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Economie numérique : la France intoxiquée au romantisme de ses start-up

Les start-up et, au sens large, la disruption technologique, font l’objet d’un engouement très romantique: on admire le pouvoir de l’invention, on spécule sur ce que sera, avec leur apport, le monde de demain. Malheureusement, la société française, gouvernement compris, obnubilés par ce romantisme, oublie les deux questions majeures que pose la révolution numérique. D’abord, qui sera le maître des innovations de demain? Ensuite, quelle stratégie développer pour y maximiser notre rôle?

Inventer n’est pas tout

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Economie numérique : la France intoxiquée au romantisme de ses start-up

Les start-up américaines maîtresses du monde?

De temps en temps, la presse française aime se donner l’illusion que nos start-up peuvent concurrencer leurs grandes soeurs américaines. C’est évidemment placer le débat, encore une fois, sur le plan romantique: personne n’a jamais douté qu’il existait suffisamment de Français innovants, intelligents, brillants, novateurs, pour créer des entreprises capables de développer des technologies qui changent le monde.

Le problème est que le sujet n’est pas là, mais plutôt dans la capacité à donner une taille mondiale aux innovations.

Inventer n’est pas tout, il faut savoir produire, diffuser, développer, et surtout doter le monde entier de sa technologie ou de son produit. C’est ce que Google est parvenu à faire, aussi bien que Facebook et Twitter, et c’est ce que l’Europe, dont la France, peinent à faire.

Cette difficulté tient à plusieurs facteurs: la taille immédiate du marché, d’abord, qui est plus importante aux Etats-Unis que dans chaque pays d’Europe pris individuellement, mais aussi, qu’on le veuille ou non, dans la rémunération du risque que prend l’entrepreneur lorsqu’il développe son entreprise.

De ce point de vue, la grande force des Etats-Unis est de disposer d’un véritable marché capitalistique, capable de financer des opérations de capital-risque sans intervention de l’Etat, et capable de rémunérer les entrepreneurs qui créent de la valeur. La grande faiblesse d’un pays comme la France est d’avoir réglementé et étatisé son capital, de telle sorte que les innovations sont d’une façon ou d’une autre bridées par une caste de rentiers qui manifeste une véritable aversion au risque.

Les start-up et les réseaux sociaux de vidéos

Pour illustrer ce dernier propos, je ne vois pas de meilleur exemple que les destins parallèles de Youtube etDailymotion, réseaux sociaux de vidéos en ligne bien connus.

On ignore trop souvent que Dailymotion et Youtube sont nés à peu près en même temps. C’est en février 2005 que trois anciens employés de PayPal lancent Youtube, dont la première vidéo est mise en ligne en avril suivant. Les fondateurs de Dailymotion imaginent dès mars 2005 la start-up qui prend forme en France en août de la même année.

Chronologiquement, les deux jeunes pousses sont donc contemporaines et suivent très vite des destins qui en disent long sur le fossé qui existe entre le capitalisme anglo-saxon et le capitalisme de l’Europe continentale. Dès octobre 2006, les deux entreprises sont en effet « revendues » de fait. Youtube est racheté pour 1,65 milliard de dollars par Google, et Dailymotion lève… 7 millions d’euros de fonds auprès de deux sociétés de capital risque toutes les deux à moitié américaines.

En novembre 2009, l’Etat français monte au capital de Dailymotion pour un montant de 7,5 millions d’euros. En 2011, Orange valorise l’entreprise à 120 millions d’euros et engage un processus d’acquisition majoritaire.

 
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  • Par Lu2 - 14/01/2016 - 18:04 - Signaler un abus Très exact !

    La prise de risque n'est pas inscrite dans les gènes français. On a des entrepreneurs, évidemment, et même quelques beaux succès technologiques, mais le système administratif français n'incite pas à la prise de risque, c'est le moins que l'on puisse dire. Donc on continue à avoir, c'est très bien expliqué dans l'exemple de Orange/Dalilymotion, des sociétés qui investissement petitement dans des projets déjà bien lancés, avec donc très peu de risque. Bien vu aussi l'exemple de la famille Mulliez qui est effectivement un des seuls acteurs qui a su investir et croire dans des idées très innovatrices et disruptives, notamment dans le commerce (Décathlon, Leroy-Merlin, Kiloutou, et des dizaines d'autres) sans la moindre aide de l'état français.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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