Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 04 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi les Français
sont sur-informés mais incultes
en économie

"L'affaire Siemens" de ce début de semaine l'a montré à nouveau : les médias et citoyens français peinent à comprendre le fonctionnement de l'économie. L'économiste Jean-Marc Daniel explique quelques règles simples qui pourraient atténuer cette inculture.

A l'école de l'éco

Publié le - Mis à jour le 26 Septembre 2011

Daniel  Schneidermann  s’interrogeait ce mardi sur l’inculture économique ambiante.  Son interrogation porte notamment sur celle des journalistes révélée par « l’affaire Siemens ». De quoi  s’agit-il ?  De ce que plusieurs organes de presse ont répercuté sans en mesurer le sens précis des rumeurs malveillantes du Financial Times  (FT) au sujet d’une banque française soi disant abandonnée par Siemens au profit de la BCE. Information grave et surtout étrange ; comment se fait-il qu’une entreprise industrielle ait un compte auprès de la BCE ? Question qui conduit comme le souligne Schneiderman à se demander si tout un chacun peut également ouvrir un compte à la BCE. La réponse a fini par venir : ce n’était pas Siémens en tant que tel qui était concerné mais la banque filiale du groupe.

Quoi qu’il en soit, cette affaire est l’occasion de soulever trois points sur la façon de traiter l’information économique :

  • Le premier porte sur la perception même de l’économie. A force de répéter que l’économie est une affaire de chapelle et non de science, plus personne ne se sent en devoir  de vérifier ce qui se raconte. Toute opinion est jugée acceptable, tout propos est admissible.  Il sert non à comprendre la situation mais à qualifier celui qui le tient. Celui-ci est alors désigné de  libéral,  keynésien, néo-classique, post-keynésien, etc …. Pourquoi réfléchir quand le rôle de l’information n’est pas de comprendre mais d’affirmer des allégeances, non pas d’instruire ce qui la reçoivent mais de cataloguer ceux qui l’émettent  Dans ces conditions, le Financial Times sert d’oracle ou de repoussoir sans que l’on s’intéresse vraiment à l’honnêteté, à la qualité ou même tout simplement à la vraisemblance  de son travail ;
  • Le deuxième point est que pour Schneidermann, le savoir économique serait apporté à la population non spécialiste par Bernard Marris et Jean Marc Sylvestre. Affirmation réductrice qui ignore que nous avons à notre disposition bien d’autres sources au prestige académique plus établi. On peut les considérer comme difficiles d’accès mais c’est par l’écoute et la compréhension de ces multiples sources que devrait commencer le travail journalistique. Avec pour but de choisir non pas  le commentaire le plus plaisant sur le plan politique, mais celui qui, conforté par la vérification auprès des spécialistes, est a priori le plus pertinent ;
  • Le troisième renvoie à une formule célèbre :  « Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien ». C’est un extrait de la tirade de la calomnie de Beaumarchais. Le Financial Times qui mène un combat sans faille contre l’euro applique cela à la lettre. Dès lors que ce comportement est avéré, la question qui se pose est pourquoi ne pas se montrer plus minutieux dans la publicité que l’on fait à ses attaques.

Bref, le professionnalisme dans la diffusion de l’information économique est de la recouper auprès des spécialistes, ceux qu’écrits et travaux ont adoubés. Et de …(re)lire Beaumarchais.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ceache - 23/09/2011 - 08:30 - Signaler un abus Vous avez dit information ???

    Et s'il n'y avait que l'inculture économique ! Le mal est plus profond. C'est celui du journalisme qui n'est plus médiateur mais qui se veut pouvoir opposable au politique. Il s'est emparé de l'espace public au nom du citoyen sans aucune légitimité démocratique (au sens représentatif par l'élection). "L'information", la pédagogie, l'explication... n'existent plus. Il faut de la polémique !!!

  • Par JMP33 - 23/09/2011 - 09:02 - Signaler un abus @ceache

    Comme je suis d'accord avec vous !!! De ce fait, nous avons glissé d'une démocratie à une médiacratie avec l'arrivée du 4eme pouvoir qui lui-même nous a maintenant installés dans une MEDIOCRATIE. Merci les médias et les journalistes fainéants payés à faire du scoop en oubliant leur mission de base .... On est pas tiré d'affaire !

  • Par brennec - 23/09/2011 - 09:20 - Signaler un abus information et politique

    Il n'est pas impossible que nous soyons victimes d'une conception d'extrême gauche du journalisme laquelle pose qu'il n'y a pas d'objectivité possible, de plus, le slogan soixante huitard selon lequel tout est politique ne fait rien pour améliorer les choses. A partir de la nul besoin de se cultiver et de chercher des sources alternatives il est bien suffisant de juger selon sa propre sensibilité

  • Par laurentso - 23/09/2011 - 09:51 - Signaler un abus Ce professeur confond les journalistes

    dont le travail consiste à compiler des dépêches d'agence de presse et ceux chargés d'articles de fond, ou les spécialistes de l'économie. L'approximation initiale sur Siemens peut se comprendre par le comportement moutonnier de certains journalistes : Le FT l'a dit, donc c'est vrai. Rien à voir avec Maris ou Sylvestre, dont on connait le prisme idéologique, et dont l'avis est souvent précieux.

