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Avec l’ouverture de l’information judiciaire sur l’affaire UraMin-Areva, voici Anne Lauvergeon en première ligne

Après plusieurs mois d’enquête préliminaire, le Parquet national financier vient d’ouvrir une information judiciaire contre X. Objectif : faire la lumière sur le rachat en 2007 par Areva de l’obscur groupe canadien d’exploration minière UraMin. Une opération qui a coûté 3 milliards d’euros à l’entreprise française. La justice cherchera également à connaître le rôle exact joué, dans ce rachat, par l’ex-patronne d’Areva, Anne Lauvergeon.

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Avec l’ouverture de l’information judiciaire sur l’affaire UraMin-Areva, voici Anne Lauvergeon en première ligne

L’ex-patronne d’Areva, Anne Lauvergeon. Crédit Reuters

  • C’est fait depuis quelques jours : le Parquet national financier a ouvert une information judiciaire contre X sur le rachat controversé, en 2007, d’UraMin par Areva.
  • Dans la ligne de mire de la justice, l’ancienne présidente du directoire d’Areva Anne Lauvergeon, qui a déjà fait l’objet, en mai 2014, d’un rapport accablant de la Cour des comptes.
  • Encore que deux députés, l’un PS, l’autre UMP, dans un rapport de mars 2012 donnaient une version qui allait être différente de celle de la Cour des comptes, estimant que la "pertinence de l’opération Areva-UraMin était indiscutable".
  • Le juge Renaud Van Ruymbeke qui, avec deux collègues, va enquêter sur cette ténébreuse affaire, risque de tomber sur des barbouzeries, coups tordus et qui sait, quelques rétro-commissions revenues faire un tour dans l’Hexagone.

 

Quand ? C’était la seule question que l’on se posait depuis qu’une enquête préliminaire avait été diligentée depuis plusieurs mois sur le rachat en 2007 d’UraMin par Areva, dirigée à l’époque par Anne Lauvergeon. Eh bien, Atlantico peut révéler que le Parquet national financier vient de décider, à la suite des conclusions de la Brigade financière, d’ouvrir une information judiciaire contre X sur ce dossier ultra sensible qui a déjà fait couler beaucoup d’encre… C’est le juge Van Ruymbeke qui vient d’être chargé de démêler l’écheveau d’une histoire où s’entremêlent coups tordus, espionnage et méthodes musclées. Ainsi donc, grâce à l’enquête menée par le magistrat parisien, on devrait savoir quel rôle a joué dans cet achat les différents dirigeants d’Areva, dont Anne Lauvergeon. Ont-ils été imprudents ? La patronne d’Areva de 2001 à 2011, ancienne sherpa de François Mitterrand a-t-elle été victime ainsi que son mari Olivier Fric, d’une campagne de déstabilisation ? Quel rôle a joué le financier belge George Forrest dans le dossier UraMin en République Centrafricaine ? (Sur ce volet, une information judiciaire a été ouverte le 27 mars dernier pour corruption d’agent public étranger, détournement de fonds publics, blanchiment, qui vise implicitement l’ex-président François Bozizé renversé en mars 2013.) Les investigations qui risquent de conduire du côté du siège d’Areva et en Afrique (Namibie, République Centrafricaine, Afrique du Sud, Niger) promettent d’être longues.

Pour comprendre cette affaire prête à exploser depuis des années, qui a déjà donné lieu à un rapport de l’Assemblée nationale, des notes sévères de l’Agence des participations de l’Etat (APE), détentrice de 87% du capital d’Areva, et un rapport tout aussi sévère de la Cour des comptes, revenons sur la genèse de cette prise de contrôle.

