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Censure sur internet : la Russie tente d'imiter le "modèle" chinois mais y parviendra-t-elle ?

La Grande Muraille de Chine existe aussi sur le Web : c'est l'outil et le mécanisme de défense du net chinois développé depuis quelques années qui l'isole du reste du monde. De quoi donner à Poutine des envies d'importation, lui qui sent que la bataille du XXIe siècle ne peut se remporter qu'avec un web contrôlé et pacifié...

KGB 2.0

Publié le - Mis à jour le 17 Avril 2017
Censure sur internet : la Russie tente d'imiter le "modèle" chinois mais y parviendra-t-elle ?

Atlantico : La Russie continue d'affirmer qu'elle souhaite copier le modèle de "Great Firewall of China". En quoi cela consiste-t-il ?

François-Bernard Huyghe : Ce qu'on entend par le Great Firewall - "grande muraille de feu" par allusion au firewall qui est un dispositif pour protéger un intranet – est ce qu'on a aussi appelé la "balkanisation du Net", c'est-à-dire que contrairement à toutes les prophéties disant qu'il n'y aurait plus jamais de tensions à cause d'internet, que les informations circuleraient désormais librement ou, comme on l'a entendu au moment du Printemps Arabe, que les cyber-dissidents pourraient désormais se faire entendre partout dans le monde et échapper à tous les régimes autoritaires, on observe que nombreux sont les pays qui peuvent assurer une censure plus ou moins importante sur leur territoire.

Tant et si bien qu'il y a des frontières dans le cyber-espace aussi. 

Le système chinois, si tant est qu'on le connait, est caractérisé par des fournisseurs d'accès et des plateformes nationales de longue date. En clair : ils ont les équivalents nationaux de Facebook, Twitter etc. Et même s'il s'agit d'entreprises privées, on se doute bien que le président Xi Jinping a peu de problème à les tenir et les contrôler. Les Chinois, outre ces infrastructures peuvent donc recueillir leurs données chez eux. Ce qui signifie que les données des Chinois ne sont pas quelque part en Californie et la NSA a donc plus de mal à y avoir accès qu'aux vôtres et aux miennes par exemple. Ils ont aussi un certain contrôle sur le matériel, avec des backdoors sur les routeurs par exemple.

Par ailleurs, la censure chinoise est très juridiquement très puissante et efficace. Ils y arrivent d'abord en bloquant l'accès à certaines adresses et sites, par exemple celui de la secte Falun Gong. Deuxièmement, ils peuvent repérer les gens qui font des choses interdites (ce qu'on appelle "inviter à prendre une tasse de thé" là-bas). Pour arrêter ces cyber-dissidents, il faut les repérer, et donc savoir qui est derrière l'écran. Ils imposent dès lors des règles d'usage et de contrôle dans les cyber-cafés, dans les bibliothèques etc. Troisièmement qui fait la "réputation" de la censure chinoise est sa capacité d'intervention rapide à partir d'un système d'alerte pour les mots interdits. Par exemple si on commence à taper l'idéogramme de Falun Gong, on reçoit un avertissement expliquant que l'on est en train de mettre en danger le travail du gouvernement chinois et le Parti. 

Evidemment, la Chine a eu une longue bataille qu'ils ont remporté auprès des géants occidentaux du net (Google, Yahoo) en les remplaçant par des moteurs de recherche chinois.

Il y a aussi une importance des "Cinq Maos", des trolls professionnels chargés par le gouvernement de surveiller, dénoncer, menacer et punir sur le net chinois. 

 
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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris.
 
Il enseigne notamment au Celsa-Paris IV à l’Iris Sup, et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (Puf), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, Puf), et Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 
Son dernier ouvrage s'intitule: Désinformation Les armes du faux (Armand Colin 2016). 

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