  • Par laurentso - 23/09/2011 - 09:52 - Signaler un abus Et ce ne sont pas les nouveaux programmes

    de Sciences Economiques, au lycée, qui vont accroître les connaissance des Français dans cette matière...

  • Par iznogoud - 23/09/2011 - 10:27 - Signaler un abus "Acheter" des électeurs.....

    Si les français comprenaient plus que pouic en économie, comment pourraient encore se faire élire ceux qui leurs "vendent" les 35 heures, la retraite à 60 ans (surtout par répartition....), les "taxons les riches", etc. etc. etc. ?

  • Par faded yasser - 23/09/2011 - 10:32 - Signaler un abus On ne crache jamais dans le plat où on mange

    Les médias en France sont contolés par une caste et ils ont perdu toute pod'un ssibilité d'exercer ce 4eme pouvoir qui est propre des journalistes. Libé, proprieté de De Rotshild le patron d'un grand groupe bancaire, est un journal qui n'est en mesure de cracher dans le plat où il mange çAD celui de Rotshild...ce sont les journalistes qui sont incultes ,les Français ont bien compris les rouages

  • Par bobocleaner - 23/09/2011 - 10:36 - Signaler un abus si au moins nous n'étions pas tous enfermés

    dans la même prison fiscale et déficitaire on pourrait se réjouir de l'inculture de nos compatriotes en matière d'économie car cela offre de nombreusses opportunités de gagner de l'argent. Il y a effectivement de quoi être stupéfait devant les inepties ( de toute natures keynesianisme délirant ou monétarisme niveau école primaire) qu'on entend dans les médias grand public. Ecoutez BFM !

  • Par rue102361 - 23/09/2011 - 10:51 - Signaler un abus j'avais tous compris alors

    Pas besoin de me traité d'inculte, siemens n'a plus confiance dans la SG qui se casse la gueule, a obtenu une licence et à sortie sont argent.

  • Par Carcajou - 23/09/2011 - 11:22 - Signaler un abus Inculture relative

    Monsieur le Professeur,j'vas vous causer peuple inculte. Pourquoi qu'avec des économistes con-pétents (plus haut que leur cul), l'économie, elle marche sur la tête. Pet ben, que les incultes y comprennent rein parce qu'à plus rein à comprendre à cette gabegie que les "cerveaux" y ont installée depuis que'que temps. Et ça, mon QI de pétoncle, il l'a bien compris.

  • Par Rhytton - 23/09/2011 - 15:51 - Signaler un abus Formatage "à l'insu de leur plein gré"

    Au lycée, 90% des profs d'éco sont des apôtres marxistes de Keynes. Si on nous apprend à l'école que la Terre est plate, difficile de l'imaginer autrement, si? Et pourquoi ne fait-on pas grand bruit dans les salles de classe de la vision économique de Maurice Allais, notre seul "Prix Nobel" d'économie? Pourquoi on ne parle en ce moment que des économistes de gauche comme... DSK? Hélas!

  • Par Demystificateur - 23/09/2011 - 17:08 - Signaler un abus La dictature du court terme...

    oblige les journalistes à pondre de nombreux articles souvent financiers sans aucune connaissance particulière du sujet. Ils se contentent de répéter comme des perroquets ou de mal broder autour des dépêches de l'AFP. Prenons l'exemple de l'affaire Siemens. Combien de canards remplis de journaleux à la noix ont écrit que Siemens avait retiré 500.000 Euros en liquide au guichet de la SG !

  • Par Manuman33 - 24/09/2011 - 13:08 - Signaler un abus En effet je suis d'accord avec certains

    Les médias semblent quasiment tous régis par une volonté commune de désinformer ou de mal informer la population. Sans compter leur désir de morale, de bien pensance, et dédains qui semblent très proche du comportement de la gauche. On peut croire qu'il s'agit de stupidité, ce qui est sans doute vrai dans beaucoup de cas, mais il semble plus que cela soit une volonté pour certain média !

  • Par PASCONTENT - 24/09/2011 - 16:38 - Signaler un abus OK avec Ceache

    les français sont si débilisés par les juges médiatiques qu'ils ne retiennent plus rien et surtout ne cherchent plus à comprendre . Les papes médiatiques donnent des opinions toutes faites . le journalisme est l'inculture et l'affirmation du "ce que je pense" sans autre analyse.

  • Par DEL - 24/09/2011 - 19:57 - Signaler un abus Bref, qu'on se le dise,

    L'économie est une science et cette science a mené l'économie réelle à la plus belle catastrophe qu'on puisse imaginer. Merci, l'économie...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves – ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€