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Coup de pouce sur la CSG des retraités : les mauvais calculs politiques et financiers du gouvernment

Des enquêtes d'opinion montrent que les retraités craignent davantage pour leurs descendants que de souffrir de la pauvreté. Un ressenti qui se lit également dans les décisions macroniennes : pas touche aux droits de succession mais une CSG en hausse pour les retraités. Mais dans le même temps, rétropédalage sur la CSG, avec un geste fiscal pour 300 000 d'entre eux

Dialogue de sourds

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Coup de pouce sur la CSG des retraités : les mauvais calculs politiques et financiers du gouvernment

 Crédit GEORGES GOBET / AFP

Atlantico : Au regard de l'échéance électorale européenne qui approche à grands pas, des sondages d'opinions toujours plus inquiétants pour l'exécutif et de l'importance électorale des seniors, peut-on estimer qu'Emmanuel Macron craint davantage les urnes qu'il n'est fidèle à ses promesses électorales ? 

 
Jacques Bichot : Cette enquête montre que les retraités sont réalistes : ils semblent avoir compris que leurs descendants, qui n’ont pas eu autant d’enfants qu’il le faudrait pour un bon fonctionnement des retraites par répartition, risquent fort d’être déçus par ce qu’ils percevront une fois à la retraite, en dépit des fortes cotisations qu’ils auront versées pendant toute leur vie pour leurs aînés. 
 
Cette prise de conscience est intéressante : encore un petit effort, et l’on comprendra le message d’Alfred Sauvy quand il disait, dans les années 1970, « nous ne préparons pas nos futures pensions par nos cotisations, mais par nos enfants ».
Les pouvoirs publics ont commis une grave bévue en faisant croire aux citoyens quelque chose de très différent, et de complètement faux : qu’ils préparent leur propre retraite en cotisant pour leurs aînés. 
 
Cette bévue, l’actuel président de la République l’a commise en passant commande à Jean-Paul Delevoye et à ses collaborateurs d’un système de retraites dans lequel chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits, que le cotisant soit artisan ou salarié, fonctionnaire ou professionnel libéral. Ce faisant, il accréditait la fable selon laquelle il est logique que cotiser pour ses aînés donne des droits sur ses cadets. On ne peut espérer quelque chose pour l’avenir qu’en investissant, que ce soit dans les entreprises, les technologies et les infrastructures (retraites par capitalisation) ou dans les êtres humains (retraites par répartition). Toutes les pensions de retraite découlent d’un investissement préalable, et si l’investissement est insuffisant ou mal orienté les pensions versées ne seront confortables qu’en exigeant des actifs des transferts excessifs au profit de leurs aînés. 
 
Les retraités commencent à pressentir que le législateur leur a menti, que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles en matière de retraite : cette prise de conscience est une bonne nouvelle ! Nouvelle d’autant plus réjouissante que nous sommes incités à croire au Père Noël par toutes sortes de charlatans – songeons par exemple à la vogue des cryptomonnaies, à celle des éoliennes, à la retenue à la source de l’impôt sur le revenu, etc.
 
Essayer de deviner ce qu’il y a dans la tête d’un homme politique n’est pas chose facile, et je me garderai de spéculer sur une crainte d’Emmanuel Macron au niveau électoral. On peut d’ailleurs penser qu’il préfère affronter le désamour des électeurs assez tôt dans le quinquennat, et qu’il réserve les gâteries pour se concilier les faveurs des électeurs lors d’échéances plus décisives que les élections européennes. 
 
Je crois plutôt que le « rétropédalage sur la CSG », de faible ampleur, et qui ne va pas bouleverser la donne électorale, est le signe que ce jeune Président a conservé les habitudes acquises à Bercy, où l’on adore multiplier les micro-mesures. Le « fine-tuning » fiscal, ça fait branché, comme un concert de rapp à l’Elysée, et beaucoup de décisions de ce genre portent à croire que notre Chef de l’Etat aime assez les gestes symboliques dans lesquels des esprits moins superficiels verraient un divertissement pascalien.
 
Philippe Crevel : Après l’annonce de la désindexation partielle des pensions par rapport à l’inflation, le Gouvernement avait confirmé qu’une mesure serait prise en faveur des retraités. le Premier Ministre a annoncé un dispositif de lissage pour les retraités dont les revenus se situent juste au-dessus de l’application de la  hausse de CSG de 1,7 point intervenue au 1er janvier 2018.  Cette hausse s’applique aux retraités dont le revenu fiscal de référence se situe au-dessus de 14 404 euros pour une personne seule, et 22 051 euros pour un couple. 60 % des retraités, soit 7,5 millions de personnes, sont actuellement concernés par la hausse de la CSG. Le taux applicable est de 8,30 % au lieu de 9,20 % pour les revenus d'activité. Sur ce pourcentage, 5,90% sont déduits du total des pensions soumises à l'impôt sur le revenu (au lieu de 6,80% pour les revenus d'activité).
 
