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La crise a-t-elle un impact
sur la santé mentale des Français ?

Contrairement aux idées reçues, toutes les dépressions (économiques) n’entrainent pas la dépression (psychiatrique). Même si les deux phénomènes coexistent et sont liés statistiquement, le lien de causalité n’est jamais sûr.

Foules sentimentales

Publié le - Mis à jour le 20 Février 2012
La crise a-t-elle un impact 
sur la santé mentale des Français ?

"Les dernières données sur le nombre de suicides en France datent de 2008-2009. Nous ne disposons pas encore des chiffres de 2010. Je me demande bien comment on peut dire que les chiffres du suicide ont augmenté alors que la crise grecque n’a émergé que l Crédit Reuters

Atlantico : La crise a-t-elle un effet sur l’état mental des Français ?

Frédéric RouillonVous allez être un petit peu déçu... Car aucune étude épidémiologique ne permet de dire qu’il existe un lien de cause à effet entre la crise et l’émergence de troubles psychiatriques. On peut supposer, on peut émettre des hypothèses, on peut constater des faits individuels… Mais ils ne sont des preuves en aucune façon. On voit des gens qui se suicident comme lors de la grande crise de 1929. Mais aujourd’hui comme alors, ce n’est pas parce que trois grands patrons ruinés se suicident que cela représente un fait épidémiologique.

On a parlé en Grèce d’un nombre de suicides en augmentation ?

On ne peut pas porter de jugements trop définitifs. Ce sont des mensonges car les statistiques de suicides ne sortent –en général- qu’avec un ou deux ans de retard. Les dernières données sur le nombre de suicides en France datent de 2008-2009. Nous ne disposons pas encore des chiffres de 2010. Je me demande bien comment on peut dire que les chiffres du suicide ont augmenté alors que la crise grecque n’a émergé que l’été dernier. D’autant que l’épidémiologie coûte très cher… et que ça n’est certainement pas une priorité actuelle des administrations sanitaires du pays. A moins qu’il n’y ait un système de suicido-vigilance qui permet de produire des chiffres en temps réel – mais j’en aurais sans doute entendu parler…

D'une façon plus générale, avez-vous observé une causalité -tout au long de votre carrière- entre une bonne santé économique et le nombre de dépressions ou de suicides ?

Cela fait plus d’un siècle que nous avons des statistiques sur le suicide. On note bien des fluctuations, mais celles-ci sont peu liées à des évènements historiques majeurs – sauf pendant les grandes guerres où les études sont absentes. On n’a jamais pu établir un lien strict entre  les grandes crises sociales et économique et le suicide.

Au contraire, depuis 1960, le taux de suicide en France a pratiquement eu tendance à augmenter progressivement. Or, au moment de la crise économique on a observé une légère baisse – probablement à la faveur des plans de prévention des suicides. Bref, il y a une relative inertie dans l’épidémiologie du suicide.

A titre individuel, on peut évidemment décrire des événements dramatiques, des suicides, des licenciements qui provoquent un désespoir et des actes irréparables. Mais aucun chiffre n’appuie la thèse que la crise amène son contingent de suicides.

Le constat est-il le même en ce qui concerne les prescriptions ?

Non. En pharmaco-épidémiologie, on note une hausse assez graduelle de la consommation d’antidépresseurs depuis les années 1980 sans qu’on puisse la lier à tel ou tel pic de la crise économique. Même si on sent bien autour de nous ou en consultation où ils nous rapportent leurs inquiétudes, leur anxiété, leurs préoccupations de l’avenir… On entend la conviction des 15-25 ans qui savent qu’ils n’auront pas la vie paisible et heureuse de leurs aînés. Cliniquement on peut percevoir des choses.

Epidémiologiquement, on remarque une progression sur la deuxième moitié du XXe siècle, et du suicide et de la dépression et de la consommation d’antidépresseurs dans les pays occidentaux.

 

 
Commentaires

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  • Par léonard simon - 19/02/2012 - 10:37 - Signaler un abus n'empêche...

    N'empêche ! nos sociétés occidentales subissent un vrai traumatisme quand les promesses de bonheur, de développement continu, d'ascenseur social sont en panne en raison des crises. Il n'est pas facile de vivre sous les coups de butoir d'une réalité qui vous offre peu d'espoir d'avenir prometteur. L'esprit humain a ses faiblesses : croire au mythe que la vie doit être un long fleuve tranquille. Pourtant nous sommes tous pêts à y souscrire.

  • Par Mani - 19/02/2012 - 12:49 - Signaler un abus Non : chez les Français, le

    Non : chez les Français, le fait de passer son temps à s'apitoyer sur son triste sort est une condition préexistante, qui s'ajoute à une méconnaissance totale de ce qui se passe ailleurs;

  • Par flogo - 19/02/2012 - 16:44 - Signaler un abus Peut-on ajouter

    que le phénomène médiatique serait tributaire à un degré élevé ? Lorsque les Français lisent et entendent à longueur de jours qu'ils sont déprimés, même ceux qui vont bien se posent des questions sur leur santé intellectuelle...! Les normaux deviennent anormaux ... Est-ce bien raisonnable de ne pas intégrer le formatage (pour ne pas dire lavage) de cerveau permanent dû au développement exponentiel des moyens d'informations ?

  • Par flogo - 19/02/2012 - 16:48 - Signaler un abus J'ai oublié ...

    On entend à chaque coin de phrase de quelques "élites" plutôt "édiles" que les Français SOUFFRENT... Ah bon! c'est vrai quelques un(e)s dans les hopitaux... Pour le reste je n'en vois jamais dans les restaurants, les vacances, les cafés, dans les stades, et ailleurs se plaindre de souffrir ... Mais je dois être mauvaise langue ...!

  • Par alankin - 19/02/2012 - 17:10 - Signaler un abus ferait mieux de traiter la question de...

    la santé mentale du politique, parce que , franchement..

  • Par Khemas - 19/02/2012 - 18:38 - Signaler un abus Durckheim bis

    Toujours et encore cette vieille lubie de rattacher les crises et les maladies, les crises et les suicides. Durckheim a été dépassé depuis longtemps...

  • Par Ogo - 19/02/2012 - 18:44 - Signaler un abus La crise a-t-elle un impact sur la santé mentale des Français ?

    Tu m'étonnes Raoul...Il n'y a qu'a lire certaines réactions pour s'en rendre compte!

  • Par DEL - 19/02/2012 - 19:22 - Signaler un abus Oui, elle a un impact,

    surtout sur la santé mentale de nos dirigeants...

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Frédéric Rouillon

Frédéric Rouillon est psychiatre, chef de service à la clinique des maladies mentales et de l’encéphale au centre hospitalier Sainte Anne (Paris) et président du conseil scientifique de la Fondation pour la recherche en psychiatrie et en santé mentale. 

 

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