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Les complices infernaux : comment la gauche morale et le capitalisme financier ont mis l’Occident à terre

A l'occasion des fêtes, Atlantico republie les articles marquants de l'année qui s'achève. En se focalisant seulement sur les questions économiques et sociétales, la droite et la gauche ont respectivement développé un logiciel incomplet. L'élection présidentielle l'a montré...

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Les complices infernaux : comment la gauche morale et le capitalisme financier ont mis l’Occident à terre

Article publié initialement le 19 février 2017

Atlantico : En se faisant respectivement le chantre des questions économiques et celui des questions sociétales, la droite et la gauche ont ainsi, chacune, développé, au cours des dernières décennies un logiciel incomplet. Dans quelle mesure cela a-t-il précipité la rupture à laquelle nous assistons actuellement ? 

Erwan Le Noan :La fin de la Guerre froide, la mondialisation et l’irruption de l’économie numérique ont profondément bouleversé les structures économiques et sociales que nous avions connues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ces mutations ont accéléré la déliquescence de l’Etat-Providence qui était déjà, fort souvent, en situation de faillite faute de s’être réformé. Ces changements structurels ont créé des inquiétudes et fait des victimes.

Dans ce contexte incertain, il est périlleux politiquement de déstabiliser les citoyens à la fois sur le volet sociétal et sur le volet économique. Pour simplifier, la gauche et la droite ont chacune choisi de rassurer les citoyens sur un volet, en le consolidant, et de faire évoluer seulement l’autre.

La gauche a donc choisi de cajoler les électeurs en leur promettant qu’elle allait les consoler et préserver leurs situations économiques et sociales. En clair, elle fait le choix du conservatisme économique, tentant de perpétuer le système d’Etat-Providence qui était pourtant en échec, s’empêchant de le réformer. Pour exister politiquement, il ne lui restait que le volet sociétal : elle a donc monopolisé le sujet. La droite, à l’inverse, a préféré conforter les citoyens sur le volet sociétal, en confirmant leurs références culturelles ; en conséquence, elle a privilégié les réformes économiques.

Vincent Tournier : Peut-on dire que la droite se polarise sur les questions économiques, et la gauche sur les questions sociétales ? Le problème est plutôt que la gauche et la droite, du moins pour les partis de gouvernement, se sont fortement rapprochées sur les questions économiques comme sur les questions sociétales. Le spectre des propositions s’est singulièrement rétréci. Ni les socialistes, ni les Républicains ne mettent radicalement en cause les grandes orientations concernant l’intégration européenne et l’ouverture des marchés, et tous approuvent la libéralisation des mœurs. Il y a évidemment des nuances. Benoît Hamon veut plus de social et de diversité culturelle, mais il ne propose pas de nationaliser les banques ou de protéger l’industrie nationale ; quant à sa proposition-phare sur le revenu universel, elle n’est pas foncièrement incompatible avec une vision libérale de la société. De son côté, François Fillon entend, certes, construire une Europe des nations, mais on ne voit pas bien comment il peut y parvenir, d’autant que son programme économique pour la France est plutôt libéral, ce qui va le mettre en porte-à-faux avec nos partenaires européens. Sur le plan sociétal, François Fillon ne propose pas de revenir sur le mariage gay, ni de restreindre le divorce ou l’avortement, il parle même de renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes. Même sur un sujet comme la pornographie, qui pourrait donner lieu à une critique plus forte de la part des conservateurs, il se contente de dire qu’il faut encourager la prévention par l’éducation.

 
Commentaires

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  • Par JonSnow - 30/12/2017 - 23:47 - Signaler un abus Très bien vu

    Très bonne analyse, notamment de la part de Tournier!

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Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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