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L’été, le jazz, les festivals… et le consumérisme culturel

Environ 200 festivals consacrés au jazz sont organisés chaque année en France. Mais ceux qui veulent réellement promouvoir cette musique plutôt que d'attirer le touriste en short sont rares.

Make sure it swings

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L’été, le jazz, les festivals… et le consumérisme culturel

Environ 200 festivals consacrés au jazz sont organisés chaque année en France Crédit REUTERS/Jonathan Bachman

Avec l’été éclosent les festivals de jazz. Ce phénomène musico-climatique n’a pas toujours à voir avec le fleurissement spontané d’une verve artistique que les mois d’hiver auraient refoulée. Cela correspond plutôt souvent à l’exploitation touristique d’une musique rarement bien servie par ces foires aux bestiaux à prétention culturelle. Certes, il existe un certain nombre de festivals, de tailles diverses, dont les amateurs éclairés qui les animent respectent la musique. Mais le reste du temps, l’appropriation politique, le clientélisme d’artistes apparatchiks, la starification forcée, le jeunisme, la standardisation et le manque d’imagination tendent à promouvoir le caractère spectaculaire des événements au détriment de leur contenu artistique.

Quand on programme des guitaristes de hard-rock dans des chapiteaux au nom de la diversité du jazz, c’est qu’on recherche avec une coupable obséquiosité à attirer le touriste en short, pas à faire connaître la réalité artistique du jazz.

C’est pourtant le jazz qui a créé le phénomène festivalier contemporain. L’influence de la Nouvelle-Orléans, avec sa vitalité musicale permanente au sien de l’environnement urbain et son carnaval, a sans doute été déterminante. Les premiers événements de ce type ont eu lieu assez tôt, notamment au Shrine Auditorium de Los Angeles en 1930 ou avec le Carnival of Swing de 1938 affichant une vingtaine de groupes qui se produisirent sur Randall's Island (New York). Après guerre de nombreux festivals de jazz, en Europe et aux Etats-Unis ont été créés : Nice (1948), Newport (1954), Monterey (1957), Jazz à Juan (1960), etc. Aujourd’hui selon les années, ce sont environ 200 festivals de jazz qui s’organisent en France. L’objectif initial, à une époque où la diffusion musicale était sans commune mesure avec ce qu’elle est aujourd’hui, était d’offrir aux amateurs des artistes auxquels ils n’avaient pas accès. 

Aujourd’hui, c’est l’inverse : les festivals proposent uniquement les têtes d’affiches rebattues qui bénéficient déjà de l’omniprésence médiatique. Par un cercle vicieux et démagogique consistant à ne programmer que des artistes que les gens connaissent déjà, les festivals deviennent la chambre d’enregistrement des succès construits par la publicité. Simultanément, le rapport au jazz de ces programmations ne cesse de se révéler centrifuge et de s’éloigner du cœur du jazz. Musique du monde, chanson française, rock, musiques « amplifiées » (c’est une dénomination administrative)… tout est bon pour que le jazz disparaisse des festivals de jazz, au bénéfice de la fréquentation des stands de merguez et de pacotille vacancière.

Heureusement, il existe quelques villages qui résistent, encore et toujours, à l’envahissement de la banalisation et choisissent la cohérence, l’exigence et le plaisir consistant à écouter de grands musiciens oubliés des programmations faute d’actualité commerciale. C’est ainsi qu’au cœur des montagnes ariégeoises, à l’ombre du château de Gaston Phébus, le festival Jazz à Foix (jazzfoix.com) propose chaque année depuis 14 ans une programmation digne d’un club new-yorkais. La concentration de stars historiques est unique dans le paysage du jazz français. Il y aura comme invité majeur du festival cet été, le saxophoniste Benny Golson, membre du légendaire quintet des Jazz Messengers de 1958 (Jazz à St Germain des Prés, Les Liaisons Dangereuses de Vadim, il y était !) et auteur de compositions phares du jazz (« Blues March », « Along Came Betty », « Whisper Not »…).

 
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Jean Szlamowicz

Jean Szlamowicz est maître de conférences à Paris IV-Sorbonne. Linguiste, traducteur et critique de jazz (Jazz Hot), il est aussi producteur et président de Spirit of Jazz (www.spiritofjazz.fr).

Il est l'auteur de Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées, Editions Intervalles.

 

 

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