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Brésil : Ces indiens d'Amazonie
à la pointe de la technologie

Les indiens "Surui" étaient présents au Sommet de la Terre organisé à Rio. Ce peuple méconnu a réussi le pari de rester dans un cadre ancestral tout en adoptant les nouvelles technologies. Retour sur la vie de cette tribu "hyper-moderne".

Geronimo

Publié le

Dans les couloirs du Sommet de la Terre  de « RIO+20 » à Rio de Janeiro (Brésil) ce dernier week-end, le militant associatif et d’ONG, comme le chef d’état participant, pouvait croiser, dans leurs tenues traditionnelles, des indiens de l’ethnie SURUI , en provenance de l’état brésilien lointain du RONDONIA : un des 8 états amazoniens et un des 23 du BRESIL, à la frontière nord-est de la Bolivie. Le Rondonia couvre presque la moitié de la France en superficie ; il est doté d’une population de seulement 1,5 millions d’habitants (le 23e des états du Brésil fédéral par la population).

Les habitants de cet état sont d’une part des Amérindiens et d’autre part des immigrants brésiliens d’états du Nordeste et du sud du pays.

ALMIR NARAYAMOGA SURUI (37 ans) est leur chef élu, déjà bien connu dans un bon nombre de pays de la planète, notamment ceux qui s’intéressent à la protection de la forêt, des écosystèmes et des peuples qui en font partie intégrante. Le chef Almir était bien entendu à « RIO+20 ». Il se déplace d’ailleurs avec aisance dans le monde entier, au gré des sollicitations d’états et d’ONG intéressés par l’histoire et l’évolution de son peuple, peuple Surui qui a été décimé (la moitié de la population disparut en 3 années !) en à peine une décennie par les maladies apportées par les « blancs » après le « contact » initial (explorateurs puis missionnaires), qui ne remonte pourtant qu’à 1969, bien après les « contacts » opérés par le Maréchal Rondon et l’ethnologue français Lévi-Strauss. Aujourd’hui, le peuple Surui du Rondonia totalise 1300 individus, partant d’une population estimée à 5000 dans les années 70 et descendue dramatiquement à 300 au cours de la décennie suivante (avec toute la désorganisation culturelle et politique que cela a entrainé).

Dans la mythologie traditionnelle du peuple Surui, une légende raconte de génération en génération qu’un immense serpent viendrait sur les terres de leurs ancêtres et finirait, en une avance inexorable, par engloutir les cultures, les terrains de chasse et de pêche de leur peuple, et finalement détruirait le peuple tout entier !

C’est en 1968 (cela ne s’invente pas) que les Brésiliens (« civilisés ») ouvrirent une piste, puis rapidement une route, la BR 364, à travers les terres des Suruis. Aujourd’hui, la BR 364 pénètre dans les anciens villages amérindiens ; et celui du chef Almir a été déplacé 40 km plus loin, à la limite d’une Terra Indigéna qui marque aussi le front de déforestation.

Signalons incidemment, et pour l’Histoire, qu’un autre chef Surui, dénommé Iptabira Surui (encore vivant, ancien guerrier, qui avait 16 ans lors du « contact » de 1969) a fait partie du « front de résistance » à l’ouverture de la route BR 364, front créé par le fameux Chico Mendes (qui lui avait par ailleurs réussi à stopper sa construction dans le petit état brésilien d’Acre voisin).

Après la construction du premier « serpent » routier, la BR 364, qui saigna au propre et au figuré ce peuple vierge de la forêt éponyme, les années 80 furent celle de l’exploitation anarchique et  irraisonnée des riches essences boisées amazoniennes par les « blancs » venus du sud du pays. Dès les années 90, des indiens,  appâtés par des gains « en cash » et déracinés de leur mode de vie frugal, se laissèrent pervertir dans un cercle vicieux de profits rapides en devenant des alliés des agents de la déforestation, donc de la destruction de leur propre tissu vital de toujours.

A la fin du XXe siècle, après la résistance menée par Chico Mendés et avec l’émergence d’ONG et associations de défense de l’environnement, le devenir de la forêt amazonienne, « bien mondial » (ce que conteste le géant Brésil,…et on pourrait le comprendre…s’il n’y a pas compensations ad hoc), plusieurs associations écologiques virent le jour localement, comme la « KANINDE de Défense Ethno-Environnementale » (Kanindé de Defesa Etno-Ambiental) et la PACA ou « Protection Environnementale du Cacao » (Proteçao Ambiental Cacaolense). La lutte contre les excès de l’industrie du bois amazonien, au Rondonia et dans les états voisins, entrait dans sa phase opérationnelle active. Depuis 2000, l’action a encore été amplifié grâce au charisme du chef Almir Surui et l’écho rencontré hors des frontières de l’état du Rondonia et du Brésil, jusqu’en Amérique du Nord et en Europe notamment.

 
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Michel Meyer et Julien Meyer

Michel Meyer est ingénieur géologue et géophysicien

Julien Meyer est ingénieur (Marseille) et docteur en Sciences cognitives et neuro linguistique.

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