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L’Europe et la Russie sont-elles entrées dans l’engrenage irréversible nous menant à la guerre ?

De nombreuses sources de tensions subsistent avec Russie, en dépit du rapprochement qui a eu lieu entre François Hollande et Vladimir Poutine, après les attentats de Paris. Si l'hypothèse d'une guerre reste assez improbable, ces tensions pourraient s'aggraver selon qui est élu, en Occident.

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L’Europe et la Russie sont-elles entrées dans l’engrenage irréversible nous menant à la guerre ?

Atlantico : La possibilité d'une guerre avec la Russie est-elle complètement à exclure ? Pourquoi ?

Alexandre Del Valle : Toute possibilité d'une guerre avec la Russie est profondément exclue. En vérité, prétendre le contraire ne serait absolument pas sérieux. Et pour cause : un tel conflit n'aurait aucun intérêt. Pas le moindre, pour personne. En outre, en dépit de capacités militaires respectables, la Russie sait pertinemment ce qu'elle vaut. Si elle est peut-être capable de l'emporter contre certains pays de l'OTAN, elle se retrouve très clairement dans l'incapacité de vaincre l'ensemble de la coalition. Dans cette situation, le jeu d'alliance qu'implique le traité atlantique nord fait incontestablement office de force de dissuasion.

C'est également le cas du nucléaire, dont l'Occident et la Russie disposent tout deux. Pour ces deux raisons, tout risque de conflit ouvert avec la Russie n'est tout simplement pas envisageable.

D'autant plus que la Russie n'est pas la seule à ne pas désirer ce conflit : au sein de l'Europe même, les avis sont très divisés. Certes, on trouve de nombreux pays à l'est très marqués anti-russes et qui, pour la plupart, pourraient chercher la confrontation. C'est le cas d'une majorité des anciens satellites de l'Union Soviétique, qui ont tendance à se rapprocher beaucoup des Etats-Unis, à l'exception de la Hongrie. Cependant, tous les pays Occident ne voient pas la situation de cet oeil-là. Plusieurs pays latins, par exemple, ne sont pas opposés à un rapprochement avec la Russie. C'est également le cas de l'Allemagne ou de l'Italie. En France, Nicolas Sarkozy avait tenté de se rapprocher de Vladimir Poutine quand il exerçait Président de la République. François Hollande à fait de même après les attentats du Bataclan.

Ce n'est pas tout : en dehors même du potentiel conflit que nous évoquons, d'autres nations se dressent contre cette idée. La Chine, alliée importante de la Russie, refuse vertement toute confrontation directe. Il n'est pas impossible qu'à l'avenir, l'Empire du Milieu devienne un ennemi ouvert des pays d'Occident (les zones de tensions existent, les rivalités également), mais dans l'immédiat il s'agit encore d'un pays mercantile qui ne peut pas se permettre de participer à un conflit mondial l'opposant à ses clients. Personne n'a le moindre intérêt à une guerre ouverte, en dépit de toutes les tensions qui persistent. Si conflit il doit y avoir, celui-ci ne pourra pas prendre d'autres formes que celui d'une guerre conventionnelle indirecte, comme ce fut le cas pendant la Guerre Froide.

>>> Lire aussi - Les années en 15, clés chaque siècle ? Ce que nous pouvons attendre pour le 21ème au sortir de 2015

Michael Lambert : La résurgence d’un conflit armé entre Moscou et le monde occidental est un thème sérieux dans la mesure où les frictions entres ces deux espaces n’ont de cesse de s’accroitre depuis le début de la Crise en Ukraine. Afin d’établir une perspective cohérente de la situation sur elle continent, il faut rappeler qu’aujourd’hui l’Europe se compose de pays membres de l’Union européenne et de l’OTAN, membres de l’Union européenne mais pas de l’OTAN, de l’OTAN mais pas de l’Union européenne, et pour finir n’appartenant à aucun de ces ensembles.

