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Etat (psychologique) d’urgence : l'Etat est-il capable de sauver les derniers lambeaux de sa légitimité face à la colère des combattants abandonnés sur le front des fractures françaises ?

Les récentes agressions dont ont été victimes ces derniers jours policiers, enseignants et bien d'autres reflètent une situation sécuritaire alarmante aujourd'hui en France dans certaines zones du territoire national.

La république des oubliés

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
Etat (psychologique) d’urgence : l'Etat est-il capable de sauver les derniers lambeaux de sa légitimité face à la colère des combattants abandonnés sur le front des fractures françaises ?

La situation sécuritaire aujourd'hui en France est très préoccupante dans certaines zones du territoire national. Crédit Reuters

Atlantico : Alors que des enseignants et représentants des forces de l'ordre ont été agressés ces derniers jours par des élèves ou des habitants de quartiers dits sensibles, dans quelle mesure ces troubles témoignent-ils d'un certain délitement de l'autorité de l'État en France ?

Eric Verhaeghe : C'est bien plus qu'un délitement. Même s'il faut se garder de surinterpréter des faits divers, on voit bien que deux phénomènes décrits depuis plusieurs semaines sont à l'oeuvre et bouleversent l'actualité.

Premier phénomène: une très forte montée des tensions ethniques, qui constitue une menace majeure pour notre équilibre sociétal.

Les agressions d'enseignants qui défrayent la chronique dans les quartiers sensibles en sont un élément, surtout lorsqu'il semble que les faits se produisent avec une forte connotation religieuse. Mais le constat est le même au Val-Fourré où les jeunes qui transforment leur quartier en forteresse assiégée procèdent à la fois de la conscientisation religieuse et du désir de protéger le commerce illégal qui les fait vivre. Les observateurs extérieurs distinguent la revendication religieuse en France et le durcissement d'une forme de délinquance. Ceux qui vivent dans les quartiers savent que ce sont les deux facettes d'un même phénomène: la montée d'un particularisme local qui prétend faire sécession de la République, pour des raisons à la fois politiques, religieuses, économiques et sociales.

Deuxième phénomène: le naufrage managérial dans les services de l'Etat. Comme l'ont très bien dit les policiers sur les Champs-Elysées (mais les enseignants pourraient dire la même chose), leur hiérarchie les a abandonnés face aux difficultés, et se préoccupe seulement de plaire au pouvoir politique en remplissant des bâtonnets et des tableaux statistiques pour avoir sa prime de fin d'année. Face à ce constat, les flics de terrain expriment leur ras-le-bol, mais il dépasse largement le ministère de l'Intérieur. Nous sommes en train de payer cash la politisation de la haute fonction publique et la mise en place d'une chaîne de commandement médiocre, obnubilée par les diplômes lors du recrutement, puis entièrement soumise au pouvoir politique, sans recherche de la compétence managériale.

Face à la colère et le sentiment de ras-le-bol de la population, l'État peut-il encore rétablir sa légitimité sur l'ensemble de son territoire ? Par quoi cela passe-t-il selon vous ?

Eric Verhaeghe : Premier point: il faut d'urgence donner un cadre clair à notre vision républicaine et combattre ce que j'appelle l'effondrement narcissique du pays, et spécialement de la gauche. Par l'effondrement narcissique, j'entends l'incapacité à affirmer nos valeurs sans avoir le sentiment d'être raciste, fasciste, nationaliste, extrémiste, phobique de l'autre. Tant que nous ne serons pas capables de dire ce que nous voulons, quelles règles nous défendons dans notre société, tant que nous serons convaincus que ce dire-là est une preuve de fascisme, nous pédalerons dans la semoule. Combattre cet effondrement narcissique est particulièrement nécessaire dans les quartiers sensibles, où les adolescentes ont besoin qu'on leur dise sans ambiguïté qu'on ne porte pas le voile ni la djellaba en France, et ont besoin qu'on leur explique de façon carrée ce que signifie la République.

