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Et Macron sortit de l’enfer de l’impopularité : retour sur ces précédents historiques où l’opposition avait (quasi) disparu

Selon un sondage IFOP pour Paris Match, la popularité d'Emmanuel Macron est en hausse. Il y aurait désormais un Français sur deux satisfait de son action. Une situation qui s'explique notamment par la faiblesse de l’opposition.

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Et Macron sortit de l’enfer de l’impopularité : retour sur ces précédents historiques où l’opposition avait (quasi) disparu

Atlantico : Selon un sondage IFOP pour Paris Match publié le 5 décembre, Emmanuel Macron rattrape le chemin perdu en termes de popularité en retrouvant un niveau de 50% de Français satisfaits de son action, ce qui est une "première" depuis l'existence de ce baromètre, révélant par la même la faiblesse des différentes oppositions. Au-delà de cette situation, quels sont les précédents historiques du XXe siècle français ou un exécutif avait pu, dans une telle mesure, reléguer l'opposition à une telle faiblesse ?

Quels sont les contextes les plus proches de la situation actuelle ?

Jean PETAUX : Les sondages de popularité sont à prendre avec précaution. D’une part ils ne sont pas à confondre avec les intentions de vote et d’autre part ils traduisent nécessairement une relation entre l’échantillon (représentatif de l’ensemble de la société, là n’est pas le problème) et « l’objet » de la question à un instant t, forcément relative. La preuve en est que lorsque surgissent des événements aussi graves que des attentats ou que se constitue une tension internationale impliquant plus ou moins intensément nos soldats, l’opinion se « ressoude » autour de la fonction présidentielle, et donc de son titulaire, qui voit sa courbe de popularité grimper en flèche avec des « + 25% » entre deux sondages. Pour retrouver son niveau initial à plus ou moins court terme selon la durée de la crise.

Ce qui est en revanche tout à fait nouveau en ce qui concerne la tendance haussière de la courbe de popularité d’Emmanuel Macron c’est qu’elle se fait si l’on peut dire « à froid », sans l’intervention d’une « cause occasionnelle » pour employer une terminologie sartrienne et qu’elle semble répondre au contraire à un « souci profond », là encore comme dirait Sartre. Le premier élément que l’on peut souligner c’est le caractère tout à fait exceptionnel de cette remontée. Giscard aime à rappeler qu’à la différence de ses successeurs il n’a connu qu’une seule fois, en sept années, un passage sous la barre des 50% de popularité. Cela ne l’a certes pas empêché d’être battu à sa propre succession le 10 mai 1981, mais, en effet, aussi bien Mitterrand, que Chirac, Sarkozy et, évidemment, Hollande, n’ont connu (en dehors des « moments de guerre ») que des baisses régulières voire franchement catastrophiques de leur indice de popularité tout au long de leurs septennats ou quinquennats. Le record, la palme, si l’on veut, appartient en ce sens au prédécesseur immédiat d’Emmanuel Macron dans le fauteuil élyséen : François Hollande.

Le « cas Macron » est d’autant plus étonnant que l’on ne peut pas dire que sa politique ait connu le moindre succès depuis six mois. La fameuse « courbe du chômage » ne cesse de monter, de peu certes, mais elle ne change pas de pente. Il n’y a pas eu de « victoire symbolique » spectaculaire au plan international sauf l’obtention des JO pour Paris en 2024 et l’élection d’Audrey Azoulai au poste de directrice générale de l’UNESCO. Pour ces deux faits on ne peut dire qu’Emmanuel Macron a obtenu seul ces succès, d’autant qu’ils étaient tous les deux le fruit d’un vote international. Pas de situations de guerre, pas d’attentats (heureusement) : rien de circonstanciel qui aurait pu « doper » la popularité du plus jeune président de la République que la France ait connu et qui va fêter ses 40 ans dans 14 jours. Le seul crédit dont semble disposer Emmanuel Macron est sa manière de présider. Les « verbatim » de la partie qualitative des sondages depuis 4 ou 5 mois désormais ne cessent de le rappeler : les « sondés » lui donnent acte et lui font grâce « du fait qu’il fait ce qu’il avait dit qu’il ferait… ». Cette proposition revient très souvent y compris dans la bouche de « ses » opposants ou de personnes qui reconnaissent ne pas avoir voté pour lui ni au premier ni au second tour de la présidentielle ou s’ils l’on fait c’était à « contre-cœur » contre Marine Le Pen ou pour éviter que Jean-Luc Mélenchon ne soit présent au second tour.  Pas par adhésion au programme de Macron. Pour la raison simple que très peu d’électeurs lisent les programmes avant l’élection et semblent définitivement convaincus qu’il ne sert à rien d’en prendre connaissance puisque de toute façon « ils ne les mettront pas en vigueur ». C’est, en tous les cas, l’opinion majoritaire qu’ont les Français des candidats en position de l’emporter (ou, au moins, d’être qualifiés pour la finale du second tour) : ils mentent aux électeurs une fois élus, en référence à leurs propositions de campagne. En l’occurrence Emmanuel Macron bénéficie, semble-t-il, d’une « embellie de popularité » tout simplement parce qu’il donne le sentiment (et ce n’est pas qu’un sentiment ce sont aussi des faits) d’appliquer son programme… Quand on se pose deux secondes et que l’on réfléchit à cet état de fait on se dit que, décidément, il ne faut pas grand-chose pour satisfaire le « peuple » mais que l’argument semble bien « court » et ne saurait produire des effets durables si les premiers succès matériels, économiques, sociaux, ne se font connaître spectaculairement d’ici l’été 2018.

