Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 01 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

-20 points de popularité en 3 mois et ministres frondeurs : la loyauté de Manuel Valls envers François Hollande signe-t-elle son enterrement politique ?

Manuel Valls a connu une chute record de sa popularité en août : -9 points par rapport à juillet. Celui qui est passé de ministre le plus populaire des gouvernements Ayrault à Premier ministre impopulaire de François Hollande a-t-il des marges de manœuvre pour rebondir ?

Valse vers le fond

Publié le
-20 points de popularité en 3 mois et ministres frondeurs : la loyauté de Manuel Valls envers François Hollande signe-t-elle son enterrement politique ?

Atlantico : Selon le baromètre Ifop pour le Journal du dimanche, le premier ministre enregistre une chute de 9 points de popularité en août pour s'établir à 36%, tandis que François Hollande perd seulement un point (17%). Le Premier ministre chute de quinze points en deux mois, 20 en trois mois. Comment expliquer cette dégringolade ? Celui qui a été un temps le ministre le plus populaire du gouvernement est-il en train de payer sa loyauté à François Hollande ?

Bruno Cautrès : Une première explication, un peu inéluctable, est qu’à chaque changement de Premier ministre sous la Cinquième république, sa popularité remonte par rapport à son prédécesseur, puis très souvent – à part les exceptions Balladur et Jospin, lorsqu’ils étaient en cohabitation – le Premier ministre devient impopulaire.

A ma connaissance, seul Michel Rocard était à un niveau encore soutenu d’opinions favorables lorsqu’il a quitté Matignon. Tous les autres Premiers ministres ont fini avec un taux de popularité minoritaire. C’est donc une explication structurelle. 

Mais ici, nous avons un sentiment d’une glissade que rien n’arrive à enrayer, pas même la communication très importante de l’exécutif durant l’été. Il s’est montré très présent, on n’a pas eu beaucoup le sentiment que le président et le Premier ministre étaient en vacances au mois d’août. Mais aucun frein ne semble fonctionner, comme si « l’effet Manuel Valls » qu’on avait lors de sa nomination et même avant était en train de disparaître.  C’est un capital de popularité qu’il a usé assez rapidement, en quatre mois.

Clairement, Manuel Valls était crédité d’un fort taux de sympathie avant sa nomination, mais rapidement des doutes sont apparus au sein de l’électorat socialiste. Le 31 juillet, un autre sondage IFOP (sur les intentions de voter si l’élection présidentielle avait lieu maintenant) montrait que la fracture sur le pacte de responsabilité et la réduction des déficits publics était clairement là au sein de l’électorat socialiste. C’est une fracture  « pour » ou « contre » Valls. 

Manuel Valls, par la voie de son entourage contacté par Le Monde a réprouvé les propos d'Arnaud Montebourg tenus ce dimanche à Frangy-en-Bresse. «  Une ligne jaune a été franchie (...) Le premier ministre est déterminé à agir dans les prochains jours », a réagi Matignon. Alors que Valls et Montebourg s’étaient rapprochés en début d’année, en s'interrogeant sur les limites du modèle européen ­ pas assez protectionniste et handicapé par un euro trop fort, ce « lâchage » de son ministre de l’Economie est-il le signe que Valls lie d’autant plus son sort à François Hollande ?

Il faudra suivre de près les réactions et déclarations au sein du gouvernement et du PS dans les heures qui arrivent. Sans doute que François Hollande voudra apaiser les choses car il ne peut se permettre une crise politique au sein du gouvernement. Dans le même temps, cela souligne et sans doute amplifie le sentiment diffus dans l'opinion des Français que l'on ne sait pas bien où est le centre de gravité économique du gouvernement. 

En se laissant entraîner dans le sillage d’impopularité de François Hollande, Manuel Valls est-il en train d’hypothéquer son avenir politique, notamment en vue de la présidentielle de 2017 ? Qu’a-t-il à gagner à conserver son poste de Premier ministre ?

Je crois qu’il n’y a pas de retour en arrière possible. Dans son interview au Monde de cette semaine, François Hollande affiche très clairement qu’il veut accélérer et qu’il n’y a pas de remise en cause de la ligne principale. 

Manuel Valls ne peut que rester à Matignon pour le moment. L’hypothèse de son départ de Matignon n’est d’ailleurs évoquée par personne, en tout cas pas de manière publique. S’il partait maintenant, ça serait un échec calamiteux pour tout le monde : pour lui, pour François Hollande. La gauche n’a pas, aujourd’hui, les moyens de se payer un deuxième changement de Premier ministre dans les mois qui viennent. Je doute même qu’il soit possible, en termes de calendrier, d’avoir un changement de Premier ministre avant 2017. Le quinquennat conduit à ce qu’on ne puisse guère avoir plus de deux Premiers ministres.

En novembre, Manuel Valls va monter au créneau pour la loi de finances 2015 ; en 2016 il y aura la primaire socialiste. Il n’y a pas de place pour catapulter un autre Premier ministre, l’ancrer dans l’opinion et qu’il incarne quelque chose de différent.

Manuel Valls ne peut que, pour son avenir politique, se maintenir et montrer qu’il a participé au mandat de François Hollande : « on a redressé les comptes du pays et dans un deuxième quinquennat, on va faire de la relance économique. »

Mais si les résultats ne sont pas au rendez-vous ?

Oui, ça c’était la théorie, mais il y a des chances que ça ne marche pas ou que cela ne marche pas assez rapidement dans la perspective de 2017. Dans ce cas, si le contexte économique reste dans 18 mois ce qu’il est aujourd’hui, ça sera mal engagé pour la gauche en 2017. Auquel cas il y aura ensuite un devoir d’inventaire, avec sans aucun doute une nouvelle période de turbulences fortes pour le PS.

L’avenir politique de Manuel Valls dépend avant tout de celui de François Hollande. S’il n’est pas en capacité de se présenter en 2017 – si le chômage ne baisse pas en fin de mandat par exemple – il est possible que Manuel Valls se présente à la primaire.

Il se présenterait, mais en portant une part de responsabilité dans le bilan du quinquennat…

Dans le cas où Manuel Valls se présenterait à la primaire, il n’est pas du tout évident que les militants ou les électeurs de la primaire le choisiraient. On peut tout à fait imaginer une pluralité de candidatures si François Hollande ne se présentait pas, même sans doute s’il se présente. Dans le cas où il ne présenterait pas et où Manuel Valls se présenterait, on peut imaginer que d’autres personnalités du PS se présenteraient. Si les électeurs de la primaire avaient à choisir en 2016 entre Arnaud Montebourg, Martine Aubry, Ségolène Royal et Manuel Valls, les trois premiers pourraient faire de bons scores.  Le statut de Premier ministre sortant n’assurerait pas à Manuel Valls une avance automatique, voire même pourrait jouer en sa défaveur. Mais bien sûr nous sommes encore loin de ces échéances et on ne peut dire aujourd’hui quelle sera la configuration de la primaire et dans quel état le couple exécutif abordera cette période. 

L’avenir politique de Valls dépend donc de savoir si Hollande sera candidat ou pas, et dépend de la réussite de leur politique économique commune. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 25/08/2014 - 10:43 - Signaler un abus Montebourg et Valls sont dans un bateau, Valls tombe à l'eau...

    Les deux présidentiables gauchistes sont Montebourg et Valls, mais Montebourg est le chouchou des médias, car plus à gauche que Valls! Voila pourquoi Vallsito a été envoyé en première ligne, au front russe, comme premier ministre, afin d'être éliminé pour 2017...reste Montebourg!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€