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"L’amour flou" de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : plus que jamais complexe, l'amour

Une semaine après "Nos batailles", la sortie de "L'amour flou" montre la qualité exceptionnelle de certains cinéastes français actuels dans le domaine de l'introspection intime, au sein d'une société en pleine mutation.

Atlanti-Culture

Publié le
"L’amour flou" de Romane Bohringer et Philippe Rebbot : plus que jamais complexe, l'amour
CINEMA
« L’amour flou » 
de Romane Bohringer et Philippe Rebbot
Avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Réda Kateb…
 
 
RECOMMANDATION
 
            EXCELLENT
 
  
THEME
 
Comédiens tous les deux, Romane (Romane Bohringer) et Philippe (Philippe Rebbot) se séparent. Après dix ans de vie commune, deux enfants en bas âge et un chien vieillissant, ils ne sont plus amoureux… Pourtant, ils s’aiment encore énormément, beaucoup trop même, pour vivre totalement l’un sans l’autre. Alors rupture, ou pas rupture ? C’est « flou »… Artistes bohèmes soudés par leur complicité et l’amour qu’ils portent à leurs enfants, Romane et Philippe vont trouver une solution, abracadabrantesque pour le commun des mortels: s’installer dans deux logements reliés par la chambre des enfants…
 
 
POINTS FORTS
 
 - Avoir l’idée de faire un film à quatre mains pour montrer qu’il est possible de se séparer sans se  quitter complètement… Il fallait y penser et surtout,  oser !
 
- Tourner en temps réel, des faits qui adviennent vraiment, et en prenant, comme personnages, les gens de son entourage… On risquait le fiasco. On se retrouve avec une comédie aussi tendre que loufoque, et, plus inattendu, de portée universelle.
 
- Accepter, selon le principe de l’autofiction que les caméras s’immiscent dans l’intimité de sa vie, non seulement le jour, mais aussi la nuit… Le film aurait pu tomber dans l’exhibitionnisme… Il ne franchit jamais les frontières du réalisme. Pas un seul instant le spectateur ne  se sent voyeur.  Sortir du champ strict de la vie familiale pour aller filmer, de temps à autre, ce qu’un quotidien peut générer d’aléas et de rencontres imprévues… Ces « escapades » aèrent, enrichissent, pimentent le scénario.
 
- Interpréter son propre personnage dans des situations de sa vraie vie… Si on n’est pas très bon acteur, ça peut être casse-gueule… Quel bonheur de regarder Romane Bohringer et Philippe Rebbot, rire, s’aimer, se chamailler et se livrer  devant les caméras !
 
 
POINTS FAIBLES
 
Tous les protagonistes du film n’étant pas des comédiens, certains manquent d’aspérité, « passent » moins bien. Idem pour certaines scènes, qui manquent un peu de force. Se dire alors, que dans tout film autobiographique  tourné en temps réel, les baisses de régimes (ici minimes) sont inévitables.
 
 
EN DEUX MOTS
 
 Comédie de mœurs ? Comédie d’amour ? Documentaire (un tout petit peu) « fictionné » sur un couple qui se sépare sans se quitter ?... L’amour flou est un film inclassable. Tant mieux ! Cette façon qu’il a de n’appartenir à aucun genre, ajoute encore à son charme.
 
Très drôle, surtout grâce à Philippe Rebbot  (sorte d’irrésistible grand Duduche), bourré de tendresse et d’émotion, gentiment déjanté et ouvertement décalé, cet OVNI cinématographique a « cassé la baraque » partout où il est déjà passé. Au dernier Festival d’Angoulême, le public lui a décerné son prix à l’unanimité. Récompense mille fois méritée.
 
 
UN EXTRAIT
 
 Ou plutôt deux :
 
- « Est-ce qu’on se souvient vraiment du point de départ ? En vrai, ça a démarré en septembre 2016. On vivait ensemble dans notre maison, on n’était plus amoureux. C’était pesant. Mais comment ne pas faire exploser notre famille qu’on aime tant? J’ai rencontré ce promoteur immobilier, un type incroyable qui construisait un immeuble neuf à Montreuil… Je pensais plutôt à deux appartements distincts. C’est lui qui a eu l’idée de les faire communiquer par la chambre des enfants ». (Romane Bohringer, actrice-réalisatrice).
 
- « On s’est beaucoup marrés en imaginant cette nouvelle vie… Ça rendait tout le monde curieux. Et quelqu’un a dit: Franchement c’est un film, votre truc ! » (Philippe Rebot, acteur réalisateur).
 
