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En Chine la pression est telle pour se marier que les jeunes gens en arrivent à louer de faux(ses) fiancé(e)s

En Chine, où les pressions sociales autour du mariage et du couple sont très fortes, la "location" de petit(e) ami(e) est une pratique de plus en plus populaire.

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En Chine la pression est telle pour se marier que les jeunes gens en arrivent à louer de faux(ses) fiancé(e)s

Atlantico : Comment expliquer ce phénomène? Quelles les sont les causes de cette difficulté à trouver un - une - compagnon -compagne ?

Cyrille Javary : La pression ne se situe pas tant sur le mariage. Mais sur la descendance. L'idéal familial traditionnel, c'est d'avoir un fils qui perpétuera le nom, alors que la fille, traditionnellement, va aller perpétuer le plan de son mari. La difficulté actuelle est double. Elle vient du choc de 2 vagues. D'un côté, le culte familial de la lignée a été rejeté à l'époque du Maoïsme comme étant une superstition féodale. A la fin du Maoïsme, elle est revenue comme toutes les traditions chinoises. Mais à ce moment-là, elle a été compliquée par la politique de l'enfant unique.

C'est la seconde difficulté, c'est que la génération actuelle rejette à son tour ce retour de la tradition au nom des plaisirs de la modernité. le choc entre ces deux vagues se produit au nouvel an, lorsqu'il est de tradition de "retourner au pays natal", c’est-à-dire de rassembler toute la grande famille chinoise. A partir de là, si le fils ou la fille qui est parti travailler en ville revient seul, tout le monde va s'inquiéter car cela veut dire qu'ils ne vont pas avoir de descendants. La famille perd donc la face, car elle n'a pas inculqué les bonnes valeurs à son fils ou à sa fille. D'où la nécessité de jouer cette tragicomédie qui sauve la face à à tout le monde, même si ça produit de graves difficultés. C'est donc bien  la famille qui pose problème : on a vu apparaître durant les années 2005-2010 les DINK, Double Income No Kid. C’est-à-dire le garçon et la fille se mettent en ménage, se marie, mais ne veulent pas d'enfants. Ils veulent jouir au maximum de leur temps et leurs salaires. Les enfants, en Chine, sont très couteux. Deuxième exemple de cette diffraction à l'intérieur de la société chinoise : les marchés aux fiancés, qu'on trouve dans toutes les grandes villes, dans les parcs, où les parents, âgés, viennent vanter les mérites de leurs fils ou de leurs filles, de façon à avoir un petit fils. C'est comme les puces, où chaque fiancés à une fiche descriptive avec sa photo, son salaire, son travail ou encore sa voiture qui y sont renseignés.

Pourquoi la question du mariage est-elle aussi importante en Chine? Est-ce que les mentalités tendent à évoluer sur ce point, et prennent conscience des difficultés rencontrées par la jeune génération ? 

L'évolution des mentalités n'est pas tant au niveau du mariage, mais au niveau de la place des femmes dans la société chinoise qui a déjà été bouleversée à l'époque du Maoïsme. Ce dernier a bien rappelé à ses compatriotes que les femmes portent la moitié du ciel, et le bon côté du communisme est d'apprendre à lire à tout le monde, et donner des postes à responsabilités aux femmes. Mais cela s'est compliqué avec deux vagues démographiques qui se sont rencontrées. Et lorsque deux vagues se rencontrent, ça fait un tsunami. La première était celle de l'enfant unique, qui a amené pendant plusieurs décennies des avortements sélectifs à cause de l'échographie. Les médecins n'avaient pas le droit de dévoiler le sexe, mais il suffisait de leur graisser la patte pour qu'ils conseillent sur la couleur de la layette. Le résultat est que dans la société chinoise actuelle, le ratio entre les garçons et les filles est de 120 femmes pour 100 garçons. C'est complètement déséquilibré. C'est colossal au vu de l'histoire chinoise, car pour la première fois depuis 5000 ans, les femmes choisissent leurs maris. Or quand vous savez que 55% des entreprises privées chinoises sont possédées et dirigées par des femmes, c'est une révolution complète. Ce choc démographique vient se combiner avec le grand problème du gouvernement actuel qui est de savoir si la Chine va réussir à être riche avant d'être vieille? Après une période de guerre civile ou mondiale, il y a toujours un baby-boom. Or cette génération atteint aujourd'hui l'âge de la retraite. Tous les chinois qui ont entre 60 et 70 ans, ils ont entre 4 et 5 frères et sœurs. Et cette vague arrive à l'âge de la retraite au moment où arrive la vague des enfants uniques des années 80 arrivent sur le marché du travail, et ont à nourrir 4 grands-parents. La Chine a dix ans pour régler ce problème, sinon elle implose.

Alors que la Chine souffre de sa démographie, les autorités n'ont-elles pas la volonté de faire la promotion des familles ? Quelles sont les réponses pouvant être apportées par le pouvoir à ces problématiques ?

La réponse apportée par le pouvoir a été la suspension de la politique de l'enfant unique il y a bientôt 2 ans, et qui a été une grosse déception pour le gouvernement. Ils ont eu beaucoup moins de naissances qu'ils ne l'attendaient, et que la vie est devenue très chère en Chine. Avoir un deuxième enfant est une décision à laquelle on réfléchit à deux fois. Le plus couteux est l'éducation des enfants, car il faut les envoyer dans des écoles privées pour recevoir une bonne instruction.  Beaucoup de couples y réfléchissent donc à deux fois, et cela angoisse énormément le gouvernement.

 
Commentaires

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  • Par Solognitude - 05/08/2017 - 00:15 - Signaler un abus Hum...

    120 femmes pour 100 garçons ! Ne serait- ce pas plutôt l'inverse?

  • Par Michèle Plahiers - 05/08/2017 - 10:11 - Signaler un abus Les

    nazis avaient imaginé les "lebensborn"...

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Cyrille Javary

Cyrille J-D Javary est sinologue, écrivain, conférencier et consultant en culture chinoise ancienne et moderne. Il est né en 1947 et s’est rendu 66 fois en Chine (premier voyage en 1984) après un séjour de deux ans à Taiwan (1980-1982).

Il a publié une quinzaine d’ouvrages sur différents aspects de la culture chinoise, notamment une traduction du livre fondateur du mode de penser chinois Yi Jing, le Livre des Changements (Albin Michel 2002) qui a considérablement renouvelé le regard sur cet ancien Classique.

Son dernier ouvrage s'intitule La souplesse du dragon. Fondamentaux de la culture chinoise (Albin Michel, janvier 2014).

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