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Ce bombardement américain sur la Syrie qui nous a fait basculer dans un nouvel ordre mondial à la vitesse d’un tweet

La nouvelle stratégie du président américain, illustrée par les récentes frappes américaines en Syrie, risque de porter un sérieux coup dur à la volonté de rapprochement avec la Russie affichée lors de sa campagne et au début de son mandat.

Changement de braquet

Publié le - Mis à jour le 14 Avril 2017
Ce bombardement américain sur la Syrie qui nous a fait basculer dans un nouvel ordre mondial à la vitesse d’un tweet

Atlantico : Les frappes américaines sur une base aérienne du régime de Bachar al-Assad dans la nuit de jeudi à vendredi sont survenues deux jours après une attaque chimique dans le Nord-Ouest de la Syrie et quelques minutes après l'ajournement des négociations à l'Onu sur trois textes distincts visant à condamner cette attaque. La réponse américaine relève-t-elle d'une sorte d'impulsivité (comparable à celle dont a pu faire preuve jusqu'à présent Donald Trump, notamment sur Tweeter) ou bien d'une stratégie tout à fait rationnelle ?

Jean-Eric Branaa : De mon point de vue, cela relève d'une stratégie rationnelle. L'attaque permanente contre le caractère de Donald Trump n'a pas de sens dans ce cas ; où alors, nous vivrions dans un monde où l'on pourrait se dire que la prochaine fois qu'il éternuerait, cela pourrait mal finir. Il ne faut pas oublier que Donald Trump a la main sur les boutons nucléaires ; il est, en l'état, l'homme le plus puissant de la planète. Il faut sortir de ce discours un peu convenu de l'homme incontrôlable qui fait ce qu'il veut, quand il veut, y compris envoyer ses avions militaires un peu partout. Le type d'intervention militaire survenue dans la nuit de jeudi à vendredi en Syrie est une entreprise qui se décide collectivement, après que toutes les options aient été pesées. Cela prend du temps : ainsi, cette opération devait être dans les cartons depuis un certain temps. De plus, nous savons que l'armée américaine est prête depuis longtemps à une intervention en Syrie, mais également, qu'au cours des derniers jours, le secrétaire à la Défense avait fait élaborer plusieurs plans proposés au président américain. Il y a deux jours, ce dernier avait affirmé sa confiance envers le général Mattis pour trouver une solution au problème. Nous sommes donc bien là en présence d'une opération militaire concoctée par les militaires et non pas par Donald Trump personnellement.

Concernant la position politique, qui a été d'intervenir après l'ajournement des débats au Conseil de sécurité de l'ONU, on peut considérer cela comme grave, d'un point de vue du droit international ; les textes et les procédures n'ont pas été respectées. Moins que d'impulsivité, il conviendrait plutôt, en ce sens, de parler d'un caractère fort de la part de Donald Trump qui décide de s'affranchir des règles ; puisqu'il est l'homme le plus puissant de la planète, il décide d'aller jouer au shérif ; il roule des mécaniques, ce qu'il a effectivement fait. 

Jean-Sylvestre Mongrenier : Aucune impulsivité dans ces frappes qui viennent bien tard, après de trop longues années de "patience stratégique", Barack Obama prétendant ainsi éviter le pire. En fait, la quasi-inaction des Etats-Unis sous l’Administration précédente a permis l’augmentation en intensité du conflit et son extension à une bonne part du Moyen-Orient. Le vide de pouvoir a été méthodiquement utilisé par Vladimir Poutine et les dirigeants iraniens afin d’avancer leurs pions. Jusqu’à ces derniers jours, la nouvelle Administration américaine semblait prête à entériner ce repli et à renoncer quasi-officiellement à demander le départ de Bachar Al-Assad (voir les déclarations de Tex Tillerson du 30 mars 2017). Là-dessus est intervenu un fait massif, que l’on ne saurait banaliser : l’emploi d’armes chimiques sur des populations civiles. Des armes censément éliminées par l’accord américano-russe sur le désarmement chimique du régime syrien(14 septembre 2013), mis en application sous l’égide des Nations Unies et de l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques). D’aucuns expliquaient alors que le régime syrien pourrait cacher une partie de son arsenal chimique, dénombré de manière incertaine par les inspecteurs de l’OIAC ; l’emploi d’armes chimiques à Khan Cheikhoun, le 4 avril dernier, leur donne raison. Certes, un rapport de l’ONU avait déjà établi l’emploi à plusieurs reprises de ces armes, y compris par des groupes djihadistes, mais cela ne s’était pas produit depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