En théorie, l’appartenance d’un pays à l’Alliance amène à l’application de l’Article 5 du Traité de Washington en cas d’agression contre celui-ci, ce qui engendre l’intervention militaire de l’ensemble des membres. Sachant que l’OTAN comprend des puissances nucléaires comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France, une attaque contre un pays de modeste taille comme l’Estonie engendrerait de lourdes conséquences pour le Kremlin. Cette approche reste cependant purement théorique, et on ignore réellement quels Etats membres de l’Alliance oseraient aider l’Estonie et s’ils sont véritablement prêts à envisager une riposte nucléaire contre la Russie. Malgré cela, l’OTAN reste le meilleur élément pour assurer la sécurité d’un pays en cas de conflit.

Il reste dès lors à noter que le Kremlin a développé un ensemble de stratégie pour contourner l’application de l’Article 5, c’est le cas de la Guerre hybride. Dans cette situation, la Russie n’est pas identifié et identifiable comme puissance agressive, ce qui permet de contourner l’application de l’Article 5. L’OTAN cherche toujours une réponse à cette problématique en développant un processus de contre-Guerre hybride mais on ignore encore ou en sont ces travaux pour le moment.

Parallèlement à l’Alliance, être membre de l’Union européenne et de la zone euro peut également permettre d’assurer la stabilité militaire d’un pays. Dans la pratique, depuis l’échec de la Communauté Européenne de Défense en 1954, il n’existe aucune défense en cas d’attaque contre un Etat membre de l’Union. Malgré cela, il existe un ensemble d’articles signés dans le cadre de la PESD-PESC qui incitent les Etats membres à se soutenir les uns les autres. Dès lors, attaquer un pays membre de l’Union européenne revient à inciter les autres pays membres à intervenir, et une riposte semble plus probable que dans le cas de pays qui n’appartiennent ni à l’Alliance, ni à l’Union.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 21/12/2015 - 22:58 - Signaler un abus N'importe quoi!

    L'europe combien de divisions? Et pour quoi. Il faut être parisien LGBT pour avoir ce genre d'idée.

  • Par MIMINE 95 - 22/12/2015 - 18:54 - Signaler un abus TOUS AUX ABRIS ..... MARINE NOUS GUETTE....

    "L'alliance assure la paix et la sécurité", fallait oser. La France à réintégrer L'OTAN en 2009 et depuis, aucun doute nous sommes en paix..!!!! D'ailleurs jamais les va t'en guerre tels, Sarko ou Hollande ne sont jamais si bien portés. L'union européenne garante des droits de l'homme .... Lesquels ? les seuls droits de l'homme que défends aujourd'hui l'union européenne, c'est la concurrence des peuples européens entre eux ,les salaires ne sont jamais assez bas, et l'Europe, pour le commun citoyen, c'est plutôt , "Faites tourner la misère" que"le bonheur est dans le pré". Mais, c'est aussi l'interdiction de voter autrement que comme on l'indique à la populace, c'est le mépris total de l'expression des peuples. C'est le manque absolu de démocratie réelle au sein de ce système autocratique , j'en passe et des meilleurs. Ce n'est pas parce qu'on s'habille en démocrate qu'on en n 'est un. "Elle lutte contre la corruption", aucun doute, il suffit de voir le nombre et le poids des lobbys en Europe pour en être convaincus. Le prêche pro Atlantiste et anti-marine est bien essayé, mais un peu trop lyrique et je doute que d'agiter les torchons usés à force de servir soit bien efficace.

  • Par gwirioné - 22/12/2015 - 23:49 - Signaler un abus Atlantico, la honte!

    Vous n'avez pas honte d'écrire des conneries pareilles?

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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Michael Lambert

Michael E. Lambert est docteur en Histoire des relations internationales et de l'Europe à La Sorbonne, spécialiste des relations entre l’Union européenne et la Russie et des politiques de défense de l’OTAN et de l’UE​. Il dirige actuellement le think-tank Caucasus Initiative. 

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