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Auto-intoxication : quand la science explique que les militants laissent leurs croyances s'imposer au détriment des arguments factuels

Il est désormais prouvé scientifiquement que l'homme autorise régulièrement son jugement moral à prendre le pas sur les arguments factuels qui lui sont soumis.

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Auto-intoxication : quand la science explique que les militants laissent leurs croyances s'imposer au détriment des arguments factuels

Quand notre jugement moral rentre en conflit avec les faits, nous avons tendance à trouver des moyens pour invalider ces faits. Crédit Reuters

On le remarque particulièrement en période électorale, nous avons tous tendance à donner plus de poids aux faits et aux raisonnements qui confirment notre ligne de pensée et, au contraire, nous minimisons régulièrement l'importance et même la validité des arguments de l'opposition.

Si ce mode de pensée peut être efficace lors d'un débat ou à l'occasion d'une discussion à bâtons rompus, pratiqué à outrance, il menace notre habilité à penser et à percevoir les évènements de manière claire.

Ainsi, la politique et les idées en général se voient chaque jours un peu plus décrédibilisées.

Si l'avocat qui plaide vivement l'innocence de son client à la Cour est réaliste avec lui-même et sait pertinemment qu'il est train de tordre les faits, trop souvent, sur nos idées politiques, nous ne possédons pas ce discernement.

Une récente étude menée par des chercheurs de l'Université de Californie à Irvine prouve scientifiquement que ce phénomène que nous avons souvent tendance à associer à de la mauvaise foi est applicable à une large variété de personnes et de situations. Quand notre jugement moral rentre en conflit avec les faits, nous avons cette fâcheuse tendance à trouver des moyens de minimiser ou même d'invalider ces faits.

Les chercheurs d'Irvine fournissent un exemple pour étoffer leur thèse. Beaucoup de conservateurs américains pensent que la promotion de l'usage du préservatif parmi les adolescents est fondamentalement mauvaise. Cette prise de position rentre en conflit avec le consensus autour de la lutte contre le Sida, à condition de penser que les préservatifs sont efficaces pour empêcher les grossesses et la propagation des maladies sexuellement transmissibles. Or, les conservateurs américains ont résolu ce conflit en devenant sceptiques sur l'efficacité du préservatif, notamment sur la communication des marques et des chercheurs spécialisés sur le sujet. Ils ont du également centrer leur argumentaire sur les effets nocifs de l'utilisation du préservatif chez les jeunes, avec un focus particulier sur la pratique du sexe sans engagements, sur le fait que la contraception encouragerait les mœurs légères. Du côté des libéraux américains, le phénomène est sensiblement le même;en ce qui concerne la peine de mort. Les libéraux qui éprouvent du dégoût envers la pratique de la peine de mort seront plus enclins à croire les informations qui traitent de son inefficacité à prévenir les risques de futurs crimes ou à garantir la justice.

L'étude des chercheurs d'Irvine montre également que cet effet est encore plus fort au sein des populations dites "bien informées", et plus politisées. En d'autres termes, plus la quantité d'information dont nous disposons est importante, plus notre propension à tricher avec sera grande. C'est pourquoi les chercheurs pensent que cet effet est de nature à menacer fortement le discours politique en général.

Heureusement, une solution simple existe. Comme tous les partis pris cognitif, le fait d’être conscient du phénomène nous permet de le prendre en compte dans notre raisonnement et de lutter contre en comparant scrupuleusement nos croyances aux faits. Ainsi, au lieu de se fixer sur l'argument le plus faible de celui ou celle avec qui nous sommes en désaccord, nous pourrions nous concentrer sur leurs arguments les plus forts et voir en quoi ils pourraient s'avérer exacts. Un telle approche du débat ou de la conversation contribuerait grandement à l'amélioration de la qualité de notre discours et nous donnerait plus de chances de changer l'opinion de notre interlocuteur.

Bien-sûr, il sera difficile de faire quelque chose pour les hommes politiques, qui sont enclins à baser leurs décisions politiques sur un raisonnement dirigé et sur une sélection particulière des faits. Espérons seulement que notre conscience du fait prendra un jour le pas sur cette mauvaise habitude.

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 28/11/2012 - 10:33 - Signaler un abus Quand la télé s'éteint, le cerveau s'allume

    Je recommande: 150 petites expériences de psychologie des médias, par Sébastien Bohler

  • Par N_kTa - 28/11/2012 - 12:06 - Signaler un abus Prêt-à-penser

    Les "grandes" certitudes et autres systèmes de pensée-tout-inclus, c'est tellement plus rassurant et confortable pour montrer du doigt... mais ça aide pas à vivre ensemble ni à gagner des points de QI.

  • Par JSPHGE - 28/11/2012 - 20:08 - Signaler un abus Le contraire de la vérité n'est pas le mensonge mais l'idéologie

    En terme politique cela se vérifie en permanence, grosso modo chaque parti politique détient un fragment de vérité quelque-chose qui relève du tangible, du concret, ce fragment de vérité repose sur un élément factuel. Seulement voilà le fragment n’est pas le tout - LA vérité – le fait. Le fait, rien que le fait, toujours le fait. Une démarche qui reste honnête intellectuellement cela devient rarissime et relève du témoignage…

  • Par vangog - 29/11/2012 - 00:00 - Signaler un abus La vérité est le carburant de la connaissance

    Nos "censeurs modernes", journalistes, enseignants et intellectuels se sont arrogés le droit de mettre les citoyens dans des cases: Par exemple la case des conservateurs Américains, donc obligatoirement catholiques et contre l'avortement, ou la case des Américains libéraux qui sont obligatoirement contre la peine de mort! La."vérité" est, elle, très différente et beaucoup plus contrastée que cette "mise en boîte" facile! La vérité est mobile, variée en fonction des lieux et des époques, et le mouvement qu'elle insuffle à l'acquisition de la connaissance, dépend du carburant de la controverse et de la confrontation des idées. Cette confrontation est indispensable et souhaitable, plus importante que la connaissance elle-même, rêve inaccessible d'Icare.

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