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50% de hausse des prix du pétrole en 6 mois : même pas mal

Alors que les cours de l'or noir poursuivent leur remontée, l’équilibre économique de nombreux secteurs d'activité pourrait être bouleversé. Mais, en France, des éléments protecteurs rendent cette augmentation moins perceptible que dans d'autres pays.

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50% de hausse des prix du pétrole en 6 mois : même pas mal

Atlantico : Ce jeudi 11 janvier, le pétrole WTI frôlait les 65 USD le baril, soit une progression de 50% depuis les 42 USD constatés depuis le mois de juin 2017. Quelles sont les conséquences d’une telle hausse, aussi bien pour les consommateurs que les entreprises, et donc pour l'économie française ? En quoi la hausse de l’euro, sur la même période, vient-elle adoucir le phénomène ?

Michel Ruimy : Si on regarde le passé, les hausses importantes du baril de pétrole à la suite chocs pétroliers de 1973 et 1979 sont allées de pair avec une baisse généralisée des taux de croissance de la plupart des pays développés importateurs de pétrole, et notamment de la France.

En effet, il faut garder en tête que le pétrole est la matière première la plus utilisée, en France, par le secteur industriel.

Au plan théorique, dans le cas de la France, une hausse du prix du pétrole constitue un choc d’offre négatif pour l’économie au sens où, en augmentant le prix des consommations intermédiaires, elle réduit la capacité à créer et à distribuer des richesses. A ce choc d’offre s’ajoute un choc de demande, lui aussi négatif, prenant la forme d’une réduction de la demande pour les produits nationaux. Car si ces produits sont devenus plus chers pour les résidents (en réponse à cette hausse du pétrole, les industriels augmentent le prix de vente de leurs produits pour maintenir leurs marges), les producteurs nationaux doivent faire face aussi à une demande moins vive de la part de nos principaux partenaires commerciaux. Ainsi, des effets de second tour peuvent être observés. L’élévation du prix du pétrole peut se traduire par une hausse du taux d’inflation. Mais cette transmission, si elle est vigoureuse, peut conduire les autorités monétaires à réagir au titre de la stabilisation de l’inflation. C’est ce qui s’est passé en juillet 2008 et avril 2011 lorsque la BCE a élevé de 0,25 point de base son taux directeur.

De manière plus générale, la volatilité élevée et les hausses fréquentes des prix du baril ont un impact global sur l’économie en contribuant à l’affaiblissement du revenu disponible des ménages la demande de pétrole étant quasi inélastique, et à l’appréhension d’un environnement incertain de la part des agents économiques. Cette appréhension et cette incertitude ont des conséquences sur les anticipations des ménages et des entreprises. Elles contribuent d’une part, à une contraction de la consommation de biens durables et d’autre part, à une diminution de l’investissement en raison de l’évaluation d’une demande anticipée revue à la baisse de la part des producteurs.

Il convient d’ajouter que les effets d’une hausse du prix du pétrole semblent avoir un impact plus important lorsque l’économie est en phase de croissance faible ou en situation de récession. En phase expansive, le fait de dégager une valeur ajoutée plus importante permet d’amortir la hausse des prix des matières premières alors qu’en phase récessive, une hausse se traduit par une diminution de la richesse créée à partager, a des conséquences sur les prix finaux et sur les salaires réels et/ou sur le chômage en fonction des rigidités sur le marché de l'emploi.

 
Commentaires

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  • Par bherry - 12/01/2018 - 14:49 - Signaler un abus On hallucine !

    Le rôle protecteur des taxes ! Payer des taxes serait protecteur ? Alors il ne faut pas se gêner. Il faut les augmenter encore comme au 1er Janvier 2018. D'autre part la TVA en proportion augmente avec le prix du baril. Donc le prix à la pompe ( pétrole + taxes) est bien celui qui concerne le pouvoir d'achat des ménages, qui en a pris un coup depuis le début de l'année.

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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