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Avant, les sanctions occidentales étaient durement ressenties par la Russie... oui mais ça, c’était avant

Vladimir Poutine a estimé que les sanctions occidentales ne touchaient en rien la Russie. Une déclaration un peu provocatrice qui a tout de même sa part de vérité car les stratégies de contournement sont devenues nombreuses, efficaces et ingénieuses.

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Avant, les sanctions occidentales étaient durement ressenties par la Russie... oui mais ça, c’était avant

Atlantico : Les sanctions économiques sont devenues une arme à la mode pour les pays occidentaux. Il y a quelques jours, Vladimir Poutine a affirmé que les sanctions n'affectaient en rien la puissance de la Russie. Est-ce vrai ?

Cyrille BRET : Il entre, dans la déclaration du Président de la Fédération de Russie, une part de bravade et une part de vérité. Il s’agit assurément d’une bravade de la part du dirigeant principal d’un pays dont les entreprises et les institutions bancaires n’ont plus accès aux marchés internationaux de capitaux, dont la banque centrale a déployé des efforts considérables pour remédier à une dévaluation, dont le PIB est en contraction de -2% pour le premier trimestre 2015, comme l’a indiqué le Premier ministre Dimitri Medvedev, et qui bâtit ordinairement l’équilibre de ses finances publiques sur un cours du pétrole moyen de 100 dollars, alors que celui-ci est aujourd’hui inférieur de 30%.
Les sanctions européennes et américaines pénalisent le système économique russe et certains de ses leaders. Elles affectent donc les leviers d’action internes et externes du pays.
 

Qui ne voit que, à ce rythme de décroissance, l’économie russe ne pourra pas accomplir la réforme structurelle identifiée par le président Poutine très tôt dans les années 2000 : relancer les capacités industrielles du pays  et cesser d’être un « émirat pétrolier » septentrional ? Qui ne voit que la modernisation de l’appareil militaire russe, engagée à la fin des années 2000, pourra pas s’appuyer sur des finances publiques structurellement saines ?

Il entre également une part de vérité : plus le régime de sanctions économiques est ancien, plus les stratégies de contournement sont efficaces et ingénieuses. Les exemples de Cuba et de l’Iran le soulignent : on subit le régime de sanctions de plein fouet dans les premiers temps, on apprend à vivre avec dans un second temps, puis on parvient à le contourner. Assurément, 2015 sera sans doute la dernière année où le régime de sanctions contre la Russie sera très efficace.

Par ailleurs, la formulation de votre question laisse entendre que les deux vagues de sanctions économiques décidées par les Européens, les Américains et leurs alliés au cours de la crise ukrainienne sont largement soutenues. Les sanctions ne sont certainement pas en faveur partout en Europe : à Budapest, à Sofia, à Athènes, mais aussi à Paris ou encore à Londres de nombreuses voix se font entendre pour critiquer la légitimité et douter de l’efficacité des sanctions. Les sanctions économiques sont un levier d’action controversé en Occident même.

Si les grandes entreprises publiques russes n’ont pas pu emprunter sur les marchés occidentaux, il semblerait que Moscou soit intervenu pour les aider. L’économie russe aurait-elle prouvée qu’elle peut tenir malgré les obstacles occidentaux ? 

Cyrille BRET : L’économie russe n’a pas encore démontré sa faculté de résilience : elle a besoin de financements et de clients pour son secteur énergétique. Or, si les financements lui manquent, ses clients sont fortement dépendants d’elle, en Europe et en Asie. La Russie a résisté en jouant à plein de l’effet d’hystérèse que les approvisionnements énergétiques induisent. Et elle a mobilisé ses finances publiques – notamment ses réserves de change – pour parer au plus pressé : répondre aux crises des liquidités et aux crises de change. Mais elle n’a pas encore pu mettre en place des parades structurelles : accès à d’autres marchés de financement, alliances de revers et nouveaux clients en Asie. Pour ne mentionner que ce point l’accord passé en mars 2014 entre la Chine et la Russie pour la mise en exploitation de gisements sibériens et pour l’exportation vers la Chine de 40 milliards de mètres cubes de gaz ne pourra fournir de débouché alternatif et d’alliance de revers que vers la fin de la présente décennie.

 
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  • Par Anguerrand - 03/05/2015 - 17:05 - Signaler un abus L'intérêt de la France serait d'être

    allié avec Poutine. Que ce soit pas un grand démocrate, admettons,un dictateur certainement pas, il a été élu, et Hollande aimerait avoir la moitié de sa popularité. Vox populi, vox dei. Pour lutter contre l'islam il serait un allié précieux, contrairement à nos dirigeants il a toujours combattu l'islamiste contre lequel nous devons maintenant lutter. Quand il affirme que la France devient la colonie des ses anciennes colonies, comment dire que c'est faux. Sur le plan économique aussi nous aurions intérêt à une alliance. L'affaire des non livraison des vedettes est grave c'est le reniement de la signature de la France et de sa crédibilité à long terme. La France préfère avoir de bonnes relations avec le Qatar ou l'Arabie Saoudite...ceux qui ont armé les djihadistes et sont des grands démocrates.

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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