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2017, l’année politique du Guépard : tout a changé pour que rien ne change

Atlantico a demandé à ses contributeurs leur vision de l’année où la France a vécu de nombreuses surprises et rebondissements et est entrée dans l’ère Macron. Pour Les Arvernes, 2017 n’a rien de la révolution. La France reste la France, avec ses forces, ses faiblesses, et son système politique aussi défaillant que celui des autres grands pays occidentaux.

2017, l’odyssée de la fin du monde d’avant

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2017, l’année politique du Guépard : tout a changé pour que rien ne change

Le puissant journal The Economist, modèle de mesure, d’impartialité et de compétence journalistique, en décernant à la France le titre de pays de l’année 2017, s’inscrit à rebours d’Edmond Burke et de sa critique radicale de la Révolution française. En effet, si l’on suit l’hebdomadaire britannique, pas de doute : 2017 est bien l’année d’une révolution copernicienne qui voit la France, pays irréformable, poussiéreux, arriéré, provincial, prendre, comme souvent dans son histoire, le monde à contrepied, dans un de ses élans subis de modernité, aussi inattendus et beaux que les trop rares gestes de french flair que recèle notre rugby national.

Disons-le tout net : si l’idée est plaisante, et même flatteuse, elle est si fausse qu’elle ferait presque sourire. Parce qu’elle doit être impartiale, la grande presse internationale anglo-saxonne, Pravda des financiers et de tous ceux pour lesquels l’argent et l’économie sont l’Alpha et l’Omega de nos existences, ne saurait être prise en flagrant délit de wishfull thinking. Et loin de nous l’idée selon laquelle une telle outrance témoignerait en réalité de la méthode Coué de la part d’une presse anglo saxonne qui, frustrée par l’élection de Donald Trump, furieuse du Brexit, lassée de la finalement peu brillante Angela Merkel, a, comme tous les enfants, besoin d’un héros pour ne pas se désoler de la médiocrité des choses.

La réalité, hélas, est autre. Car s’il l’on considère cette année 2017, l’on s’aperçoit qu’elle n’a rien d’une rupture dans la vie politique française. Au contraire, elle est l’aboutissement d’une évolution, qu’elle couronne plutôt qu’elle ne l’invalide. Qu’il soit permis de s’arrêter ici sur quelques-uns des traits de cette année politique.

Aboutissement, d’abord, de la perversion de la démocratie médiatisée. Les cris d’orfraie suscités par l’interview sirupeuse de Laurent Delahousse feraient presque sourire si notre pays n’avait, en la matière, une solide tradition de flagornerie à l’égard du Pouvoir. Le bon Monsieur Delahousse, à cet égard, n’est que l’ultime avatar d’une longue ligné de journalistes – politiques ou non – qui doivent leur carrière à leur capacité à flatter le pouvoir. Anne Sinclair, Christine Ockrent, Claire Chazal en sont les grandes prêtresses. A cet égard, l’Histoire retiendra la façon dont la presse bienpensante a, par flatterie, incompétence, et, osons-le dire, intérêt bien compris, fait le lit du macronisme. Bien sûr, de temps à autre, tel ou tel journaliste a commencé, à mot couvert, à s’inquiéter de la vacuité du personnage, pure produit marketing. Mais globalement, le train était lancé, et il est arrivé à bon port. Rien de nouveau dans tout cela.

