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La dose de sel conseillée quotidiennement doit doubler selon une étude, et voilà pourquoi c’est important pour votre santé

Une étude de l'Université McMaster, au Canada, suggère qu'il est possible de doubler notre limite quotidienne de consommation de sel. Celle-ci passerait donc de 6g par jour à 12.5.

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La dose de sel conseillée quotidiennement doit doubler selon une étude, et voilà pourquoi c’est important pour votre santé

 Crédit LOIC VENANCE / AFP

Atlantico : L'apport quotidien maximal en sel de 6 g est donc considérée aujourd'hui comme trop faible et même dangereux pour la santé. Quel sont les risques d'une trop faible consommation de sel ?

Guy-André Pelouze : L’idée selon laquelle plus on mange de sel plus on est hypertendu est erronée. Elle fait partie d’un certain nombre d’idées qui constituent le vademecum de la fausse science. Florilège: les oeufs, les huîtres font monter le cholestérol, les graisses saturées donnent l’infarctus, le sel fait monter la tension, le gras fait grossir, le cerveau a besoin de sucre, l’alcool est bon pour le coeur, la viande donne le cancer du côlon, le poisson est plein de mercure… Émotionnellement, défensivement ou par paresse en activant notre cerveau rapide nous accordons plus d’importance à ces slogans qu’à des idées plus complexes.  Ceux qui répètent ces informations tronquées le savent bien… 

S’agissant du sel et de la tension artérielle c’est assez bien établi par l’épidémiologie, il y a une courbe en J entre consommation de sel/sodium et mortalité et/ou événements cardiovasculaires graves (AVC, Infarctus du myocarde).
Dans l’étude épidémiologique PURE à laquelle vous faites allusion, il a été constaté qu’une  faible consommation de sel s’accompagnait d’une augmentation du risque de mortalité et de risque d’évènements cardiovasculaires (Figure N°1). D’après ces données il est risqué de consommer peu de sel et en tout état de cause moins de 11,9 g/j
Deux remarques pour utiliser en pratique cette constatation: en premier tout dépend de la forme du J et de son point d’inflexion (point bas du risque qui peut guider les recommandations nutritionnelles). La consommation associée au risque le plus faible est de 4,72 g/j de sodium soit 11,8 g/j de sel. Sur ces données et si l’on s’en tient à une causalité supposée, il serait plus risqué de couper sa consommation de sel par deux (passer de 4,72 à 2,36 g/j de sodium soit de 11,8 à 6,9 g/j de sel) que de la doubler.  Le risque de mortalité toute cause et d'événements cardiovasculaires est plus grand si l’on diminue de moitié sa consommation de sel . En second, aucun nutriment ne peut être isolément incriminé car l’alimentation optimale est un ensemble de plusieurs milliers de molécules qui contribuent à la santé. Le sel n’est pas mauvais en soi il est au contraire vital et ses apports ne peuvent être dissociés des autres minéraux en particulier le potassium. Il est essentiel de réfléchir en terme de rapport entre les minéraux. Par exemple il est bien établi que ceux et celles qui consomment beaucoup de sel et sont hypertendus ont aussi une consommation très basse de potassium…
 
Figure N°1.
 
Association de l'excrétion urinaire de sodium estimée sur 24 heures avec le risque de décès et d'événements cardiovasculaires majeurs.
 
