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Comment le sucre est en train de détruire le monde

Nous consommons toujours plus de sucre, 45% de plus qu'il y a trente ans. S'il y a 400 millions de diabétiques de type II dans le monde aujourd'hui, l'excès de sa consommation pourrait porter ce chiffre à 500 millions, selon une étude réalisée par l'institut de recherche du Crédit Suisse, et le coût pour les soigner monterait alors à 700 milliards de dollars. Il est temps pour nos gouvernants de s'emparer du problème.

Amertume

Publié le - Mis à jour le 17 Juillet 2014
Comment le sucre est en train de détruire le monde

Atlantico : Tandis que le prix du sucre continue sa tendance baissière à travers le monde, Permettant au public le plus large de s'en procurer, une étude récente a démontré que sa consommation augmente le risque d'avoir un cancer du sein (voir ici). Les lobbys et influenceurs engagés par les industriels du sucre étant particulièrement actifs dans le monde, de quoi est-on vraiment sûrs concernant la nocivité du sucre sur la santé aujourd'hui ?

Réginald Allouche : Comme les graisses, on incrimine le sucre dans l’apparition de maladies comme l’asthme voire certains cancers. Les études publiées ont souvent des biais méthodologiques car on ne consomme jamais le sucre seul. L’étude publiée sur l’impact éventuel des aliments et boissons sucrés sur le risque de cancer du sein en est un bon exemple. Bien que la méthodologie consistant à mesurer l’impact de l’apport de sucre sur la densité mammaire soit bonne, l’interrogatoire nutritionnel lui, est plus sujet à caution.

De l’aveu même des auteurs, cette étude doit être complétée et revalidée. En matière scientifique, il faut donc savoir raison garder, les maladies chroniques ou cancéreuses sont toujours ou quasiment toujours déclenchées par de multiples facteurs, en pointer un seul est une erreur.

Le diabète de type II est lui aussi d’origine multifactorielle, il faut une prédisposition génétique et/ou des comportements alimentaires inadaptés à son métabolisme et/ou une grande sédentarité et/ou des facteurs d’environnement défavorables. Il ne faut donc pas chercher un bouc émissaire unique. Par contre, tant que la lumière n’aura pas été faite, il n’est pas raisonnable de continuer à promouvoir auprès de nos enfants des produits industriels riches en sucres et en graisses comme nos chaines de télévision en sont remplis le mercredi. En effet, il est simple de comparer le temps passé par les parents à donner une éducation nutritionnelle à leurs enfants et le temps de publicité hebdomadaire. Il faut dépassionner le débat et pousser les pouvoirs publics à lancer des grandes études pluri-annuelles sur les impacts de la consommation de sucres. Il faudrait aussi pousser les études sur le rôle bénéfique des index glycémiques. On en aurait enfin le cœur net.

Si cela n’est pas fait, nous resterons dans cette zone grise où s’affrontent lobbys sucriers et les défenseurs d’une forme d’orthorexie anti-sucre. Les extrêmistes peuvent être à la mode en politique, la santé publique est un sujet bien plus grave car il impacte les générations présentes et celles à venir. En effet, il ne faut pas oublier que nos habitudes alimentaires peuvent avoir une action  sur l’expression des gênes de notre descendance par l’épigénétique. Cela a déjà été prouvé concernant les acides gras insaturés de type oméga 6…

Quel est le coût global des conséquences pathologiques liées au sucre dans le monde ?

Réginald Allouche : Il est très difficile de répondre à cette question car il faut prendre en compte tous les co-facteurs comme la sédentarité, l’accès aux soins, les autres facteurs alimentaires, les procès industriels, la possibilité de changer les comportements sociétaux. Si l’on présuppose qu’une consommation importante de sucre est co-responsable des pathologies cardio-vasculaires, des maladies métaboliques voire de certains cancers, les chiffres peuvent vite devenir astronomiques à l’échelle du globe. Mais encore une fois, ces liens sont très difficiles à établir et le sucre ne peut pas tout assumer. Ce que l’on connaît bien est le coût moyen du diabète et pour exemple, le coût moyen d’un diabétique de type II aux Etats-Unis est de 5000 $ par an et Il y a 28 millions de diabétiques de type II aux Etats-Unis.

 
Commentaires

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  • Par yeneralobregone - 14/07/2014 - 14:22 - Signaler un abus quid du mais ?

    d'aprés certains auteurs, le remplacement progressif dans la deuxième moitié du 20ième siècle, dans l'alimentation des ruminants et des monogastrique, de l'herbe et du blé, par du mais, serait en partie responsable de l'obésité. à cause du déséquilibre en oméga3 ... quand à la substitution du sucre par des extraits de stevia dans l'alimentation, elle a pris des années de retard en occident, à cause de l'activité de lobbying intense à la foi de l'industrie du sucre et de l'aspartame ... résultat : 80% de la stévia est produite dans le sud-est de la chine, ou l'on a apparement pas la mème prévention envers la nouvauté ...

  • Par assougoudrel - 14/07/2014 - 21:58 - Signaler un abus J'ai vu une emmission

    où il est question que le remède contre le diabète a été trouvé, grâce aux cellules souches. C'est d'une simplicité et le diabète serait éradiqué. Seulement, les laboratoires américains et européens auraient perdu des milliards de dollars et d'euros annuellement (130 exactement). Ma femme est diabétique et c'est frustrant. Quand au stévia, cela faisait 10 ans que le Japons l'utilisait pour ses diabétiques, alors que la France, comme à son habitude, freinait des quatre fers, comme dit justement Yeneralbregone, à cause du lobby de l'industrie du sucre et de l'aspartame. Ces mêmes qui, maintenant sont stévia à fond. Ceux qui détruisent le monde, ce sont d'abord les gouvernants et les laboratoires pharmaceutiques.

  • Par Anguerrand - 16/07/2014 - 17:18 - Signaler un abus Parents permissifs également coupables

    Depuis que l'enfant est un roitelet, les parents cèdent à tous ses désirs, glaces, coca, barres chocolat, bonbons, sucettes, etc, à tel point que je vois dans mon entourage des enfants qui se nourrissent presque exclusivement d'aliments sucré. Les pays chauds sont très touchés et avides de sucre au point que même le coca est encore plus sucré que le notre. Le diabète y fait des ravages. Ayant offert un coca français à un marocain il m'a dit qu'il manquait du sucre et qu'il n'était pas bon!

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Réginald Allouche

Réginald Allouche est médecin et ingénieur. Il assure une consultation principalement axée sur le diabète gestationnel, la nutrition et la prévention du diabète de type II.

Son dernier livre publié aux Editions Odile Jacob porte sur ce théme du prédiabète : Du plaisir du sucre au risque du prédiabète, publié chez Odile Jacob.

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Franco Sassi

Franco Sassi est le porte-parole de la branche Santé de l'OCDE. Il est plus globalement économiste sénior sur les questions de santé publique et de risques épidémiologiques.

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