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Après l'enfer de l'Etat islamique, la fuite de Syrie, direction la maison d’arrêt de Versailles

Sophie Kasiki, 33 ans, rencontre trois jeunes musulmans qui vont la convaincre de se convertir à l'islam puis de partir pour Rakka, capitale du groupe État islamique, avec son fils de 4 ans. Mais, tout bascule quand Sophie refuse que son fils aille à l'école coranique : elle est frappée, séquestrée, puis envoyée en prison. Elle parvient à s'évader. Plusieurs fois, Sophie a joué sa vie et était prête à la perdre, mais la volonté de sauver son fils a été la plus forte. Extrait de "Dans la nuit de Daech" de Sophie Kasiki, aux éditions Robert Laffont 2/2

Bonnes feuilles

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Après l'enfer de l'Etat islamique, la fuite de Syrie, direction la maison d’arrêt de Versailles

Dans notre cellule, malgré la surpopulation, les lieux sont impeccables. Nous sommes toutes maniaques. Chloé, qui fait des insomnies à cause de sa grossesse, en profite pour récurer les coins de la pièce. Nous tenons les lieux au carré.

La religion n’est pas absente de notre cellule. Je n’ai parlé de l’islam à personne mais Chloé, elle, s’est convertie et elle prie régulièrement. Marianne, entre deux chants chrétiens, nous parle de son mari qui serait juif – mais, bien que nous ne la contredisions jamais frontalement, car cela a pour effet immédiat de déclencher ses sanglots, nous ne croyons pas un mot de ce qu’elle nous raconte. La famille de Charline est chrétienne également. Comme moi, elle parle très peu d’elle et je ne sais pas exactement ce qu’elle a fait pour se retrouver ici.

Mais Chloé, Rona et Marianne font assez de bruit pour nous toutes. La sixième, Hope, est une Nigériane qui est tombée pour proxénétisme en bande organisée. Elle a trente-quatre ans et on sent qu’elle a davantage vécu que la plupart des gens durant une vie entière.

Mon contrôle judiciaire, très strict, m’interdit de communiquer avec mes proches, y compris Julien, je ne reçois donc aucune visite et n’ai pas le droit de téléphoner. De toute façon, on ne m’a pas rendu mon argent, je n’ai donc pas de quoi m’offrir le moindre extra. En prison, tout est payant et rien n’est bon marché. Je ne sais pas ce que sait Julien – j’apprendrai plus tard que personne ne lui a rien dit, qu’il est venu, plusieurs fois avec Hugo, jusqu’à la prison en demandant à me voir, ou simplement à avoir de mes nouvelles. Il m’écrit tous les jours mais la juge censure tout le courrier pendant le premier mois de ma détention.

Je sors peu de ma cellule. J’entends des disputes, des bagarres sauvages, je n’ai pas envie de me trouver au centre d’un problème. Les filles m’encouragent, elles trouvent que ce n’est pas sain de rester enfermée tout le temps. Si elles savaient… Elles sont assidues à la bibliothèque, dans la cour de promenade, la salle de gym… Elles sont au courant de tout, elles sont magouilleuses et débrouillardes. Ce sont des filles habituées à survivre, leur faculté d’adaptation est impressionnante.

Je passe de longues heures allongée sur mon lit. Je lis et j’écris beaucoup, et puis je pleure quand je suis seule, sans retenue, comme si j’évacuais dans mes larmes toute la colère et la peur de ces derniers mois. Je repasse, des heures durant, l’enchaînement des événements. J’essaie de comprendre ce qui m’est arrivé.

Au bout d’un mois, le courrier m’est enfin autorisé et je reçois les premières lettres de Julien. Sur le conseil d’une détenue, j’engage un jeune avocat d’un gros cabinet. Le djihadisme fait l’actualité, mon affaire l’intéresse. Malheureusement, ma demande de libération anticipée est refusée.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 17/01/2016 - 12:51 - Signaler un abus Sophie Kasiki

    Quelle terrible aventure et quel courage! Peut-on faire quelqye chode pour elle et son fils?

  • Par bebert4 - 17/01/2016 - 14:54 - Signaler un abus Pauvre petite djihadiste

    Ma compassion va aux victimes (les vraies),ces victimes que les médias occultent par peur de l'amalgame sans doute.

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Sophie Kasiki

Sophie Kasiki est née en 1982 en Afrique subsaharienne. Elle a huit ans quand, au décès de sa mère, elle est envoyée en France chez sa sœur aînée, en région parisienne. Après ses études, devenue éducatrice, Sophie est chargée de l'aide aux familles. C'est ainsi qu'elle rencontre les jeunes garçons qui partiront en Syrie, et l'entraîneront avec eux dans la nuit de Daech.

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