En frappant la base d’où est parti l’avion porteur de ces armes chimiques (la base aérienne d’Al-Shayrat, dans la province centre-occidentale d’Homs), Trump cherche à rétablir une ligne rouge, allègrement violée au fil des années, et il adresse un coup de semonce tant à Bachar Al-Assad qu’à ses « parrains », au sens politico-mafieux du terme, à savoir Moscou et Téhéran. C’est une décision rationnelle : tenter de restaurer une certaine marge de manœuvre diplomatique en agissant sur le plan militaire et en affichant sa détermination à employer la force armée. Au vrai, il faudrait se demander pourquoi les bombardements russes sur Alep-Est et d’autres parties du territoire syrien, notamment sur des hôpitaux, attesteraient du génie militaire et diplomatique de Poutine, alors qu’une salve unique de missiles de croisière sur une base aérienne du régime syrien prouverait la fébrilité et l’impulsivité de Trump. Quant à l’usage d’armes chimiques sur des populations civiles,faudrait-il donc y voir un indice de la mâle détermination de Bachar Al-Assad à combattre le djihadisme ? Le summum de la rationalité politique et stratégique ? Répétons-le : on ne saurait accepter qu’un tyran proche-oriental détruise méthodiquement le droit de la guerre et ruine les dispositifs de contre-prolifération des armes de destruction massive afin de se maintenir au pouvoir envers et contre tout. Du reste, Poutine était supposé garantir le respect par Bachar Al-Assad des engagements pris lors du prétendu désarmement chimique du régime de Damas. A l’évidence, il n’en est rien.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 08/04/2017 - 09:49 - Signaler un abus je dois l'être

    optimiste forcenée ou anti-américaine sur les bords car en effet le monde multipolaire existe, je l'ai rencontré ...

  • Par vangog - 08/04/2017 - 10:10 - Signaler un abus Ben alors Branaa, vous êtes devenu pro-Trump?...

    Il suffit que le Donald frappe la Syrie pour que toute la bobologie ringarde du Marais et de St Germain s'extasie devant le génie militaire...même si les enquêtes internationales ne parviendront pas à déterminer la responsabilité des djihadistes, on découvrira probablement que ces malades mentaux stockent opportunément des bonbonnes de gaz sarein aux endroits stratégiques susceptibles d'être frappés par les forces nationales syriennes, à proximité d'écoles ou d'hôpitaux, afin de faire plus de mal et émouvoir le petit cœur bobo...car il est avéré que les stocks d'armes chimiques sont devenus plus importants chez les foudallas et qu'ils leur servent d'arme-cible à destination de nos medias benêts et autres analystes primaires...la manipulation fait partie de l'art de la guerre, et les djihadistes ont trouvé d'excellents clients dans nos gauchistes français...le problème, c'est que lorsque Trump s'apercevra qu'il a été manipulé, lui-aussi, il rebroussera chemin et analysera le régime d'Assad comme seul susceptible de stabiliser la région contre tous les fascistes qui l'entourent. Et les bobos pourront alors recommencer à s'indigner, après avoir accordé généreusement le bénéfice du dou

  • Par JonSnow - 08/04/2017 - 11:32 - Signaler un abus Analyse biaisée de Montgrenier

    Montgrenier part de l'affirmation que le régime est forcément reponsable de l'attaque récente au gaz. Or, si des soupçons pèsent, rien ne le prouve, puis qu'on n'a pas attendu le résultat d'une enquête. Toute son argumentation est donc idéologique et biaisée. La réalité est que Assad n'avait aucun intérêt à provoquer une telle attaque, à un moment où il avait la main grâce au soutien russe et où il entamait la phase de négociations. A qui profite le crime? Aux djihadistes. Tout cela sent la manipulation à plein nez et ceux qui ne rêvaient que d'un prétexte pour s'attaquer à Assad ont trouvé très opportunément une occasion de le faire.