Aboutissement, ensuite, ou plutôt continuation d’un système administrativo-politique, qui gouverne la France depuis trente-quarante ans. Halevy a bien montré combien depuis 1789, la haute administration, ce qui appelle la « constitution administrative de la France », compense l’instabilité constitutionnelle d’un pays qui change de régime politique tous les trente-quarante ans. Depuis 1981, gouvernements de gauche ou de droite confondus, une mini élite, constituée d’Inspecteurs des finances, de Conseillers d’Etats, d’Ingénieurs des Mines, autour desquels gravitent une poignée d’hommes politiques, journalistes, spin docteurs, (main)tient la France autour d’un centre situé à gauche. Les rodomontades d’un Nicolas Sarkozy, incapable de comprendre le fonctionnement profond de la France, n’y ont rien changé. Emmanuel Macron, qu’il a mis en selle avec la Commission Attali, que certains niais ont comparé à Napoléon – pas le Christ car Emmanuel Macron n’a besoin de personne pour s’y comparer – est l’exact contraire de l’homme nouveau que l’on nous a présenté. Il est la réincarnation de Jacques Attali, qui, avec Alain Minc, a tort sur à peu près tout depuis 40 ans, mais l’incontestable talent de faire son miel de tout, y compris de ses propres erreurs. Rien de nouveau dans tout cela.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 26/12/2017 - 11:27 - Signaler un abus La corruption journalistique atteint son paroxysme

    avec le wishful thinking de The economis, qui ne commente plus que ses propres fantasmes, à défaut d’avoir le courage de regarder la réalité de la France. Emmanuel Macron va signer la fin d’un cycle de Présidents falots, beaux-parleurs mais sans vision ni talents. Oh, de l’ambition, il en a et il en faut! Sa communication est faite des diagnostics qu’a déjà effectué le Front National, mais, tel un médecin de Molière, il croit pouvoir refaire une politique gauchiste pour réparer les dégâts de quarante ans de politique gauchiste: même propagande sirupeuse à son acmé, mêmes valzts du pouvoir corrompu et consanguin, mêmes méthodes: la communication remplaçant l’action floue et désordonnée, mêmes pesanteurs, mêmes erreurs...attendons l’homme ou la femme providentielle, qui aura le courage d’agir avant de communiquer, bousculant un peu les trouillards à genoux!

  • Par zen-gzr-28 - 26/12/2017 - 19:30 - Signaler un abus Le titre de cet article

    Le titre de cet article est criant de vérités. Sans commentaires !

  • Par Deudeuche - 26/12/2017 - 21:48 - Signaler un abus La malédiction de ce pays

    Est cette aristocratie d’Etat parisienne qui a intérêt à ce que rien ne change, jamais !

  • Par cloette - 27/12/2017 - 07:43 - Signaler un abus Mais oui tout est juste

    la préservation de ses intérêts personnels est de toute façon, la priorité . Tout le reste c'est du cinoche, du mauvais cinoche de série B.

  • Par Tande - 27/12/2017 - 16:12 - Signaler un abus Je partage le contenu de l

    Je partage le contenu de l'article à 80%. Il y a des tendances lourdes que même la fausse révolution unanimiste d'EM ne peut ébranler. Signalons d'ailleurs que pour un soi-disant révolutionnaire, EM a fortifié à l'excès la bureaucratie qui l'a formaté, et a renforcé l'un des pires travers de notre pays (j'en parle comme un expert, pour en faire partie, et en mesurer tous les torts, malgré quelques mérites). L'omelette centrale (plutôt que centriste) dont il a coupé les deux bouts, ainsi que lue préconisait son nouvel ami Juppé, est d'ailleurs un piège pour lui comme pour notre pays, en rejetant sur les extrêmes les oppositions, qui en pourront donc pas s'additionner. Cette vision, qui était déjà celle de la Troisième Force de 1951 à 1958, a conduit à l'abîme. Il est à craindre que le régime actuel ne prenne le même chemin (non pas que je pleure, mais je ne souhaite pas à la France l'anarchie). Les réformes d'EM sont largement en peau de lapin, et ne le sauveront pas du discrédit qui arrivera tôt ou tard, renforçant la frustration d'un peuple amer, que rien ne contente, et qui peut s'enfoncer dans une morosité pouvant exploser un jour...la vraie révolution est devant.

  • Par lepaysan - 27/12/2017 - 16:20 - Signaler un abus Lutter contre le déni de réalité

    Tous le mal-être de la France résumé en quelques mots. Lutter contre la déni de réalité. il beaucoup de travail mais vous avez le soutien de la population, probablement au delà de vos espérances...

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Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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