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Education : les parents d'aujourd'hui sont-ils démissionnaires ?

Les jeunes d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes que les jeunes d'antan, tout simplement parce qu'ils n'ont pas été éduqués de la même manière. Pierre Duriot dresse l'état des lieux de ce qui a changé. Extrait de "Comment l'éducation change la société" (2/2).

Bonnes feuilles

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Education : les parents d'aujourd'hui sont-ils démissionnaires ?

C’est à la mode, les parents sont démissionnaires dit-on tout le temps dans une certaine presse de « droite », pendant qu’on les exonère de toute responsabilité dans une certaine presse de « gauche » en culpabilisant l’école qui ne sait pas faire, ne sait pas les « prendre ». Le débat est bien ailleurs et la présence au quotidien, sur le terrain, avec des parents d’enfants jeunes fait apparaitre une toute autre tournure de cet adage tenant du lieu commun. Non les parents ne sont pas démissionnaires, ils se débattent seulement, contre les revendications incessantes de leurs enfants, contre une mode ambiante qui leur dicte ce qu’ils doivent faire pour être de « bons parents » : combler leurs enfants.

La réalité est plus fine : les parents commencent à éduquer quand cela devient nécessaire, voire, indispensable. Quand l’enfant est petit, le combler ne nécessite que des choses à portée de chaque famille. Il est commun partout et pour tout le monde de s’extasier devant les babillages, de se taire quand l’enfant parle, de rire de ses facéties, de réparer les petites bêtises et des malices quotidiennes… mais seulement quand l’enfant est petit : entre quatre et six ans, quand il grandit, quand il ne peut plus être tout à fait le « bébé » à sa maman, la « chérie » à son papa. Quand un petit frère survient, on aimerait que la relation soit autre, que l’enfant devienne « grand », « sérieux », plus posé, qu’il s’adapte à l’école, qu’il soit sage… sauf que le pli est pris. Alors ces parents, loin d’être démissionnaires, commencent à éduquer, parce que tout cela devient insupportable, qu’ils ont l’impression d’être au service exclusif d’un enfant tyrannique, omnipotent, qui exige que l’on s’occupe toujours de lui et sur qui rien n’a prise. Ils n’éduquent alors pas vraiment, ils sont dans une tentative désespérée de « redressage de barre » pour sauver à la fois une forme de relation vivable à leurs enfants mais également sauver le couple qui a perdu de sa solidité dans l’affaire. Seulement, ils ne savent jamais trop par quel bout commencer, comment s’y prendre et surtout, ne sont pas forcément d’accord sur les solutions à apporter. A cette période d’extase devant le nouveau-né, entre zéro et quatre ans, succède cette période de « tentative de redressage de barre ». Puis vers onze, douze ans, quand l’adolescence s’en mêle, on a souvent cette impression que les choses nous échappent, que nous n’y comprenons plus rien que les liens entre parents et adolescents se sont distendus, qu’on a dû « rater un truc ». Et on ne comprend plus pourquoi l’enfant nous parle si mal, pourquoi il revendique avec autant de violence, pourquoi il ne travaille pas à l’école, pourquoi il a « des problèmes ».

Tout cela est bien sûr gradué, encore une fois, selon que le processus de ces trois phases est plus ou moins clair. De nombreux parents arrivent à redresser la barre, mais chacun sent globalement dans le quotidien avec les jeunes cette perception tellement palpable qu’elle a fini par avoir un nom. Les journalistes et les sociologues parlent de cette génération « Y », qui aurait pour caractéristique d’avoir « des problèmes avec l’autorité », de « ne pas arriver à l’heure », de ne faire « que ce qu’elle veut ».

 A cette adolescence là, quand on voit son enfant entrer en conflit violemment avec ses parents pour les prérogatives en tous genres, nous sommes toujours dans le même processus, celui de la recherche des limites et de l’attaque des cadres avec demande faites implicitement aux parents de « fixer les règles » et « tenir les cadres ». Sauf que ce qui a été possible avec un petit « rire et laisser faire », « être cool », à peu près possible avec un enfant encore jeune dans le cadre d’une tentative de « redressage », est devenu une mission très difficile avec un adolescent qui attaque d’autant plus violemment les cadres que dans son enfance il a réussi à les faire céder grâce à sa violence. Ces adolescents là n’ont tout simplement pas « grandi » et se comportent comme on leur a toujours permis de se comporter.

Les parents d’adolescents et de grands enfants jeunes majeurs ont toujours ces mêmes constats : l’enfant nous parle d’égal à égal, demande des comptes sur l’utilisation de l’argent, prend la maison familiale pour la sienne, entend disposer de la voiture à sa guise, marchande tout sur tout jusqu’au dernier, veut avoir le dernier mot… symptômes visibles et courants, ces caractéristiques sont la marque d’une conviction d’être « le personnage central » chez l’enfant et cette base se situe non dans les périodes de latence ou dans ce qu’on appelle la crise d’adolescence mais prend bien ses racines dans la toute petite enfance, dans cette première phase où il a été un temps, le personnage central de la famille. Cette fonction centrale se décline différemment en fonction de l’âge.

Extrait de "Comment l'éducation change la société - Les jeunes, Discours non officiel", Pierre Duriot (Editions l'Harmattan), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 
Commentaires

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  • Par White Rabbit - 10/11/2013 - 12:16 - Signaler un abus Constat.