Deuxième point: il faut purger les élites administratives et modifier en profondeur leur recrutement. Sur ce point, la dépolitisation de la haute fonction publique est une manoeuvre de survie. Elle doit être menée sans attendre, et avec la plus grande fermeté. Il faut arrêter avec ce système de recrutement par la carte politique, qui proclame le règne du beni-oui-oui médiocre et incompétent, mais bien en cour. Il faut favoriser l'émergence d'une cohorte de hauts fonctionnaires bien décidés à moderniser l'Etat et à gérer efficacement leurs services.

Enseigner dans les quartiers populaires de banlieue est parfois difficile, comme en témoignent les récentes agressions de professeurs à l'intérieur ou aux abords des établissements. Quels sont les problèmes concrets que peut rencontrer un professeur de collège ou de lycée dans l’exercice de son métier ?

Camille Bedin et Marie Tran : Dans les quartiers populaires et en banlieue, il y a d’abord des élèves talentueux, travailleurs, qui veulent réussir, créer, entreprendre, fonder une famille et avoir un beau métier ! Ne l’oublions pas… Il y a aussi, c’est vrai, des problèmes concrets qui sont souvent liés à l'âge des élèves et se retrouvent dans tous les établissements (bavardages, violences verbales, parfois physiques). Et puis il y a également des facteurs qui accentuent les difficultés :

- les fragilités parentales : il arrive trop souvent que des enseignants, même jeunes, se retrouvent à expliquer à des parents plus âgés qu'eux qu'il est important pour leurs enfants de se coucher tôt ou de ne pas veiller devant des jeux vidéos. Cette expérience est celle des enseignants mais aussi du monde associatif, avec des bénévoles devant rappeler aux parents et aux enfants des règles de bon sens.

-  la culture : comme l'absence de maîtrise de la langue, ou la rencontre de cultures différentes (dans certaines cultures, quand quelqu'un subit une remontrance, il ne doit pas regarder la personne dans les yeux, or c'est l'inverse que les professeurs exigent, par exemple, dans notre éducation commune, ce qui est interprété comme un défi).

- plus grave, la précarité des conditions de vie : il n'est malheureusement pas si rare de faire face à une vraie pauvreté matérielle (les enseignants sont confrontés à des situations très difficiles, de familles vivant à l'hôtel, ou dans des taudis, à 8 dans 2 pièces).

- l'absence de mobilité sociale par l'école : les enseignants peuvent avoir affaire à des gens pour qui l'école ne signifie pas - ou  ne signifie plus - forcément une élévation sociale. C’est terrible pour notre modèle républicain. Pour certains, il y a aussi des tentations : les petits caïds font croire qu’il est possible de gagner aisément, par différents trafics, un niveau de vie nettement supérieur à ce que gagne un enseignant, ou à ce qu’on peut gagner en travaillant "normalement".

- enfin, la difficulté à rencontrer les parents (combien de réunions les enseignants font​-ils​, avec moins de 10 parents présents sur une classe de 25 ?) qui ne veulent pas, qui n'y pensent pas, qui ne peuvent pas venir ou qui ont parfois aussi "peur" de l’institution scolaire qu’ils ne connaissent pas et qui ne fait pas toujours tout ce qu’il faut pour se rendre accessible.

 
Commentaires

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  • Par Semper Fi - 19/10/2016 - 07:25 - Signaler un abus Camille et Marie sont affligeantes...

    ... de bons sentiments complètement à côté de la plaque. Prêtes à nous remettre une louche de toutes les solutions qui ne marchent pas : comme par exemple la mixité sociale (dont personne ne veut, ni n'a jamais voulu, les pauvres comme les riches etc...), la ritournelle sur l'école qui n'assure pas l'égalité des chances (encore faut-il aussi la saisir la chance, quitte à recevoir un coup de pied au c.. pour prendre un peu d'élan...)... forcément cela demande de revenir sur terre, cette terre un peu "réac'", où on appelle un chat un chat, et où quand on fait une bêtise on est puni. Ma sympathie va aux prof', policiers, médecins, infirmier(e)s et tous eux qui doivent bosser dans ces quartiers : vous méritez une médaille... Hélas, ce n'est avec 2 flèches comme ces deux là que votre quotidien va changer.