Le panel A montre la courbe de l'association entre l'excrétion urinaire de sodium estimée sur 24 heures et le résultat composite du décès par cause et par événement cardiovasculaire majeur. La courbe est tronquée à 12,00 g par jour (taux d'événement chez les participants avec une excrétion de sodium> 12,00 g par jour, 8 événements chez 305 participants). Le panel B montre un graphique restreint à la courbe de l'association entre l'excrétion de sodium estimée et le décès de toute cause. Le taux d'événements chez les participants avec une excrétion de sodium de plus de 12,00 g par jour était de 5 événements chez 305 participants. Le panel C présente un graphique restreint à l'association entre l'excrétion de sodium estimée et les événements cardiovasculaires majeurs (définis comme décès dus à des causes cardiovasculaires, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral ou insuffisance cardiaque). Le taux d'événements chez les participants avec une excrétion de sodium de plus de 12,00 g par jour était de 6 événements chez 305 participants. Toutes les points ont été ajustés en fonction de l'âge, du sexe, de la région géographique, du niveau d'instruction, de la consommation d'alcool, de l'indice de masse corporelle et du diabète sucré, des antécédents d'évènements cardiovasculaires et du tabagisme actuel. Les lignes pointillées indiquent des intervalles de confiance de 95%. L'excrétion médiane de sodium (4,72 g par jour) était l'étalon de référence, indiqué par la ligne rouge. Pour convertir les valeurs d'excrétion de sodium estimées en consommation de sel en grammes par jour, multipliez par 2,5.
 
 
 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 27/08/2018 - 12:58 - Signaler un abus Ecoutez votre estomac plus que les experts

    Il ne faut pas condamner les produits industriels, mais seulement déconseiller de ne manger que ça. Ils sont séduisants et faciles à préparer, d'où leur attrait, pour les consommateurs comme pour les restaurateurs. D'une façon générale, les "experts" veulent faire croire qu'ils savent tout et nous assomment de conseils permanents, en nous culpabilisant si on ne les suit pas à la lettre; en réalité, ils savent entre rien et peu de choses, et se trompent plus souvent qu'ils ont raison.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 27/08/2018 - 15:29 - Signaler un abus "les "experts" veulent faire croire qu'ils savent tout"

    Votre remarque est pertinente. si vous m'avez lu vous avez pu constater combien j'insiste sur la rationalité et donc la mesure de l'incertitude. Et si cela vous a échappé j'ai aussi visualisé l'incertitude en reproduisant la courbe en J incliné. L'incertitude à droite mesurée par les deux courbes en clair qui entoure le résultat obtenu "touche" la zone de risque zéro. C'est intéressant car le cerveau rapide est rempli de certitude et nous incite à penser le contraire. Il est donc plus certain que la consommation basse de sel entraîne un sur-risque que le contraire. Vous auriez deviné?

  • Par venise - 28/08/2018 - 11:08 - Signaler un abus NaCl

    votre article est fabuleux, juste un préambule que vous devriez faire: il y a des pathologies lourdes qui contraignent à la réduction drastique du Na dans le Nacl et surtout éviter que certains patients commandent la douzaine d'huitres à midi!!!!! eux ne liront que ce qui leur permettra de tricher avec les conseils et efforts de leurs thérapeute

  • Par OLYTTEUS - 28/08/2018 - 11:21 - Signaler un abus article salutaire

    le malheur, c'est que cette injonction àune dose maximale de sel/jour s'est imposée dans nombre de cantines scolaires ....la bétise a et aura toujours de l'avenir.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 28/08/2018 - 19:36 - Signaler un abus "juste un préambule que vous devriez faire"

    Exactement. J'ai mis cependant les choses au clair dans la phrase: "En aucune façon il s'agit de conseiller à la population de manger plus de sel. " Nous attendons le nouveau site d'Atlantico pour pouvoir faire un peu plus en mise en page... Vite Mesdames et Messieurs. Dès qu'il y a une pathologie il faut encore plus personnaliser... Toutefois dans ces articles il y a des faits expérimentaux et cliniques qui permettent à un patient de réfléchir à sa pathologie et d'engager le dialogue avec son médecine. Le sujet c'est la zone d'ombre de sproduits. Et l'industrie doit s'améliorer et 'cest possible. Merci de vos encouragements.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 28/08/2018 - 19:37 - Signaler un abus Cantines scolaires

    Votre remarque est très intéressante. Vous savez que peu ou prou la moitié est jeté. Mais aussi que bp de cantines fonctionnent avec des produits... Donc on restreint le sel ajouté et on achète les frites toutes prêtes et déjà salées...