    Je ne me rappelle plus où j'ai lu ça mais une étude a démontré que 80% des "enfants" seront des pervers narcissiques à l'age adulte... Cherchez l'erreur ! C'est un fait de société, elle est tellement biaisé (la société actuelle) que tout les fruits poussant sur cette arbre sont déjà gatés ou blets avant même de tomber de l'arbre. Mais à qui la faute ? Si j'osais je ferais ce parallèle entre un ado de 14 ans et le monde de la politique s'attaquant au frigo de la famille, se goinfrant d'abord des "réserves de menus plaisirs de sa mère" et attendant que la-dite étagère soit razziée avant de consommer les siens que "môman" par "amour" a stocké pour l'ado dans un soucis d'équité et de prodigalité... A l'heure ou un père de famille passe au tribunal pour une "volée" mêritée à son enfant injurieux on nous dit qu'il y a un problême ? Cherchez l'erreur... On peut divorcer bien que la "justice" y mette son grain de sel, mais divorcer de ses tyrans, ça c'est interdit, car ce sont eux qui font la loi. Vive la France, terre de toutes les iniquitées ou la génération à venir doit 30K dès la naissance... Et vous proposez quoi vous pour que cela cesse ???

  • Par duriot - 10/11/2013 - 12:25 - Signaler un abus Des solutions...

    Je comprends vos points d'interrogation White-Rabbit, les solutions, modestement bien sûr, je ne détiens pas toutes les clés, sont dans mon premier livre intitulé "Ne portez pas son cartable". Vous pouvez retrouver les contenus de ces livres dans les blogs http://pierreduriot.wordpress.com et http://durioteducationsociete.wordpress.com Bien cordialement l'auteur

  • Par jerem - 10/11/2013 - 13:12 - Signaler un abus Mauvaise question .

    les parents des parents d'aujourd'hui avaient ils démissionnés ? là est la question .

  • Par jerem - 10/11/2013 - 13:16 - Signaler un abus @White Rabbit - 10/11/2013 - 12:16

    "Je ne me rappelle plus où j'ai lu ça mais une étude a démontré que 80% des "enfants" seront des pervers narcissiques à l'age adulte.." vous avez du lire aussi que la politique de l'enfant unique en chine a aussi cette consequence d'avoir généré dans des classes moyennes (300 millions de chinois) une génération bie nombriliste sevrée comme la génération des gamins de la nomenklatura russe, au nombrilisme et "pousse toi que je m'y mette"... conforme à la génération "beverly hill " americaine servi en boucle a tous les petits européens dont on voudrait faire croire qu'ils sont comparables et a plaindre davantage que la génération des baby boomers .....

  • Par jerem - 10/11/2013 - 13:19 - Signaler un abus d'ailleurs que proposent les bons liberaux et la droite forte

    le cheque education .... hiistoire de mieux casser le pot commun d'une société et pour mettre en centrifugeuse les bonnes relations de castes pour maximiser les gains par le clan ..... comme ce monde merveilleux du showbiz qui promeut de plus en plus les fils et filles d'eux avec ce presupposé : il sont forcement bons. une belle approche a coté de toutes les actions bobos de soutien a telle ou telle action sociale.

  • Par White Rabbit - 10/11/2013 - 18:19 - Signaler un abus @ Jerem

    Aliénation parentale, ça vous dit quelque chose ? Comparons ce qui l'est. Vous soulevez le voile sur une classe sociale avantagée par rapport à celle "rurale" des classes populaires en Chine qui à contrario est respectueuse (le terme est lâché) de leurs aïeux sur 5 générations et pour laquelle la base de l'enseignement se fonde sur le confucianisme (respect des ainés et de la hiérarchie) et la discipline... Alors oui, dans ce cas une fois la différenciation faite vous pouvez faire le parallèle avec la France et ses castes de fonctionnario-ramiers de tout bords qui ont transmis l'autosatisfaction d'avoir un petit peu plus que leur voisin au mêpris de la compassion et du respect (voir du déni) de l'autre... D'un point de vue macroscopique, si vous avez les yeux ouverts, le parallèles avec la fonction publique et les politiques ne vous auront pas échappé... La nouvelle réfèrence au mêpris de tous. Cordialement.

  • Par groumpf - 10/11/2013 - 18:39 - Signaler un abus Que nenni

    Pas plus qu'hier ou avant-hier, pas plus aujourd'hui qu'au 19e siècle, la proportion est la même, c'est juste la quantité qui change et donc cela se voit plus.

  • Par yavekapa - 10/11/2013 - 21:21 - Signaler un abus les parents démissionnaires ?

    c'est pas leur faute. tout est laxisme aujourdhui, même la "justice" ou le budget. sauf l'opinion; là elle est muselée !

  • Par DES VESSIES POUR DES LANTERNES - 10/11/2013 - 21:33 - Signaler un abus @ noumounke

    moi-m^me je suis père tué par mes 2 filles mais ne néglige pas le rôle de la soixante-huit- harde-libérée dans les tueries du mec

  • Par Ilmryn - 11/11/2013 - 03:38 - Signaler un abus Jerem - Sur tous les murs...

    Par jerem - "Les libéraux proposent le cheque education .... hiistoire de mieux casser le pot commun d'une société" . Le "pot commun" de 5000 milliards de dettes, des 25% de jeunes chômeurs ou les 30% de quasi-illettrés qui sortent de l'EDNAT, pourtant premier post budgétaire de l'état ? MUAHAHAHA ! . Le chèque éducation, c'est laisser le choix aux parents dans quelle école leur argent sera versé et ou iront leurs enfants. Si l'EDNAT est bonne et remplit sa mission tout le monde mettra ses gosses là bas, de quoi as-tu peur ? . La liberté des autres c'est toujours un truc qui énerve les petits conducators il est vrai.

  • Par GOGO - 11/11/2013 - 21:24 - Signaler un abus @ mohamed meckloufi

    Tarboush ! Si Mohamed ,saine et solide analyse et vécu partagé !

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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