Les 40 % restants, exonérés de CSG ou soumis à la CSG à taux réduit (3,8 %), ne sont pas touchés par la majoration de 1,8 %. En vertu du dispositif retenu par le Gouvernement, Il faudra être passé pendant deux ans en continu au-dessus du seuil arrêté l’année passée pour être concerné par cette augmentation de la CSG. A priori, 300 000 personnes devraient bénéficier de cette mesure dont le coût est évalué à 350 millions d’euros pour les finances publiques.
 
Cette mesure vise à atténuer la politique de transfert intergénérationnel que le gouvernement assume depuis sa constitution. L’objectif d’Edouard Philippe est de réduire les charges qui pèsent sur les actifs, allègement compensé par la majoration des prélèvements sur les retraités dont le niveau de vie est supposé supérieur à celui des premiers.
 
L’exécutif craint une révolte dans les urnes des seniors et tente de les amadouer en annonçant une mesure qui ne concernera que 300 000 personnes. Il n’est pas certain que cela change l’état d’esprit des retraités. En revanche, l’efficacité et la lisibilité de sa politique en souffriront. En optant pour un raffinage excessif de sa politique, le gouvernement met les sabots de l’ancien monde, un coup à droite et un coup à gauche à moins que cela ne soit que la traduction du « en même temps ».
 
 
 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 21/09/2018 - 09:01 - Signaler un abus Un homme était pour la

    première fois au lit avec une très belle femme. Mais, non seulement il avait gardé ses chaussettes aux pieds, mais il lâcha un pet retentissant et postillonnant qui souleva la couette jusqu'au plafond. Du pur "tue l'amour". Cet homme est Macron et la femme la France. Dès le départ, il a tout gâché.

  • Par Atlante13 - 21/09/2018 - 09:05 - Signaler un abus Non, c'est surtout

    un message d'incompétence et de mépris. On charge la mule un peu trop, ça réagit, alors on revient un peu en arrière, si peu, en disant que c'est un cadeau de rendre une partie de ce qu'on a volé. Leurs mesures ne sont que de l'enfilage de mouches, sans cohérence ni vision, on fait les poches des français car c'es tout ce qu'ils savent faire. Et bon constat par contre sur la fable des solidarités inter-générations, les bobards des socialo-communistes éclatent au grand jour.

  • Par Citoyen-libre - 21/09/2018 - 09:10 - Signaler un abus Responsable mais pas coupable

    Taxer les retraités : mauvaise analyse, mauvaise décision, qui est le haut fonctionnaire responsable ? Grosse erreur de Macron. Il s'est mis à dos les retraités et a favorisé la baisse de la croissance. Eh oui, les vieux aident les jeunes. Décidément, le grand Jupiter commet beaucoup d'erreurs ces derniers temps. Et opposer les retraités entre eux, c'est une encore une bêtise, car ça pue encore une fois la manipulation de l'opinion.

  • Par vangog - 21/09/2018 - 09:26 - Signaler un abus Accélération de la croissance????

    le cercle vicieux socialiste -dépenses-impôts-électoralisme-dépenses... est enclenché , et les prévisions de croissance seront régulièrement revues à la baisse, jusqu'à la portion congrue... en dessous de 1,6% de croissance, avec 2,1% d’inflation, la France gauchiste est en décroissance, et le chômage en aggravation! Quand on pense que les Français auraient pu voter pour une vraie Présidente et de vraies réformes, à la place de ce fake-President et de ses fake-reformes...un peu masos, les Français !

  • Par tananarive - 21/09/2018 - 12:10 - Signaler un abus On nous dit.

    Tout les politiques sont des menteurs, mais Marine Le Pen tiendrait ce qu'elle promet. Je rigole.

  • Par ajm - 21/09/2018 - 14:17 - Signaler un abus Confusion entre Etat et SC.

    Ce ne sont pas les caisses de retraite qui sont en déficit massif mais le budget de l'état. La SC malgré des dépenses massives est globalement à peu près à l'équilibre, la caisse des allocations familiales étant même excédentaire. Plutôt que de se serrer lui-même la ceinture en se réorganisant, m le gouvernement pilonne les autres caisses SC et collectivités locales qui rentrent aussi dans le périmètre des dépenses publiques selon Mastrich.

  • Par WhiteWalker - 22/09/2018 - 07:25 - Signaler un abus Les retraités ne sont pas responsables du déficit

    Le déficit a explosé quand Sarko a décidé de faire prendre en charge par l'Etat les pertes des banques suite à la crise de 2008. De plus, les vraiment-très-riches éludent l'impôt. Et beaucoup de jeunes éludent l'obligation de travailler.

  • Par ajm - 22/09/2018 - 11:22 - Signaler un abus Rappel historique.

    Sarko a fait accordé des prêts de tresorerie aux banques â un moment de la crise venue des USA où il n'y avait plus de liquidité sur le marché. Ces prêts portaient intérêts ( 7% si mes souvenirs sont bons, ce qui était très élevé ) et ont été intégralement remboursés. Ils n'ont en rien augmenté le déficit budgétaire, au contraire, compte tenu des intérêts substantiels perçus par le Trésor.

  • Par ajm - 22/09/2018 - 11:25 - Signaler un abus Rectification.

    Désolé : lire " a fait accorder" et non "accordé ".

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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