 
LES REALISATEURS
 
C’est sur un plateau de cinéma que Romane Bohringer (fille de Richard Bohringer) et Philippe Rebot (neveu de Sady Rebbot) se rencontrent. Nous sommes en 2005, elle est actrice dans Le Triporteur de Belleville de Stephane Kurc, il est assistant régie sur le tournage. C’est le début d’un amour fou qui va durer près de dix ans pendant lesquels ils auront deux enfants. Elle, va continuer sa carrière de comédienne, tournant notamment dans  Le Bal des actrices, de Maïwen, en 2009 et, en 2012,  dans Renoir, de Gilles Bourdos. Lui, après avoir tâté de plusieurs métiers du cinéma, se  lancera finalement dans celui d’acteur: Lulu, femme nue en 2013, Hippocrate en 2014, Le Petit locataire en 2016. 
 
L’idée de l’Amour flou leur est venue lorsque s’est posé pour eux le problème insoluble de leur séparation: « Nous ne voulions pas étaler notre vie, disent-ils, mais montrer une voie. C’est une forme d’engagement, de combat pour montrer l’amour ».
 
 
ET AUSSI
 
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- « Galveston » de Mélanie Laurent- Avec Elle Fanning, Ben Foster, Beau Bridge.
 
Sous sa blondeur, sa gracilité et la candeur de son regard, Mélanie Laurent cache un sacré tempérament. Après s’être imposée comme actrice de tout premier plan, puis, en France, comme une cinéaste qui compte  (fiction comme docu), elle vient de réaliser un autre de ses rêves : tourner un film américain. Il ne s’agit pas d’une bluette, mais d’un polar romantique et sanglant…
 
Poursuivi par son boss, un gangster au cœur tendre, atteint d’un cancer des poumons (Ben Foster, à tomber !) croise la route d’une jeune prostituée démunie (Elle Fanning, d’une justesse formidable). Ensemble, ils vont essayer d’échapper à leur destin en fonçant sur Galveston, une ville du Sud du Texas. Contrairement à ce qu’ils croient, la rédemption ne sera pas forcément au bout de leur chemin…
 
Pour pouvoir tourner ce polar, Mélanie Laurent avait dû passer un casting. Les producteurs américains ont bien fait de la choisir. Elle livre un film impeccable, beau, implacable, qui respire la tendresse sous sa brutalité.
 
RECOMMANDATION: EXCELLENT
 
 
 
- « Girl » de Lukas Dhont avec Victor Polster- avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Olivier Bodart…
 
Lara, 15 ans (Victor Polster) rêve de devenir danseuse étoile. Pour cela, elle trime dur, s’astreint à un régime d’enfer et à une discipline d’acier. Son père la soutient et l’encourage autant qu’il le peut… Seulement voilà : Lara est née garçon et en attendant l’opération qui la délivrera d’un sexe qu’elle n’a pas choisi et rejette, elle est contrainte de subir les transformations de son corps d’adolescent, sous le regard plus ou moins compatissant de ses camarades d’école... Ce n’est pas la première fois qu’un film évoque la  question de la transsexualité, mais la nouveauté est qu’il l’aborde par le biais de cette période si confuse et si déstabilisante de l’adolescence.
 
Premier long métrage de Lukas Dhont, un jeune prodige flamand de 27 ans, Girl avait électrisé la Croisette en mai dernier. Il était reparti du Festival avec la Caméra d’or (meilleur premier film) et un prix d’interprétation Un Certain Regard pour son acteur, Victor Polster. Il faut dire que ce dernier, un apprenti danseur de 16 ans, pour la première fois sous l’œil des caméras, est impressionnant de grâce, de féminité, de volonté, de retenue, de justesse et de souffrance.  
 
RECOMMANDATION: EXCELLENT
 
 
- « Dilili à Paris » film d’animation  de Michel Ocelot.
 
Chic ! Voici qu‘arrive sur les écrans le nouveau long-métrage du maître incontesté du cinéma d’animation français, Michel Ocelot. Dans le Paris de la Belle Epoque, il nous raconte l’histoire de Dilili, une jeune métisse kanake venue de Nouvelle Calédonie pour être exhibée dans la capitale et qui, malgré elle, va être embarquée dans une enquête pour résoudre le mystère entourant une série d’enlèvements de jeunes filles, dont on apprendra qu’elles sont kidnappées par une société secrète, hostile à l’émancipation des femmes. Dilili va mener son enquête, promenée dans le triporteur d’un livreur qui connaît Paris comme sa poche…
 
Délicatesse et couleurs des dessins, cisèlement des dialogues, grâce exquise des personnages, qualité du doublage… Dès les premiers plans, le film emporte et ravit. Avec Michel Ocelot, le Paris de 1900 a des allures de chromo. On le découvre dans ses coins les plus secrets, ou ses monuments aujourd‘hui oubliés. On y croise les personnages les plus illustres de l’époque, comme Louis Pasteur, Toulouse-Lautrec, Claude Monet ou Gustave Eiffel. C’est charmant, d’une inventivité folle et au delà de la joliesse de l’animation, porteur d’humanisme, puisque le réalisateur profite de son scénario pour dénoncer les maltraitances faites aux femmes. Pour tous les publics.
 
RECOMMANDATION: EXCELLENT
 
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Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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