Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 01 Octobre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Chocolat : une formidable réussite

Une belle histoire, un très bon film et un tandem d'acteurs, Omar Sy et James Thierrée, exceptionnels : cette fois le battage médiatique est amplement justifié.

Atlanti-culture

Publié le
Chocolat : une formidable réussite

Dans "Chocolat", Omar Sy est génial dans le rôle du clown noir. Crédit Mandarin Cinéma - Gaumont / Julian Torres

Le réalisateur

Né en 1965 à Gennevilliers au sein d’une famille d’origine marocaine, Roschdy Zem a fait une grande carrière d’acteur avec la fine fleur du cinéma français, André Téchiné, Michel Deville, Xavier Beauvois, Pascale Ferran, on ne va pas les citer tous puisqu'il a tourné dans près de soixante-dix films. Il a commencé à réaliser des films en 2006 avec un coup d’essai qui fut un coup de maître, « Mauvaise foi », sur le mélange des cultures, la rencontre d’une juive (Cécile de France) avec un musulman (Roschdy soi-même).

Vint ensuite « Omar m’a tuer » (2011), inspiré d’un fait-divers qui mit en cause un jardinier marocain sans doute innocent. Puis « Bodybuilder » (2014) qui se déroulait dans le milieu des culturistes. Et voici « Chocolat », formidable réussite.

Thème

Rafaël Perdilla, dit le clown Chocolat, interprété par Omar Sy, l’inoubliable Driss de « Intouchables », est né à Cuba en 1860. Roschdy Zem  et son scénariste Cyril Gély se sont inspirés du livre de Gérard Noiriel, « Chocolat, clown nègre. L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française ». Le cinéaste a également effectué des recherches aux Archives nationales où il existe de nombreux documents sur les spectacles de Chocolat. Il arrive en France très jeune et se fait embaucher dans un cirque où il joue forcément le méchant sauvage. Quand le célèbre clown Footit (James Thierrée), en perte de notoriété, le rencontre, il a l’idée d’un duo inédit, le clown blanc, et l’Auguste noir. Ces deux-là vont faire courir les foules parisiennes. Coqueluche de Montmartre dans le Paris de la Belle Epoque, Chocolat, comme plus tard Joséphine Baker, inspira Toulouse-Lautrec, se fit filmer par les frères Lumière et apparut dans les publicités de Félix Potin et du Bon Marché. Mais il rêvait d’autre chose : il en avait marre d’être le faire valoir d’un clown blanc et de se faire botter les fesses. Il gagnait un argent fou qu'il dépensait aussitôt dans le jeu et la compagnie des jolies femmes jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune veuve (Clotilde Hesse) qui lui resta fidèle jusqu'à sa mort dans l'anonymat et le dénuement.

Points forts

- Omar Sy est génial dans le rôle du clown noir. Il en fait des tonnes pour montrer qu’il est un sauvage sans éducation comme on le pensait alors dans l’Occident très chrétien. Son partenaire, James Thierrée, ressemble de plus en plus, à 45 ans, à son fameux grand-père, Charlie Chaplin, et il en a toute l’envergure, dans un jeu subtil et intelligent. Leur duo vaut le déplacement.

- Roschsdy Zem a pu reconstituer le Paris de l’Exposition universelle de 1889 avec sa Tour Eiffel toute neuve et ses dizaines de palais sur les bords de Seine. Mais aussi ces zoos humains dans lesquels on considérait les Africains comme des bêtes.

- Le fond de l’histoire rappelle, comme on le voit, le colonialisme triomphant. Il était question d’apporter la civilisation aux autochtones. Quant à leur mode de vie, à leurs arts, on les découvrira bien après, quand ils auront chassé l'homme blanc.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Djib - 03/02/2016 - 15:00 - Signaler un abus Roschdy Zem: un grand monsieur

    Interrogé par la petite journaliste de service qui voulait lui faire dire que la France était évidemment raciste, Roschdy Zem évoqua avec tact et sensibilité sa mère, petite femme parlant à peine le français, son acharnement poli mais tenace et son échec à vouloir lui faire faire des études secondaires. Pour les profs de l'époque, un jeune maghrébin (comme d'ailleurs un fils de prolo) c'était l'envoi direct à la case apprentissage. Evoquant, sous le regard béat de la péronnelle, cette injustice Roschdy Zem ajouta aussitôt que la France c'était aussi les 30 années de dialyse assurées gratuitement à sa mère, soit autant de vie en plus. En soulevant cette contradiction Roschdy Zem a voulu montrer qu'il avait été plus victime des préjugés de l'époque que d'un racisme qui n'est pas vraiment dans l'ADN de notre culture. Merci à ce grand monsieur qui nous rend tous un peu meilleurs et pour certains moins cons, à supposer qu'ils aient compris son message.

  • Par Fran6 - 03/02/2016 - 18:46 - Signaler un abus je n'ai pas encore vu le film

    mais vu les éloges qui en est fait, je prendrais le temps d'aller voir, par contre, une autre valeur a filmé pour Omar Sy, un film sur Eugène Bullard, son histoire est tellement fabuleuse et en plus, notre pays lui doit bien un éloge que seul, De Gaulle fera

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

François Quenin pour Culture-Tops

François Quenin est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€