  • Par cloette - 19/10/2016 - 08:15 - Signaler un abus Le descriptif ?

    Quel mot convient ? Pagaille , foutoir, bordel, merdier, chaos ?

  • Par vacciné - 19/10/2016 - 08:21 - Signaler un abus d'accord avec Semper Fi

    Camille et Marie ont peur...

  • Par deprades - 19/10/2016 - 08:54 - Signaler un abus Haute cour pour ces deux élus

    Ahurissant de bêtise et de complaisance, aveuglement et soumission enrobée de logorrhée orwellienne, un discours de trahison et de renoncement chimiquement pur... Chronique de la seconde collaboration...

  • Par Ganesha - 19/10/2016 - 09:22 - Signaler un abus Tirs à balles réelles ou Légalisation du Cannabis ?

    Cet article décrit un situation et pose une question, je vais donc vous donner ma réponse, même si elle ne vous plaît pas : un système politique, l'alternance des Socialauds-Ripoublicains, qui au bout de trente ans de pouvoir, aboutit à 9 millions de pauvres dont 6 millions de chômeurs, a perdu toute légitimité aux yeux de sa population. Je suis simpliste et répétitif, mais c'est la réalité. Alors, nous allons avoir ici, comme d'habitude, la litanie des sarkozystes qui vont écrire : ''yaka ordonner aux policiers de tirer à balles réelles''... Remarque : quand on voit Sarko affirmer à la télé qu'il ne légalisera jamais le cannabis, on voit bien à sa grimace méprisante, qu'il réalise parfaitement qu'il exprime une grosse connerie, uniquement dans un but électoraliste !

  • Par Deudeuche - 19/10/2016 - 09:23 - Signaler un abus En finir avec l'aristocratie d'Etat

    Parisienne. 1789 ou 1792. Fermer l'ENA recruter des cadres issus de la société civile. Purger les fonctionnaires des ministères et oublier les "assoces" de m....

  • Par edac44 - 19/10/2016 - 09:29 - Signaler un abus La racaille prolifère grace à la démission de nos politiques

    Si la paix sociale ne s'achète pas, il semble que beaucoup d'élus s'y soient essayés mais à des fins plutôt électoralistes. Va t-on comme au Brésil, devoir envoyer l'armée et les blindés pour déloger la racaille des banlieues ? la police va-t-elle devoir longtemps supporter des tentatives de meurtre sans pouvoir répliquer en faisant usage de leurs armes ? la justice va-t-elle enfin condamner tous les délinquants sans exception sans devoir les relâcher immédiatement après leurs méfaits pour cause de surpopulation dans les prisons ? Bref, c'est la merde et déjà dans les campagnes, les fusils de chasse demeurent chargés, accrochés au dessus des portes. Faudra-il s'armer pour survivre dans la ville ???

  • Par Ganesha - 19/10/2016 - 09:58 - Signaler un abus Les deux mon général !

    J'avais demandé aux sarkozystes de s'exprimer : les voici ! Mesurette cosmétique ou guerre civile? Les deux mon général ! Après tout, ce n'est pour l'instant que du populisme de très bas étage et des promesses électorales...

