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2014, annus horribilis pour les chrétiens d'Orient : le Noël tragique de ceux qu'on empêche de le fêter

Synonyme de réjouissances pour les chrétiens du monde entier, la fête de Noël clôt une année de terreur pour les populations d'Irak et de Syrie. Etat des lieux d'une année de massacres.

Tristes fêtes

Publié le - Mis à jour le 4 Janvier 2015

Atlantico : En Irak et en Syrie, les populations chrétiennes sont persécutées depuis plusieurs années déjà. Cependant la violence semble exacerbée depuis l'offensive du groupe Etat Islamique l'été dernier. L'année 2014 représente-t-elle un nouveau pic dans la répression des minorités chrétiennes au Moyen-Orient?

Gérard-François Dumont : Tout d'abord, il faut rappeler qu’en Irak, les chrétiens ont déjà été menacés bien avant 2014. Même avant 2003 et l'intervention américaine, il y avait déjà eu un certain nombre d'actes antichrétiens, poussant à l'exil de nombreux chrétiens[1].

En Syrie, c'est uniquement à partir de 2011 que l'on a constaté l'exode de certains d’entre eux, compte-tenu de la guerre civile et des vexations qu'ils subissent. Quant à l'année 2014, il s'agit d'une année horrible pour tous les chrétiens de Mésopotamie[2] comme pour l’ensemble de cette région. En effet, pour la première fois dans l’ère chrétienne, il y a des territoires entiers de Mésopotamie où ne vivent plus de chrétiens. Dans la ville de Mossoul (Irak), il n'y a plus aucun chrétien pour la première fois depuis vingt siècles, car le groupe Etat Islamique, après son invasion, les a, soit tués, soit contraints à l'exode pour survivre. C'est un changement structurel absolument majeur dans la géographie du peuplement, avec une répartition spatiale de la population inédite après le nettoyage ethnico-religieux effectué par Daech qui concerne toutes les minorités chrétiennes, les Yézidis, mais aussi des chiites, qui connaissent un exode vers les autres régions d'Irak, sans oublier des sunnites opposés à Daech contraints également de fuir.

[1] Dumont, Gérard-François, « La longue histoire des chrétiens d’Orient », Le Figaro Histoire, n° 16, octobre-novembre 2014.

[2] Rappelons que la Mésopotamie est cette région moyen-orientale qui va pratiquement du fond du golfe Persique au golfe d’Alexandrette [aujourd’hui Iskenderun], ville située à l’extrémité nord-orientale de la mer Méditerranée. 

Est-ce que l'on sait dans quelles conditions les chrétiens d'Orient, en Irak et en Syrie, vont célébrer la fête de Noël 2014, et s'ils pourront tout simplement le faire ?

Les chrétiens d'Orient pourront fêter Noël là où leur sécurité semble la moins mal assurée, notamment dans les provinces d'Irak à majorité kurde qui les ont accueillis, celles de Dohuk et d’Erbil, là où des chrétiens ont pu trouver refuge. Pour les chrétiens de Bagdad ou réfugiés à Bagdad, le risque d'attentats à l'occasion de la fête la célébration de la fête de Noël existe, puisqu’on se rappelle les deux attentats à la bombe commis à Bagdad lors du Noël 2013 contre des groupes chrétiens avec un bilan tragique de plus de cinquante morts. Dans les villes de Syrie en proie à la guerre civile, fêter Noël difficile d’autant que nombre d’églises ont été détruites par les combats. 

Pouvez-vous nous préciser l'ampleur des pertes numériques, liées notamment à l'émigration, qu'ont connu les communautés chrétiennes d'Orient ?

En Irak, la situation est terrible. En quelques décennies, on est passé de près d’1 million de chrétiens à environ 200 000 en 2014, soit un nombre diminué par cinq, conséquences des multiples vexations, des attentats, des prise d’otage et des conflits dont les chrétiens ont été l'objet. D’où une diminution considérable en pourcentage, de 3,2% de la population de l’Irak en 1957 à 0,5% en 2014. En Syrie, le nombre et le pourcentage des chrétiens étaient demeurés semblables jusqu’au début de la guerre civile en 2011, soit 1 million de chrétiens représentant 9% de la population de la Syrie. Depuis, la diminution est importante surtout en chiffre absolu car l’exode des Syriens concerne pratiquement toutes les ethnies et toutes les confessions. Les chrétiens ont du fuir les territoires sous l’emprise de l’état islamique (Daech). En outre, en Syrie, les chrétiens se sont trouvés particulièrement éprouvés parce leur présence était significative dans la ville la plus peuplée de Syrie, Alep, qui comptait, avant 2011, 3 millions d’habitants, et qui se trouve particulièrement touchée par la guerre civile. En chiffre absolu, le nombre des chrétiens a diminué en Syrie devant la nécessité d’aller trouver refuge à l’étranger, dans des destinations variées. Par exemple, des Syriens de confession arménienne, souvent descendant de rescapés du génocide de 1915, ont trouvé refuge en Arménie. On peut estimer entre 250 000 et 350 000 le nombre de chrétiens soumis à un exode à partir de la Syrie pendant la période 2011-2014. 

 
Commentaires

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  • Par Gré - 25/12/2014 - 02:19 - Signaler un abus je me demande si, en 2015, il

    je me demande si, en 2015, il y aura un journal pour commémorer le centenaire du génocide arménien

  • Par bjorn borg - 25/12/2014 - 03:16 - Signaler un abus Noël interdit en quelques sorte!

    https://www.youtube.com/watch?v=CdxHrV9PBgE

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Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris 4-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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