  • Par tapio - 08/04/2017 - 11:33 - Signaler un abus C'était un tweet ...

    ... avec 50 Pièces Jointes. On ne dira jamais assez aux destinataires de PJ de ne pas les ouvrir imprudemment.

  • Par padam - 08/04/2017 - 12:40 - Signaler un abus Au service de " l'ordre nouveau"

    Encore et toujours la même vision manichéenne: les bons et les méchants, le camp du bien et le camp du mal, les mondialistes progressistes ouverts sur des lendemains qui chantent et des nationalistes réactionnaires enfermés dans une vision passéiste forcément noire, etc, etc... On connaît la rengaine. Sans intérêt.

  • Par padam - 08/04/2017 - 13:05 - Signaler un abus suite

    Ce qui est sidérant dans ce nouvel épisode du conflit syrien, et qui va dans le sens d'une grossière manipulation, c'est que la première question qui vient immédiatement à l'esprit est unanimement occultée, à savoir quel est l'intérêt de Damas à lancer aujourd'hui une attaque chimique? Alors que le contexte militaire, politique et international ne lui a jamais été aussi favorable. De deux choses l'une, soit B el Assad est subitement devenu un fou irresponsable, et il convient effectivement de l'éliminer, soit il est la cible d'une attaque visant à le disqualifier et à déstabiliser ses alliés, avant tout russes. Ca paraît quand même autrement cohérent. Autrement dit l'Occident bien-pensant, s'il se laisse piéger dans le rôle de l'idiot utile, ne va t-il pas finir par faire le jeu des Islamistes et de Daesh en Syrie, alors qu'il le combat comme son ennemi prioritaire par ailleurs...

  • Par GP13 - 08/04/2017 - 13:52 - Signaler un abus Parti pris

    S'il y a des crimes en Syrie, c'est la faute à Bachar. C'est la rengaine de la bienpensance à la Hollande, même si, après avoir accusé Bachar, elle réclame une enquête pour connaître les coupables et les punir!!! Mais on peut mesurer la profondeur de la corruption de nos dirigeants qui ont soumis notre diplomatie aux intérêts de ceux peuvent acheter nos hôtels, clubs de foot, entreprises, dettes publiques et armes......

  • Par lasenorita - 08/04/2017 - 14:56 - Signaler un abus La ''riposte américaine''

    Les Américains ont ''riposté'' à une agression dont ils n'étaient pas victimes!...Concernant les armes chimiques, il n'y a eu aucune enquête internationale pour le moment! voir http://www.breizh-info.com/2017/04/08/66882/jacques-myard-syrie-etats-unis-se-considerent-toujours-sherif-international et voir http://www.breizh-info.com/2017/04/07/66726/verite-syrie-reportage-video-trump-donald et voir http://www.libertepolitique.com/Actualite/coup-de-projecteur/Ce-sont-les-rebelles-eux-memes-qui-ont-vraiment-profite-de-l-attaque-chimique-en-Syrie...et Poutine a raison quand il dit: ''La frappe de cette nuit par l'armée américaine intervient en violation du droit international''..

  • Par toupoilu - 08/04/2017 - 15:41 - Signaler un abus Daech est bientot éliminée,

    Va venir maintenant le temps de la négociation pour l'avenir de la Syrie, et la ce sont ou c’était les US qui sont ou plutôt étaient éliminés. Et c'est important, parce que comme le soulignait Melanchon, il y a un projet de gazoduc qataris qui si la Syrie est sous contrôle occidental permettrait d’acheminer leur gaz vers l’Europe au détriment du gaz russe. Un bombardement chimique absurde et sans intérêt stratégique plus tard, et bizarrement les voila aussitôt revenu dans le jeu. Dans cette affaire, a mon avis l’intérêt désigne le coupable. (Coupable qui efface peut être certaines preuves grâce aux 49 tomahawks.)