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:40 - Signaler un abus LE ROI DE LA COM

    grimpe dans les sondages non pas à cause de l'application du non-programme et du flou artistique de sa campagne mais grâce au ralliement d'une partie des électeurs de la droite, à des déclarations "populistes " du style des propos qu'il a tenu récemment à une Marocaine :["On aide les gens quand ils sont malades. Mais je ne peux pas donner des papiers à tous les gens qui n’en ont pas. Sinon comment je fais avec les gens qui sont déjà là et qui n’arrivent pas à avoir un travail ? Donc il faut protéger les gens très faibles qui sont en insécurité chez eux, mais si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays. Au Maroc, vous n’êtes pas en danger"] (et là , il nous prend vraiment pour des billes), et aux projets de bon sens de JM Blanquer sur l'école, une manière de détourner l'attention. Quand à E Philippe ,il me fait penser à F Fillon sous Sarkozy, un1er ministre absent des médias, type "fantôme". Fillon aussi aussi jouissait d'une bonne popularité sous Sarko. Etant donné le nombre de Français qui ont approuvé et voté pour le programme de Macron, je doute que le fait d'appliquer son programme le valorise beaucoup. A quand Le retour de bâton, ça commence déjà dans

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:40 - Signaler un abus LE ROI DE LA COM suite

    9a commence déjà dans les ra

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 11:43 - Signaler un abus OUPS

    je reprends : les critiques et les défections commencent déjà dans les rangs de son propre (futur) parti, et rien n'est pire qu'un ex qui a le sentiment de s'être fait roulé dans la farine ......

  • Par Vincennes - 07/12/2017 - 12:03 - Signaler un abus IFOP pour P.MATCH !!!! quelles références !!!!

    c'est comme le JDD, TOUS bien trop proches des "Macron" qui sur tous les sites ne semblent, pourtant pas, être appréciés. Attendons d'autres sondages .....à moins qu'eux aussi aient été "achetés"...... ARRETEZ de nous ENFUMER svp et que SANARES reste sur BFMTV pour donner ses sondages plutôt que sur le service public......idem pour Jeudy, invité récurrent de ROUX "miss bouclette/talonnettes" "C dans l'air" alors qu'il est TOUS les SOIRS sur BFMTV !!! Bientôt le service public sera une SUCCURSALLE de BFMTV (écurie Drahi) !!!

  • Par cloette - 07/12/2017 - 13:49 - Signaler un abus Sondages+matraquage des images

    sont les deux mamelles de la réussite à des élections .Ce sont les médias qui FONT les rois, et qui SONT le vrai pouvoir

  • Par Ganesha - 07/12/2017 - 15:49 - Signaler un abus Bas de la page 4...

    En bas de la page 4 : ''Fillon le plus mauvais candidat pour la droite''. Bravo et merci Mr. Pétaux ! Pour être aimable, je dirai que votre article est un peu plus pertinent que d'habitude ! Personnellement, j'attache moins d'importance que vous aux accords entre partis, aux ''ralliements'', et encore moins aux ''programmes communs''. L'avenir ? Je dirais : un événement, une question, une réponse ! Trois hypothèses : une explosion sociale, type Mai 68, contre le chômage et la pauvreté, ou alors, un krach boursier avec effondrement de l'euro. Je serais très étonné qu'une de ces deux opportunités ne se présente pas avant 2019. Dans ce cas, il y aura la campagne pour les élections européennes. C'est mon rêve : les français confrontés à de vraies questions et avoir réellement le droit de décider !

  • Par MIMINE 95 - 07/12/2017 - 17:52 - Signaler un abus MERCI VINCENNES

    j'avais zappé le "IFOP pour paris match", le magazine le plus Macron- bibiche de l'année 2017. Déjà le mot IFOP me fait généralement mourir de rire mais Paris match en plus !! là c'est trop.

  • Par pierre de robion - 07/12/2017 - 21:58 - Signaler un abus Je vous la fais courte!

    - Quel danger voyez-vous? -Aucun, et c'est ce qui m'inquiète!

  • Par Vincennes - 08/12/2017 - 00:31 - Signaler un abus et maintenant on nous vend "l'amitié des MACRON/HALLIDAY"

    qui va lui faire gagner des points entend t'on !!!!! Une amitié de qq mois !!! ne serait ce pas plutôt de l'OPPORTINISME ? car, là, il est très fort Jupiter

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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