  • Par Podoclaste - 29/08/2018 - 12:57 - Signaler un abus Biais épidémiologiques, cause à effet

    L'auteur en parle, il faut faire attention et les études d'observation (on constate mais on n'intervient pas) présentent des biais. La courbe en J, célèbre pour le rapport entre alcool et maladies cardio-vasculaires ca

  • Par Podoclaste - 29/08/2018 - 13:02 - Signaler un abus Biais, suite

    Donc, avant que le clavier ne déclenche une sauvegarde sauvage, je parlais de la courbe en J qui présente un biais de recrutement (l'auteur connaît ce phénomène) à savoir que ceux qui consomment zéro (alcool, sodium, sel) ne sont pas représentatifs de la population sur laquelle on veut plaquer les résultats (ils sont déjà malades pour la plupart), ou ils mentent sur leur consommation (biais d'information). Reste tout ce qui peut être facteur de confusion de la relation fragile entre sel et maladies cardio-vasculaires (hypertension, diabète, tabac, alimentation, sédentarité, génétique, etc. la liste est longue) et qui suggère une autre conclusion à mon sens que celle où l'article nous emmène. Prudence, docteur.

  • Par assougoudrel - 29/08/2018 - 14:19 - Signaler un abus Je viens d'apprendre aux infos que

    le gouvernement veut taxer le sel: plats cuisinés, beurre breton etc...Industriels et artisans devront payer et ils répercuteront cette taxe sur les consommateurs.

  • Par martinsain - 29/08/2018 - 15:54 - Signaler un abus diafoirus

    Si dans un prochain article on me fait état d'une étude scientifique au GRATEMOILA, stipulant que les diabétiques doivent équilibrer leur glycémie avec des tartines de confiture, je m'abonnerai ailleurs!!!!!!!!!!

  • Par lexxis - 30/08/2018 - 06:06 - Signaler un abus MERCI POUR VOS RÉPONSES

    Rien sur l'article qui montre utilement- parfois quand même de manière un peu complexe - que toute approche rigoureuse doit être nuancée. Mais félicitations à un auteur qui ne craint pas de se commettre dans des réponses aux posts qui ponctuent son article. Un bel exemple de dialogue, malheureusement trop rare sur Atlantico (et ailleurs!)

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 30/08/2018 - 14:56 - Signaler un abus Les diabétiques et les tartines de confiture

    Je comprends votre commentaire. N'oubliez pas que même si cela parait facile tromper un reviewer ou plusieurs est tres tres difficile. un article est souvent discuté remanié et des expériences ou analyses complémentaires exigées... Revenons aux diabétiques. C'est un sujet complexe mais pour reprendre votre lien entre diabète type é et sucres on peut s'étonner que la tendance actuelle soit tout à fait aussi irrationnelle que vous le soulignez. De surcroit les analyseurs transcutanés donnent l'illusion de contrebalancer l'hyperglycémie en temps réel et ainsi de croire à son innocuité. Nous savons qu'il n'en est rien. Donc oui il faut garder son bon sens mais pas celui de l'émotion, un bonsens très réfléchi et accédant aux causalités complexes.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 30/08/2018 - 15:05 - Signaler un abus A propos de la nuance...

    merci des contributions qui sont l'occasion d'apprendre beaucoup plus qu'entre des sacahnts convaincus d'une cause... En réalité il faudrait parler d'incertitude. la rationalité c'est toujours dans les phénomènes biologiques assortir le commentaire du niveau d'incertitude. Exemple: dans la courbe en J (je reviendrai sur l'alcool dans un prochain article) on voit bien que l'incertitude à droite est telle que le risque de se tromper dépasse ou atteint 5%. Alors qu'à droite côté consommation réduite le risque est beaucoup plus faible et n'ayant les data je ne peux l'affirmer mais doit se situer à env 1% ce qui est une grande certitude. (le tunnel entre les deux courbes claires figure la probabibilité < à 5% de se tromper en affirmant que les deux populations ont un risque différent pour une consommation de xg/j au lieu de 6g/ j, consommation associée au risque minimum)

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 30/08/2018 - 15:07 - Signaler un abus Taxe

    Le rapport n'est pas sorti et comme d'habitude on teste pour savoir ce que les communicants vont mesurer. Un gouvernement est un gestionnaire pas une agence de com...

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Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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