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Comment l'élection présidentielle 2017 a acté l'échec du "gaucho-lepénisme"

L'élection d'Emmanuel Macron a bouleversé notre système partisan, sans pour autant faire disparaître les frustrations qui l'avaient ébranlé. Mais les sombres prévisions sur l'avenir de la Ve République ont été démenties. Extrait de "Emmanuel Macron : une révolution bien tempérée" de Philippe Raynaud, aux éditions Desclée de Brouwer (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le - Mis à jour le 23 Janvier 2018
Comment l'élection présidentielle 2017 a acté l'échec du "gaucho-lepénisme"

Les heurs et les malheurs du Front national ne dépendent pas seulement de l’habileté ou de la maladresse de ses dirigeants, mais aussi de l’évolution des autres partis et des changements du système partisan. Les succès de Marine Le Pen entre 2012 et 2017 tiennent principalement à la bonne perception qu’elle a eue des rapports de force qui se sont formés pendant la campagne présidentielle de 2012. Elle a su alors reprendre à Nicolas Sarkozy une grande partie des électeurs perdus par son père en 2007 et elle a pour finir gagné sur trois points décisifs : elle a conforté l’implantation nationale de son parti au-delà de ses fiefs anciens (le Sud-Est) et récents (le Nord-Pas-de-Calais) ; elle est apparue comme la principale représentante de la sensibilité souverainiste, qui était auparavant portée par des hommes politiques plus importants que Nicolas Dupont-Aignan ; elle a, enfin, clairement gagné l’hégémonie sur le camp « populiste » en battant largement Jean-Luc Mélenchon, qui, en prétendant combiner le radicalisme social avec l’incantation anti-raciste, aura été alors, à son corps défendant, son meilleur allié.

Même si c’est un peu injuste, il faut reconnaître que les programmes sociaux du Front national, fondés sur la rupture avec la politique de la Banque européenne, sur le retour au protectionnisme, sur l’encadrement du marché et sur la dépense publique paraissaient assez proches de ceux du « Parti de Gauche ». Comme la seule différence visible entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon était que ce dernier était favorable à une augmentation de l’immigration, il avait peu de chances de gagner la masse des suffrages populaires. Marine Le Pen a eu la sagesse de comprendre que, malgré son hostilité affichée, Jean-Luc Mélenchon n’était pas alors son ennemi prioritaire et qu’il fallait au contraire s’en désintéresser pour mieux courtiser ses électeurs.

François Hollande, fraîchement élu, et son parti représentaient au contraire la cible idéale : leurs ambitions sociales étaient bridées par la politique européenne et ne pouvaient se traduire que par une pression fiscale accrue sur les classes moyennes, leur politique d’immigration et d’intégration allait nécessairement paraître plus laxiste que celle de Nicolas Sarkozy et les réformes sociétales comme le « mariage pour tous » ne pouvaient guère être populaires. Dans cette conjoncture favorable, Marine Le Pen, sans abandonner les « fondamentaux » du Front national, joue résolument la carte de la rénovation, ce qui se traduit par une assez nette inflexion vers la gauche. La ligne « sociale » est accentuée et elle s’accompagne d’une évolution importante sur toutes les questions de mœurs et de société. Même si, en 2012, Marine Le Pen déplore encore l’importance des « avortements de confort » dans la société française, ses positions évoluent progressivement vers une acceptation sans état d’âme de la libéralisation et du remboursement de l’IVG, qui conduira d’ailleurs en 2016 Marion Maréchal à exprimer ses divergences. La victoire de cette ligne de libéralisme culturel bien tempéré sera manifeste avec le refus de Marine Le Pen de participer aux manifestations contre le « mariage pour tous », tout en maintenant ses critiques contre une réforme qu’elle juge inutile et provocatrice. Si cette politique rompt clairement avec l’aile catholique « intégriste » du Front national, elle ménage la sensibilité des catholiques conservateurs, mais elle le fait en choisissant délibérément des arguments qui peuvent aussi être reçus par les nouveaux électeurs largement déchristianisés du Front national. La même orientation se retrouve dans la manière dont le Front national traite la question de l’islam : le passé chrétien est évidemment présenté comme une composante de l’identité nationale, mais c’est la « laïcité » qui sert de principe fédérateur.

 
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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 20/01/2018 - 14:43 - Signaler un abus Le FN "anal habituel" de

    Le FN "anal habituel" de Philippot n'a pas su transformer l'essai du FN "canal historique". de 2002......

  • Par Deudeuche - 20/01/2018 - 21:40 - Signaler un abus Problème des priorités qui ne se réduit

    Pas que à Florian Philippot et son social nationalisme.

  • Par vangog - 21/01/2018 - 13:23 - Signaler un abus Le Front National est le seul parti capable de fédérer...

    des influences diverses, le seul parti ayant le courage de lutter contre la dilution mondialiste, le seul parti capable de restaurer l’autorité de l’état, la créativité des Français...sachant cela, toutes les alliances sont possibles, car le Front National n’a pas le pouvoir en tête, mais l'interêt suprême de la France. On peut imaginer une coalition Droite forte-Debout La France-néo-Front National, afin de lutter contre la dilution mondialiste en 2017, et un candidat « intermédiaire », comme NDA, pourquoi pas?...mais il faut l’imaginer très vite, car la résistance ne simprovise pas...alors, chiche?...

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Philippe Raynaud

Philippe Raynaud est professeur de science politique, agrégé de philosophie et docteur en science politique. Membre de l'Institut d'études politiques de Paris, il enseigne à l'université de Paris-II Panthéon-Assas. Il a publié de nombreux ouvrages et articles concernant en particulier le libéralisme et la pensée républicaine en Europe et en Amérique.

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