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Accélération des ralliements à Juppé : qu'en était-il entre Balladur et Chirac en octobre précédant l'élection de 1995 ?

Les ralliements politiques, aussi bien chez les Républicains qu'à l'UDI, à Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont déjà commencé et devraient se poursuivre jusqu'à la primaire de la droite des 20 et 27 novembre. De quoi établir un rapport de forces entre les deux candidats comparable à celui instauré à l'automne 1994 entre Jacques Chirac et Edouard Balladur du fait des soutiens que leur avaient apporté alors ténors et élus du RPR et de l'UDF.

Flashback 1994

Publié le - Mis à jour le 14 Octobre 2016
Accélération des ralliements à Juppé : qu'en était-il entre Balladur et Chirac en octobre précédant l'élection de 1995 ?

Atlantico : Ce mercredi, Jean-Christophe Lagarde devrait annoncer le soutien officiel de l'UDI à Alain Juppé. A un peu plus d'un mois de la primaire de la droite, sur quels ralliements politiques peuvent compter respectivement Nicolas Sarkozy et Alain Juppé au sein de leur famille politique élargie au centre ? Quel rapport de force ces soutiens politiques instaurent-ils entre les deux candidats ? 

Jean Petaux : Alain Juppé, dès lors qu’il est très largement majoritaire dans les intentions de vote à la primaire de la droite parmi les sympathisants du centre, peut se prévaloir évidemment de nombreux soutiens de personnalités politiques issues de ces rangs. Le ralliement annoncé de Jean-Christophe Lagarde est l’officialisation en quelque sorte du soutien de l’UDI qui n’a pas accepté officiellement de participer à cette primaire (d’où finalement le nom "spécifique" de "primaire de la droite" et non pas comme on l’a dit un temps "de la droite et du centre".

Nicolas Sarkozy, à l’inverse, majoritaire parmi les adhérents "Les Républicains" peut faire état de soutiens de personnalités connues ou influentes comme Christian Jacob, président du groupe parlementaire LR à l’Assemblée ou comme François Baroin, sénateur-maire de Troyes, président de l’Association des Maires de France et surtout considéré comme le "fils adoptif" de Jacques Chirac. Belle prise de guerre pour Sarkozy qui n’aime rien tant que "braconner" sur des "terres" partisanes ou affinitaires "étrangères" voire hostiles et qui ramène les "scalps" de ses "prises" comme autant de preuves qu’il rallie tout le monde sur son nom. Il a procédé ainsi en 2007 quand il avait le vent en poupe et qu’il convertissait tout ce qui l’approchait (Besson, Kouchner, Bockel, il a failli y parvenir pour Allègre, etc.). Et le moins que l’on puisse dire c’est que cela a fonctionné très fort… Cela s’est appelé "l’Ouverture"… Au point d’ailleurs d’en agacer plus d’un à droite. On se souvient de la sortie vacharde de Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, disant pendant la campagne des législatives de juin 2007 : "Je suis pour l’ouverture, très pour … et je souhaite qu’elle aille jusqu’aux personnalités de… l’UMP". Manière de dire : "N’oublie pas tes amis Nicolas".

Il n’est pas du tout prouvé que ces ralliements et ces soutiens affichés apportent une voix de plus au candidat qui sait s’en prévaloir… C’est là tout le mystère de la politique et de l’élection (qu’elle soit interne ou externe) : faire état de soutiens n’est pas forcément un "plus" ; ne pas en avoir peut-être un "moins" en revanche. Pourquoi ? Essentiellement pour une question de "standing politique". Et le standing, quelque part, c’est de la crédibilité, c’est la marque de la puissance et de la capacité à prétendre être chef. Ce sont des signes extérieurs de richesse politique.

L'affrontement Juppé-Sarkozy n'est pas sans rappeler celui ayant opposé Jacques Chirac à Edouard Balladur pour la présidentielle de 1995. A l'automne 1994, comment se répartissaient les soutiens politiques aux deux candidats au sein du RPR et de l'UDF ? Quel était alors le rapport de force établi entre les deux candidats par ces différents ralliements politiques ? Dans quelle mesure cela a-t-il pu contribuer à la victoire de l'un et à la défaite de l'autre ?