  • Par gerint - 08/04/2017 - 16:23 - Signaler un abus Je n'aime pas Assad

    Mais j'aime encore moins ses ennemis djihadistes. Et j'ai du mal à croire qu'il ait trouvé intéressant en ce moment de gazer ces enfants.

  • Par Liberte5 - 08/04/2017 - 17:57 - Signaler un abus Ce bombardement montre les limites à ne pas dépasser.

    Pour Bachar El Assad, pour Poutine et les iraniens.C'est un avertissement sans frais qui vient d'être envoyé par D. Trump. Après les années Obama qui s'est couché devant les islamistes et les iraniens,laissant les Russes agir seuls, D. Trump remet les Américains au centre du jeu. C'est une bonne chose pour la paix du monde.

  • Par Liberte5 - 08/04/2017 - 17:59 - Signaler un abus C'est aussi un signal pour la Corée et la Chine.

    Deux pays qui ont une capacité de nuisance qu'il ne faut pas sous-estimer.

  • Par hmrmon - 09/04/2017 - 02:56 - Signaler un abus Bombardement.

    Quelque chose cloche dans cette analyse, quel intérêt Assad avait-il à donner l'ordre d'aller bombarder cette ville avec des bombes chimiques, donnant ainsi des arguments à ceux qui veulent le voir sortir du décor syrien, alors qu'il n'avait jamais été autant en position de force et que l'Occident commençait à accepter l'idée qu'il reste au pouvoir, plutôt que de créer un vide débouchant sur le chaos, comme ce fut le cas en Irak et en Syrie. Oui, vraiment quelque chose cloche!

  • Par Lazydoc - 09/04/2017 - 03:22 - Signaler un abus Je crois avoir lu

    Que le cours du pétrole avait bondi suite aux bombardements américains. L'exploitation du gaz de schiste américain va redevenir rentable. Ah non, je lis ailleurs que c'est humanitaire! Qui croire?

  • Par Semper Fi - 09/04/2017 - 05:43 - Signaler un abus Refroidissement des relations Russie - US ?

    Pas nécessairement, Trump a prévenu Poutine, histoire d'être sûr qu'il n'y aurait pas de Russes sur la base visée... et a envoyé des missiles de croisières, histoire d'éviter la rencontre d'avions US et russes dans le ciel. Trump a marqué la ligne rouge à ne pas dépasser par Bachar (sous la forme d'un avertissement : "écoute Bachar, on n'est pas sûr que cela soit toi mais si c'était le cas voilà ce qui t'attend). Poutine a tenu son rôle normal en dénonçant l'action de manière diplomatique. Chacun a joué son rôle à la perfection. On peut d'ailleurs imaginer que tout avait été réglé à l'avance entre les 2 chefs d'Etat. Quant à la frappe sans accord de la communauté internationale, ce n'est pas une 1re...cela rappelle le raid US sur Tripoli en 1986.

  • Par Citoyen Ordinaire - 09/04/2017 - 16:13 - Signaler un abus Violation du droit international tout simplement

    Bien triste.... Impensable qu'El assad qui est train de gagner la guerre fasse ce genre de conneries... Quelle propagande pour faire la guerre, depuis les armes chimiques de Sadam nous devrions comprendre pourtant... Et sinon les bombes au phosphore des frappes américaines sur l'Irak qui en parle ? Qui a rispoté et hurler aux crimes de guerres ? Expression qui ne veut d'ailleurs rien dire...un oxymore... Qui parle des morts innocents de Moussoul ou du Yémen ?

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Jean Sylvestre Mongrenier

Jean Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut français de géopolitique (Université de Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est notamment l'auteur de La Russie menace-t-elle l'Occident ? (éditions Choiseul, 2009).

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Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), et d'American Touch (Parlez-moi de vous), aux édition de Passy (2016).

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