Nous sommes en 2007. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, décide de prendre une participation dans UraMin, une entreprise  d’exploration minière, fondée en 2005, et cotée à la bourse de Toronto (Canada), alors qu’originellement, elle l’était à la bourse de Londres, réputée pour être, disons, plus sérieuse. Prix d’achat : 1, 8 milliard d’euros. Un prix qui va être en réalité supérieur de plus de 685 millions d’euros… Etrange opération, puisque aucun représentant du groupe français ne jugera utile de se déplacer dans les cinq pays - voir ci-dessus - où est implanté le groupe UraMin, qui n’est, entre parenthèses, qu’une start-up domiciliée à Tortola, aux îles Vierges britanniques ! Or les mines vont s’avérer inexploitables, et avec la chute vertigineuse du cours de la tonne d’uranium (235 dollars en 2007 pour tomber à 50) et la catastrophe de Fukushima, la vente tourne très vite au fiasco. Car en bout de course, Areva se serait fait plomber de 3 milliards d’euros. A dire vrai, cette OPA a étonné plus d’un cadre chez Areva. Bon nombre d’entre eux ont tiré la sonnette d’alarme pour alerter jusqu’à l’Etat-major que cette opération UraMin risquait de mettre en danger  l’entreprise. A l’extérieur de cette dernière, les différents services de l’Etat s’inquiétaient. Que ce soit Bercy, le Quai d’Orsay, le Commissariat à l’énergie atomique (premier actionnaire d’Areva) et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI)… Mais personne ne bougera. Excepté, ce qu’a très bien raconté Mediapart dans sa livraison du 4 décembre 2014, les géologues d’Areva. C’est ainsi que lors de la prise du contrôle d’UraMin en 2007, c’était au niveau des instances dirigeantes d’Areva l’optimisme béat : le site namibien de Trekkopje était considéré comme prometteur ! Or, il avait déjà été exploré en 1960, avec à la clé cette conclusion : site inexploitable ! Les géologues d’Areva ont vu. L’Etat-major, lui, est demeuré sourd et aveugle…

 
Commentaires

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  • Par vangog - 28/05/2015 - 10:25 - Signaler un abus Les socialos dissimulent leurs pertes au peuple de France...

    et non à l'état, qui n'en a cure ( dix milliards de déficit budgétaire supplémentaire ne sont rien, pour lui!). Les Francais commencent à avoir l'habitude de cette forfanterie... Lorsque les patriotes auront rendu son pouvoir au peuple de France, seront revelées toutes les dissimulations et mensonges gauchistes ( UMPUDIMODEM inclus). Voilà pourquoi le petit dictateur espagnol qui nous sert de premier ministre veut faire interdire le FN!

  • Par zouk - 28/05/2015 - 11:28 - Signaler un abus Anne Lauvergeon

    Socialiste confirmée, sa mère secrétaire particulière de Fr. Mitterand, elle même sherpa, elle s'est peut être crue intouchable et pourquoi cet acharnement à acquérir Uramin en dépit du rapport très clair des géologues d'Areva? Oui, pourquoi?

  • Par jurgio - 28/05/2015 - 14:31 - Signaler un abus En somme une affaire mitterrandienne posthume

    avec en tête de file madame Fric-Lauvergeon parachutée dans le nucléaire comme Belkacem dans l'Éducation.

  • Par Alain Proviste - 28/05/2015 - 18:41 - Signaler un abus C'est pas elle...

    ...qui déclarait il y a quelques années qu'il fallait "discriminer les mâles blancs" ? Un bien sympathique personnage.

  • Par crobard007 - 29/05/2015 - 03:19 - Signaler un abus Je suis surpris

    Une des rares faillites d'état qu'on ne peut par mettre sur le dos des énarques, mais en lisant son cursus on s'en rapproche : agrégation de sciences physiques, ingénieur du corps des mines.Il faut aussi rappeler qu'elle ne risque rien puisqu'elle fait partie de ces grands patrons (affranchis) accessoirement lèches-bottes du pouvoir qui n'ont aucune responsabilité sur leur biens personnels, une petite période d'oubli à la tête d'un obscure start-up toulousaine (j'ai quand même des craintes pour cette PME) et le retour dans la lumière, toujours aux frais du contribuable, pourra être envisagé.

  • Par henir33 - 29/05/2015 - 15:26 - Signaler un abus belle référence

    Anne Lauvergeon a été choisie pour présider le CA de Sigfox, start up toulousaine spécialisée danbs les objest connectés. Il serait urgent de la débarquer ...

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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