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"Droits à polluer" : produire moins pour gagner plus

Des industriels mettent leurs infrastructures en sommeil et revendent les "droits à polluer" obtenus gratuitement de Bruxelles. Ne rien produire peut vraiment rapporter gros.

Zone franche

Publié le

Tout bien considéré, le score médiocre d’Éva Joly à la présidentielle n’est peut-être pas dû à la terrible indigence de sa campagne. Ou alors pas seulement. Non, si ça se trouve, les électeurs ont commencé à se rencarder sur la manière dont sa « décroissance verte » risquait de les affecter et, en ces temps de vaches maigres, ont décidé que ce n’était pas encore au point...

Oh, je n’ai rien contre l’écologie en soi (je trie mes déchets dans mes trois poubelles avec application et je circule à vélo), mais je lis dans Le Monde que, grâce à la vente de ses « droits à polluer », c’est désormais en produisant moins d’acier qu’Arcelor-Mittal se remplit les poches.

Je ne sais pas si vous êtes familier du concept, alors je le résume : les entreprises industrielles ayant besoin de répandre des cochonneries dans la nature se voient octroyer gracieusement un certain volume d’émissions par l’Union européenne ; elles peuvent alors s’en servir pour employer des gens à fabriquer des trucs qui seront vendus à d’autres gens. C’est ce que l’on appelle faire de la « croissance verte », puisque des richesses continuent d’être produites mais que l’environnement est (relativement) préservé par l’existence de ces quotas.

Idéalement, ça incite même l’industriel à innover pour produire plus sans polluer davantage.

Le hic, c’est qu’un autre moyen de profiter du système consiste à ne plus rien produire du tout pour se contenter de revendre ses droits à polluer à un tiers. Ça reste vaguement vert parce que les volumes effectifs d’émissions n’augmentent pas, mais ça commence à y ressembler sacrément, à cette fameuse décroissance...

Entre 2010 et 2011, assure Le Monde, Arcelor-Mittal s’est ainsi débrouillé pour empocher 233 millions de dollars en mettant des installations « en sommeil » et en négociant une partie de ses quotas de rejet de dioxyde de carbone sur les marchés.

« Cela veut dire qu’il gagne autant voire plus en arrêtant ses hauts-fourneaux qu’en les faisant fonctionner. On marche sur la tête ! » s’étrangle un syndicaliste interrogé par le quotidien.

Mais à Bruxelles, on n’est pas si bête et l’on a évidemment compris que d’aucuns cherchaient à jouer au plus fin. A partir de 2013, il ne sera plus possible de conserver ses droits à polluer pour les revendre si l’infrastructure pour laquelle ils sont obtenus n’est qu’en arrêt temporaire (comme le fameux Florange, par exemple).

Hum, je ne veux pas faire de mauvais esprit, mais si ni la production ni les mises en sommeil ne rapportent, il ne restera plus que les arrêts définitifs pour gagner sa vie. Faire plus vert et plus décroissant, on aura du mal..

 
Commentaires

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  • Par Blanc Cassis - 27/04/2012 - 06:40 - Signaler un abus Plutôt une vaste escroquerie.

    J'arrête la production d'acier, je vends mon droit à polluer et je fabrique dans des contrées ou je pollue un maximum en utilisant des usines obsolètes. L'Europe subventionne avec l'argent public les délocalisations.

  • Par Equilibre - 27/04/2012 - 11:41 - Signaler un abus La technocratie UE dans toutes sa splendeur

    Et dire que nous sommes vivement engagés (forcés serait un mot plus exact) à croire sans poser de questions au machin sans âme ni visage. Pas grave, sa fin approche à grands pas. Strictement sur le sujet, les critiques amenées datent effectivement un petit peu. Si je me souviens de ce que j'avais lu en son temps, un véritable marché du droit à la pollution existe même dans l'UE. Le dispositif a été totalement détourné de son but initial et l'exemple proposé n'est qu'un effet pervers de plus à rajouter.

  • Par laurentso - 27/04/2012 - 15:19 - Signaler un abus En fait, ce sont nos "subprimes" à nous

    les "droits à polluer", censés être au départ des "bonus-malus" comme pour nos automobiles, sont devenus des produits financiers. Avec une offre, une demande, des comportements spéculatifs et tutti quanti. Bref, l'Europe sociale est en marche, quoi.

  • Par vangog - 27/04/2012 - 20:03 - Signaler un abus Ce que l'on ne connaitra jamais, c'est le nom du ou des

    technocrates qui ont pondu cette loi Européenne. En fait ce qui est libéral dans l'Europe, c'est la façon de faire rentrer l'argent dans les caisses. Par contre, la façon de dépenser cet argent, ces subventions ou ces droits à polluer, ressemble fort à ce que faisaient les technocrates des démocraties populaires du siècle dernier...jusqu'au jour où...

  • Par Equilibre - 27/04/2012 - 22:17 - Signaler un abus HS.Dans la catégorie n'importe quoi

    Comme de temps en temps vous nous faites des articles sur des sujets très annexes (pas de mal, ça fait du bien des fois), pourquoi ne pas essayer celui-là? http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20120426trib000695689/pour-financer-les-retraites-taxons-les-beaux-.html Je pensai que nous avions les économistes les plus débiles et le plus idéologisés, mais non. Nous avons juste les économistes les plus idéologisés.

  • Par ilfautsinstruireavantdecrire - 28/04/2012 - 02:11 - Signaler un abus pas du tout!

    Les quotas de CO2 alloués aux installations industrielles en Europe le sont gratuitement mais ne sont pas un transfert de richesse de l'Etat vers ces industries (L'Etat les recoit lui même gratuitement); ceux qui les paient sont d'autres industriels: Pour que Mittal vende des quotas de CO2 qu'il détiendrait en excédent pour avoir émis en deçà de ses allocations, il faut qu'un autre industriel, en déficit de CO2, achète les quotas que Mittal vendra sur le marché. Mittal en vendant aujourd'hui parce que ses usines tournent peu, devra racheter demain quand il produira plus. Le gain qu'il obtient de cette vente, c'est le coût du CO2 pour un autre industriel. Le quotas de CO2 vaut aujourd'hui 7.24€/t. Il s’émet entre 1.8 et 2.5 tonnes de CO2 par tonne d'acier produite. L'acier vaut environ 600€/tonne. Vous dites donc vraiment n'importe quoi. Merci de vous informer sur les sujets avant d’écrire dans un media. Les quotas de CO2, alloués gratuitement au cours des premières années, seront vendus aux enchères à partir de l'an prochain. Ils ne seront par ailleurs pas distribués aussi généreusement qu'au cours du démarage du système de contrainte carbone européen (2008-12)

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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