément (mais de cela , Flamby n'en a cure!)... Pour la baisse de 30% des traitements du chef de l'état et des ministres, Flamby savait parfaitement que ce n'était pas constitutionnel, sinon il aurait proposé une baisse raisonnable de 5 ou 6%... Mais cela faisait partie du "package Flamby" pour convaincre ses minorités électorales et les naïfs électeurs centristes...

  • Par pidmerd - 30/01/2013 - 14:27 - Signaler un abus SOLUTION ?

    Pour ceux (de moins en moins nombreux) qui ont de l'épargne, quitte à ne plus toucher d'intérêts, mieux vaut tout garder sous leur matelas afin d'éviter que la mafia actuellement au pouvoir ne vous la vole par un autre procédé que celui habituellement utilisé (taxes, impôts, TVA ...).

  • Par The_Wizard - 30/01/2013 - 14:41 - Signaler un abus alors là,

    Madame Wapler que je ne connaissais pas, pas encore, on ne pouvait pas mieux dire. et on a un petit soucis c'est que les taxes, on peut même plus les payer. manger les pates sans beurre, passe encore, mais les pâtes sans pâtes; quand on aura mangé la moquette, on attaquera le plancher? ho non, on s'est chauffé! en attendant, pourrait-on juste regarder la carte de la "cantine" du Parlement? juste pour voir, ça fait toujours plaisir...

  • Par zelectron - 30/01/2013 - 16:15 - Signaler un abus névroses de gauche

    le nombre de problèmes non résolus et qui ne risquent pas de l'être dans cette législature est pharaonique mais du fait de l’aveuglement dogmatique et du sophisme délirant de la gauche nous sommes en train de reculer.

  • Par Salaudepatron - 30/01/2013 - 16:18 - Signaler un abus Vite, au fond !

    Au point où on en est, plus vite la France coulera, plus vite on pourra reconstruire sur de nouvelles bases, avec 50 % de la fonction publique en moins et des prélèvements réduits en conséquence. C’est sûr que certains vont morfler, mais ce sont surtout ceux qui en ont le plus profité... donc pour une fois, ça sera vraiment le redressement dans la justice... comme nous l’avait annoncé notre cher président.

  • Par Vertigo - 30/01/2013 - 19:50 - Signaler un abus Par Salaudepatron - 30/01/2013 - 16:18

    Autant je vous rejoins sur le côté salvateur d'un gamelage le plus rapide possible, autant vous rêvez pour le reste. Les pauvres n'y perdront car il n'ont rien à perdre, les riches ont depuis un moment commencé à prendre leur disposition par la diversification du patrimoine face au risque et évacuation des capitaux et les politiques tarderont à vous informer de la situation et se défileront. Les classes moyennes, les entrepreneurs et les petits épargnants qui verront leur maigre économies réquisitionnées seront les dindons de la farce et les cocus! N'avez-vous donc pas remarqué la réticence et aversion au risque des investisseurs sur les marchés qui se réfugie dans les valeurs refuge, particulièrement l'or? N'avez-vous pas remarqué les pubs et boutiques de rachat d'or physique qui fleurissent? Gardez à l'esprit que l'or physique est la seule monnaie qui aura cour en cas de guerre civile. La plupart des états ayant décorelé leur monnaie des stocks physique d'or qu'ils ont dilapidé en douce, la valeur de la monnaie ne tient plus qu'à sa liquidité qui disparaîtra en cas de guerre civile ou d'effondrement du système financier.

  • Par carabène - 31/01/2013 - 06:50 - Signaler un abus Keynes contre Chicago (1)

    « Réquisitionner l’épargne des Français » serait l’aboutissement du racket organisé par le système libéro-monétariste : un changement radical historiquement parlant puisque les rois, eux, confisquaient allègrement aux banquiers lombards ou juifs qui devaient se contenter de garder la vie sauve, ce qui ne fut pas le cas des Templiers qui furent éliminés. Vous citez des élites qui achètent les électeurs et donc corrompent, il faudrait ajouter que ces élites sont corrompues par le lobbying de l’économie : pour ces dernières un moyen parmi d’autres dont la publicité pour pour toujours croître et augmenter les bénéfices. D’où, de la part de ces élites, l’inertie ou l’opposition au non cumul des mandats. C’est ce qu’il faut comprendre lorsque Rebsamen parle d’un mandat local même non financé.

  • Par carabène - 31/01/2013 - 06:50 - Signaler un abus Keynes contre Chicago (2)

    « Le capitalisme sans la faillite est incapable de se corriger » mais une révolte de la base peut corriger le capitalisme ! Ne parlons pas de révolution (le mot et sa signification sont excessifs) et sur la forme, cela pourrait ressembler à mai 1968. A moins que le capitalisme n’anticipe pour perdurer, comme dans les années 80 quand la Bourse s’est ouverte aux petits porteurs (les petits révoltés changent de camp s’ils deviennent gros, la finalité du loto le démontre). Maintenant, vouloir nous faire croire que les règles de l’économie sont aussi mathématiques qu’intangibles est une malhonnêteté : c’est le système qui impose ainsi sa logique économique pour nier l’économie en tant que philosophie destinée à rendre meilleur le sort des hommes.

  • Par domdas - 01/02/2013 - 01:25 - Signaler un abus Tout va très bien Madame la marquise...

    Tout va très bien, tout va très bien ! Parlez-en de la faillite de l’État et des déficits aux syndicats de la fonction publique, ils vous répondront : - revalorisation des salaires - moratoire sur les suppressions de postes - abrogation de la journée de carence non indemnisée Tout va très bien Madame la marquise...

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Simone Wapler

Simone Wapler est rédactrice en Chef des Publications Agora (analyses et conseils financiers).

Elle est l'auteur de "Comment l'Etat va faire main basse sur votre argent: ... et ce que vous devez faire pour vous en sortir !", paru chez Ixelles Editions en mars 2013.

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