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Accros à internet : pourquoi les adolescents souffrent de plus en plus de symptômes propres aux toxicomanes (et comment les soigner)

La dépendance des adolescents à Internet est de plus en plus courante et surtout de plus en plus forte, au point qu'ils développent des comportements et des symptômes caractéristiques des problèmes de toxicomanie (dépression, rupture de la communication familiale, phobie sociale, automutilation, troubles du sommeil).

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Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Accros à internet : pourquoi les adolescents souffrent de plus en plus de symptômes propres aux toxicomanes (et comment les soigner)

Atlantico : Une récente étude (voir ici) démontre qu'environ la moitié des adolescents  américains (48,1%) sont dépendants du Web. Comment définir "une addiction à Internet" ?

Dan Velea : En règle générale, l'addiction est un lien avec un objet ou une substance qui dépasse l'intention et qui déforme son utilisation.

 

Cette définition s'applique parfaitement à la cyber-addiction. C'est-à-dire que le sujet malade n'utilise plus Internet comme un instrument, un objet ou un outil dont le but est essentiellement de partager la connaissance, d'aller la chercher et de la promouvoir, ou encore de faire des rencontres virtuelles (réseaux sociaux, sites de rencontre).

Le plaisir véritable plaisir d'une personne accro à Internet, c'est le simple fait de se connecter, quelque soit le but pour lequel elle se connecte.

 

Il y a par exemple des personnes qui tournent en boucle sur les sites de rencontre sans jamais rencontrer personne dans la vie réelle, car ils ont simplement besoin d'être tout le temps connecté à la plateforme virtuelle. C'est le fait d'être connecté qui compte, bien plus que l'envie de faire des rencontres

 

Plus généralement, quels sont les symptômes d'une addiction ?

Ce sont des critères très anciens, mais qui restent à mon avis tout à fait clairs et d'actualité.

 

D'abord, pour qu'il y ait une addiction, il faut qu'il y est une impossibilité de résister à une pulsion. La pulsion, dans le cadre d'Internet, se matérialise par le fait d'avoir besoin de se connecter systématiquement à son téléphone ou à son ordinateur.

 

Deuxièmement, il faut qu'il y est une sensation de tension croissante qui précède le début du comportement addictif. Cela peut être le moment où on prend son téléphone pour se connecter à une application, ou le moment où on ouvre son ordinateur pour l'allumer. Cette tension est couplée à "un effet d'attente", c'est-à-dire une impatience très forte lorsque l'ordinateur met du temps à s'allumer, ou quand son portable ne se connecte plus à Internet car il se trouve dans une zone sans réseau.

 

Troisièmement, il faut que l'acte procure du plaisir à la personne malade. Il ne peut pas y avoir d'addiction à quelque chose qui ne fait pas plaisir (sinon, on tombe dans d'autres formes de problèmes comportementaux, comme le masochisme).

 

Le dernier critère et pas des moindre est la perte de contrôle, c'est-à-dire que le malade n'est plus maître de son comportement et n'a pas conscience des dégâts collatéraux qu'il engendre. C'est par exemple se connecter sur son compte Facebook au travail, et au lieu d'y passer 5 minutes comme une personne normale qui a conscience que ce n'est pas un endroit propice pour le faire, ne pas pouvoir s’empêcher d'y rester une heure, heure perdue pour l'employeur, donc. Ou encore se dire qu'on va vérifier si on a pas reçu un mail important et rester involontairement une demi-heure à regarder tous ses mails, y compris non professionnels.

 

Tous ces critères sont valables pour l'addiction à Internet, aux médicaments, aux drogues, au jeu, au sport et au sexe.

 

Toujours selon la même étude (voir ici) 40,7% des adolescents américains sont qualifiés de "toxicomanes du Web". Quelle est la différence avec l'addiction?

La toxicomanie est une addiction sévère, qui s'aggrave avec le temps, et dont les symptômes et leurs conséquences (dépression, rupture de la communication familiale, phobie sociale, automutilation, troubles du sommeil) sont beaucoup plus graves. Le terme de toxicomanie est apparu pour qualifier le comportement des héroïnomanes.

 

D'ailleurs, c'est je pense l'élément le plus novateur et intéressant de l'étude. Vous noterez qu'il y a un glissement sémantique marqué entre "l'addiction", qui a une connotation encore positive, notamment dans tout ce qui touche à la publicité, ("Je suis addict' à ce rouge à lève", "je suis addict' au shopping"), et "la toxicomanie", qui là à une connotation complètement négative.

 

Pourquoi les adolescents sont-ils le plus touchés par ce problème psychologique ?

Déjà parce que les adolescents d'aujourd'hui sont ce qu'on appelle les "digital native", c'est-à-dire qu'ils sont nés avec Internet, et qu'ils ne conçoivent pas leur vie sans, ni que cela puisse être nocif.

 

Ensuite, les adolescents sont à une période de leur vie ou ils cherchent à se construire une identité propre. Ils sont donc hyper-sensibles à tout ce qui est mode,  débat, intégration de communautés virtuelles, ect. Et internet est le lieu idéal pour être au courant des dernières tendances. C'est aussi un lieu qui leur permet de s'exprimer sur des questions qu'un adolescent aurait du mal à poser ou à partager avec sa famille (la dernière vidéo d'une fête alcoolisée entre copains, par exemple).

 

Enfin, l'offre sur la toile est immense et très variée, donc multiplie les plateformes susceptibles de rendre les adolescents accros (Snapchat, Instagram, Vine, Facebook, Twitter...) .

 

Faut-il avoir une faille psychologique au départ ou tout le monde peut devenir dépendant d'Internet ?

Tout le monde peut tomber dans cette addiction, car le produit en lui-même est très addictologique, il est formaté pour ça. Le fait d'actualiser toutes les informations en permanence pousse naturellement à l'addiction, on a sans arrêt envie de voir ce qui s'y passe de nouveau donc on se connecte de plus en plus souvent.

 

Que peut-on faire pour soigner cette dépendance à Internet ?

Commençons par ce qu'il ne faut pas faire. Il faut éviter d'agresser la personne dépendante en lui disant que son comportement ou que sa consommation de tel ou tel produit n'est pas bon, cela va lui donner l'impression d'être jugée et classée dans "le clan du mal", ce qui risque de la braquer.

 

Ensuite, il faut faire de la prévention, notamment pour cette addiction à Internet qui est assez nouvelle et assez difficilement détectable.

 

Il faut après commencer un travail psychologique pour remettre le produit addictif à sa place normale.

 

Enfin, il faut montrer aux personnes dépendantes sans dramatiser les dommages collatéraux générés par leur addiction (licenciement, divorce, décrochage scolaire).

 

Est-ce qu'on doit soigner les personnes dépendantes du Web avec les mêmes méthodes que celles utilisées pour soigner les addictions à la drogue ou à l'alcool par exemple ?

Oui, il y a des cures de désintoxication mises en place pour se débarrasser de l'addiction à Internet.

 

Mais les traitements les plus appropriés sont les thérapies comportementales cognitives (TCC), qui sont très efficaces sur ce genre de problème.

 
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Dan Véléa

Le Docteur Dan Véléa est psychiatre addictologue à Paris.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les addictions, dont Toxicomanie et conduites addictives (Heures-de-France). Avec Michel Hautefeuille, il a co-écrit Les addictions à Internet (Payot) et Les drogues de synthèse (PUF, Que sais-je ?, Paris, 2002).

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