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Vous vous demandiez quel est le pouvoir réellement détenu par les Saoudiens aux Etats-Unis, la réponse est désormais visible à l’oeil nu

Les Saoudiens menacent de retirer leurs actifs des Etats-Unis si la résolution du Congrès visant à les poursuivre devant la justice américaine pour leur rôle dans les attentats du 11 septembre est adoptée. Pas de quoi affoler l'administration Obama, d'autant plus que l'Arabie Saoudite n'a aucun intérêt à se lancer dans un tel rapport de forces.

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Vous vous demandiez quel est le pouvoir réellement détenu par les Saoudiens aux Etats-Unis, la réponse est désormais visible à l’oeil nu

L'administration Obama doit décider au mois de juin si les 28 pages classifiées concernant l'Arabie Saoudite dans le rapport rédigé par le Congrès américain au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 doivent être rendues publiques.  Crédit REUTERS/Sara K. Schwittek/File GMH/ME/HK

Atlantico : L'administration Obama doit décider au mois de juin si les 28 pages classifiées concernant l'Arabie Saoudite dans le rapport rédigé par le Congrès américain au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 doivent être rendues publiques. Le Congrès souhaite adopter une mesure permettant de poursuivre l'Arabie Saoudite devant la justice américaine pour son rôle joué dans les attentats. En réaction, Riyad menace de retirer les 750 milliards de dollars d'actifs dont elle dispose aux Etats-Unis si la loi passe.

Pourquoi l'Arabie Saoudite cherche-t-elle à bâillonner le Congrès américain ?  

Alain Rodier : Le rapport rédigé par le Congrès américain après les attentats du 11 septembre 2001 avait été écrit dans l’urgence. Il se basait sur des enquêtes du FBI et des services de renseignement américains (CIA, NSA, etc.) qui eux-mêmes avaient obtenu des bribes d’informations auprès des services étrangers. Comme 15 des 19 kamikazes étaient d’origine saoudienne, les organismes de police et de renseignement du Royaume avaient été fortement sollicités. La coopération, autant que je le sache, avait été exemplaire car on agissait alors dans le cadre d’une émotion -voire d'un traumatisme- bien compréhensible. Certains des terroristes étaient donc "bien connus des fichiers" saoudiens. C’est d’ailleurs ce qui a permis d’obtenir relativement vite des réponses aux questions fondamentales qui concluent une enquête : qui, où, quoi, quand, comment ? Et c’est peut-être là que le bas blesse ! Certains de ces terroristes étaient déjà connus, mais pourquoi ?

Quelles sont les craintes du pouvoir saoudien ? Dans quelle mesure les pages confidentielles du rapport pourraient-elles mettre en évidence une implication directe de la famille royale dans les attentats ? Quelles conséquences cela aurait-il pour l'Arabie Saoudite ?

Alain Rodier : Je ne pense pas que la famille royale saoudienne soit impliquée d'une manière ou d'une autre dans les attentats du 11 septembre. Par contre, il est tout à fait possible que ses services de renseignement aient fait des erreurs d’appréciation, surtout depuis les attentats de 1998 dirigés contre les représentations diplomatiques américaines de Dar es Salam et de Nairobi.

Pour comprendre comment cela fonctionnait, il convient de remonter un peu dans le temps.

Après l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques en 1979, il a été décidé par les Etats-Unis de s’opposer à ces derniers en utilisant une résistance intérieure -les moudjahiddines- soutenus depuis l’extérieur. Le Pakistan était la base arrière des rebelles et l’Arabie saoudite assurait la majorité des financements en s’appuyant sur les Frères musulmans alors encore en odeur de sainteté à Riyad. Oussama Ben Laden, jeune héritier pieux d’une puissante famille saoudienne, n’était qu’un "pion" dans les mains des services saoudiens qui le traitaient en direct (la légende de sa manipulation par la CIA est fausse. La centrale passait par l’intermédiaire de Riyad et d’Islamabad). Je dois dire que même le KGB et le GRU, les services de renseignement soviétiques très bien informés sur l’Afghanistan et pour cause, ne considéraient pas le jeune Oussama Ben Laden comme "très important". Il devait bien être présent sur leurs fiches comme un "logisticien", mais sans plus. Sa réputation de "combattant héroïque" a été construite de toutes pièces après le conflit par ceux qui le soutenaient (les Américains ont bien tenté pour leur part de lui attribuer une jeunesse de débauche à Beyrouth, ce qui était aussi totalement faux). Il ne se montrait alors pas particulièrement anti-occidental puisqu’il était certainement très au courant du rôle qu’il jouait dans le "grand jeu" de l’époque: la guerre qui allait mener l'URSS à sa perte, peu importe les moyens employés, en l'occurence, l'islam radical contre le communisme. 

 
Commentaires

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  • Par Djib - 19/04/2016 - 17:40 - Signaler un abus On ne vas pas les plaindre mais qui poursuit les Américains ?

    Pourtant les chefs d'inculpation et les dommages causés aux autres pays ne manquent pas. Quelques pistes intéressantes: 1/ Pour avoir, sous de faux prétextes bidonnés, envahi l'Irak et l'avoir ensuite abandonné, ce qui a entrainé la déstabilisation de tout le moyen orient, avec les conséquences que l'on constate pour l'Europe: 500 M$ pour tenter de reconstruire tout ce qui a été détruit; 2/ Pour avoir espionné sans vergogne, y compris directement à partir de l'ambassade des USA à Paris, des pays qui se croyaient, les naïfs, les alliés des USA: 100 M$ à chaque pays; 3/ contre les grandes entreprises américaines comme Amazon ou google, qui se torchent avec les lois fiscales des pays dans lesquels ils font des bénéfices en détruisant leurs concurrents qui eux paient des impôts: 10M$ à chaque contrevenant. Mais hélas ce ne sont pas les eurocrates à bite molle qui vont avoir l'idée de rendre aux Américains la monnaie de leur pièce.

  • Par C3H5.NO3.3 - 20/04/2016 - 15:54 - Signaler un abus Naïf ?

    "Pour avoir espionné sans vergogne, y compris directement à partir de l'ambassade des USA à Paris, des pays qui se croyaient, les naïfs, les alliés des USA" Parce que vous croyez qu'on n'en fait pas autant ? Vous avez dit naïf ? Il faut juste ne pas se faire prendre.

  • Par Djib - 21/04/2016 - 11:16 - Signaler un abus @C3H5

    Ben oui, là en l'occurrence ils se sont faits prendre.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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Thierry Coville

Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays.
 
Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches sur l’Iran contemporain et a publié de nombreux articles et plusieurs ouvrages sur ce sujet.

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