  • Par adroitetoutemaintenant - 19/10/2016 - 10:47 - Signaler un abus Solution facile

    Il faut absolument renforcer le pouvoir des policiers et agents de l’ordre qui est affaiblit par une justice de pacotille de gauche. Il faut leur donner un pouvoir d’enfermement automatique quand la racaille est prise sur le fait. Pouvoir d’enfermement progressif en doublant à chaque fois. 1ere fois 1 jour, 2eme fois 2 jours, 3eme fois 4 jours, 4eme fois 8 jours….9eme fois 256 jours…13eme fois 22 ANS etc…Les magistrats peuvent y ajouter ce qu’ils veulent en fonction de la gravité mais ne peuvent rien y retrancher. Le résultat serait tellement bon que le système serait vite transnational. La racaille de chez nous serait la même racaille à l’étranger avec un système de comptage tellement simple ! Et ça peut s’appliquer à ceux qui brulent le feu rouge ou à ceux qui font du tapage nocturne.

  • Par cloette - 19/10/2016 - 10:48 - Signaler un abus Quand je pense

    Qu'un jeune homme juste agité dans une manif pour tous pépère, a pris 1 mois ferme immèdiat et qu'une femme qui poussait une poussette a été gazée , alors que les saccageurs (de nuit debout )d'un hôpital d'enfants courent toujours , on comprend ce qui se passe . Ce gouvernement est au -dessous de tout !

  • Par D'AMATO - 19/10/2016 - 11:26 - Signaler un abus L'état est représenté , non parle peuple mais ....

    ......par une caste enarcoîde qui n'a aucun respect quant à ses devoirs et ses engagement vis à vis du peuple. Cette race ne risque rien tant sur e plan financier que pour leur vie...la sécurité des autres c'est secondaire. Je soutiens complètement ceux qui nous protègent avec courage et abnégation. A bas l'injustice et l'opportunisme de cette classe sans mérites.

  • Par langue de pivert - 19/10/2016 - 12:08 - Signaler un abus Ouais bof !

    Non l'état n'en est pas capable (pour répondre au titre) Il n'en a même pas la volonté ! Pour le reste la bouillie habituelle ! J'ai lu 100 fois cet article et ses constats ! Du remplissage qui n'apporte rien ! On frôle le radotage. Le fond du problème c'est l'islam et toute la merde qui tourne autour ! Éradiquons cette secte de France et les problèmes seront réglés en grande partie.

  • Par Baleine91 - 19/10/2016 - 13:15 - Signaler un abus Il faut plus de 100.000 places de prison

    Commençons par le commencement et construisons des prisons, le reste suivra. C'est un problème récurrent en France. Sarkozy n'a pas lancé de construction à son arrivée au pouvoir mais à attendu suffisamment pour que Hollande puisse annuler le projet. Les destructeurs de notre pays sont dans tous les partis.

  • Par kiki08 - 19/10/2016 - 22:44 - Signaler un abus nos gouvernants

    le problème : ils ont des couilles au cul , mais jamais les mêmes .

  • Par Orchidee31 - 20/10/2016 - 10:07 - Signaler un abus D'accord avec Semper Fi

    Ils nous bassinent avec la mixité sociale et l'égalité des chances - 1/ dès que les gens peuvent déménager de ces quartiers ils le font et on les comprend et 2/ la base c'est l'éducation des parents et le milieu où l'on nait et cela, ça existera toujours et personne ne pourra rien y faire - par ailleurs si on ne saisit pas la chance donnée par l'école malgré tout, c'est facile de se victimiser et d'accuser tout le monde de ses malheurs - aide-toi le ciel t'aidera.

  • Par zouk - 20/10/2016 - 11:26 - Signaler un abus Etat capable de réconcilier nos multples lambeaux

    A l'évidence, la réponse est NON, pas avec ces usurpateurs du pouvoir qui paradent. Avec d'autres? les séquelles seront lourdes.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Mohamed Douhane

Mohamed Douhane est commandant de police, Secrétaire national du syndicat Synergie officiers et enseignant-conférencier en management de la sécurité et de la gestion de crise.


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Camille Bedin

Camille Bedin est conseillère départementale des Hauts-de-Seine, canton Nanterre-Suresnes, et déléguée nationale, membre du bureau exécutif des Républicains.

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Marie Tran

Conseillère municipale UMP-UDI-DVD de Nanterre, enseignante en ZEP.

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