Le contexte de 1994-1995 présente des similitudes et des différences avec celui d’aujourd’hui. Comme aujourd’hui pour Juppé et Sarkozy, Chirac et Balladur appartiennent en 1994 au même parti politique : le RPR. L’UDF est dans un rôle de spectateur de ce duel. Tout comme jadis Chaban-Delmas et Chirac appartenaient au même parti gaulliste (l’UDR) alors qu’ils se sont déchirés "en direct" sur la question du soutien (ou pas) à Giscard qui allait fonder l’UDF deux ans après 1974. Les différences sont grandes quand même par rapport à aujourd’hui : en 1994 l’UDF était bien plus puissante que l’UDI ou le MODEM réunis et surtout l’UDF d’hier, dans sa grande majorité, a fusionné avec le RPR pour créer l’UMP, parti qui s’est transformé en LR il y a moins de deux ans. Donc Sarkozy et Juppé travaillent à rallier à eux des personnalités qui sont (au moins pour Sarkozy) dans le même parti que lui. Juppé, moins à l’aise dans sa propre famille politique ("Les Républicains") que son redoutable rival, Sarkozy, doit aller chercher des soutiens, comme Balladur par rapport à Chirac, à l’extérieur de la famille… Ainsi Balladur, bien que bénéficiant du renfort de deux personnalités du RPR actives alors (Pasqua et Sarkozy) est-il allé puiser dans la réserve UDF le gros de ses soutiens (Léotard, Bayrou, etc.). Chirac en revanche avait quelques supporters à l’UDF (Stasi, Madelin, Raffarin) mais il s’est surtout appuyé sur son bloc militant RPR originel et sur ses cadres : Juppé (secrétaire général du RPR), Séguin, Baroin (qui était très jeune alors), Toubon, Mazeaud, Jean-Louis Debré, etc. C’est sans doute cette mobilisation de la "garde chiraquienne" rapprochée qui a permis au "grand c…" (comme le surnommait Philippe Séguin qui avait à son égard une relation très ambivalente, amour-haine…) de l’emporter sur "Monsieur Balladur" qui s’est, lui, progressivement, englué dans le portrait ravageur du "bourgeois louis-philippard", totalement coupé de la base sociale de l’électorat populaire de droite qui s’est reporté sur Chirac avec un vrai bonheur finalement.

 
Commentaires

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  • Par Beredan - 12/10/2016 - 11:54 - Signaler un abus Le fourbe n'est pas loin

    Portons une attention toute particulière à Baroin...

  • Par Benvoyons - 12/10/2016 - 14:19 - Signaler un abus Bonne analyse si Juppé gagne en effet le parti LR

    passe de 270000 adhérents à 120000 actifs potentiels avec tous les problèmes de logistique pour la Présidentielle. Pour les Députations les LR Sarkozy se présenteront même si Juppé veut changer la donne. Il n'aura pas une majorité complète sur son programme. Il sera obligé de négocier un NOUVEAU programme pour attirer des Socialistes des Centristes pour avoir une majorité. 6 à 12 mois après il y aura des nouvelles élections pour avoir une nouvelle chambre. Cela sera un nouveau quinquennat pour rien.

  • Par AvecNS - 12/10/2016 - 22:15 - Signaler un abus "militer avec ses pieds"

    C'est bien là que Juppé fait une grossière erreur : les adhérents sarkozystes ne le soutiendront pas ! La plupart n'ont pas payé leur cotisation pour 2016, attendant le résultat des primaires pour le faire... Pas de Sarkozy = pas de cotisations, pas de dons, pas de militants... Il ne restera que les adhérents pro-Fillon, Juppé et Le Maire. Quand on compare les parrainages de ces fossoyeurs, ils ne font pas le poids en nombre comparés à ceux de Sarkozy... Le parti Les Républicains sera une coquille vide et Juppé perdra la présidentielle faute de combattants à ses côtés pour le soutenir... Le résultat sera le même si c'est Fillon qui gagne... Pour la majorité des sarkozystes, impossible de voter pour Ali Juppé ou le traître Fillon... Juppé ou Fillon : JA-MAIS !

  • Par cloette - 13/10/2016 - 10:36 - Signaler un abus J'ai du mal à croire

    que Juppé puisse être èlu .

  • Par bd - 02/11/2016 - 18:22 - Signaler un abus Labelliser les politiciens selon leur aptitude comportementale?

    Pour éviter, comme cela se présente aux U.S., de focaliser les débats sur des postures, des attitudes ou des comportements au détriment des vraie questions de fond, il faudrait une sorte de "sur-parti" qui garantit le contrôle de la qualité psychiatrique des candidats comme le ferait un label. 
Ce "label" garantirait au citoyen qu’un candidat -quelle que soit sa couleur politique- validé par ce label serait psychologiquement sain. 
Le premier critère serait l'aptitude à l'empathie. 
Un politicien sans empathie n'est intéressé que par lui-même et le pouvoir au prix de n'importe quelle manipulation. 
Les «sans empathie» sont souvent des propagateurs de haine. 
Ils sont aussi souvent attirés par la complosphère. 
Si l’on pouvait éviter ce genre de personne toxique en politique…

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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