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© ERIC FEFERBERG / AFP
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La double régression philosophico-juridique face au terrorisme et aux djihadistes

Publié le 17 août 2018
En relayant les appels à la lutte contre "l'islamophobie" nos dirigeants alimentent la paranoïa violente des terroristes. La culpabilisation est une rente indéfinie pour les pôles islamistes institutionnels prosélytes. Extrait du livre d'Alexandre del Valle, "La stratégie de l'intimidation : du terrorisme jihadiste à l'islamiquement correct".
Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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En relayant les appels à la lutte contre "l'islamophobie" nos dirigeants alimentent la paranoïa violente des terroristes. La culpabilisation est une rente indéfinie pour les pôles islamistes institutionnels prosélytes. Extrait du livre d'Alexandre del Valle, "La stratégie de l'intimidation : du terrorisme jihadiste à l'islamiquement correct".

Double régression philosophico-juridique : la responsabilité et la culpabilité collectives

 
Déjà échaudés par plusieurs années de scandales croissants autour des « caricatures de Mahomet » diffusées depuis 2005 par le journal Jyllands Posten au Danemark et par Charlie Hebdo en France, et croyant ainsi calmer la « colère » des pays musulmans après les affaires du Coran brûlé par un pasteur évangélique et de la diffusion sur internet d’un film « islamophobe »,  le président Barak Obama et sa secrétaire d’État Hillary Clinton présentèrent publiquement les excuses de l’Amérique auprès du monde musulman. Cette contrition islamiquement correcte consacra le franchissement d’une nouvelle étape dans la soumission volontaire au suprémacisme panislamique. Car la base même de la démocratie, de la liberté individuelle et du progrès en matière de justice repose sur le refus de toute forme de responsabilité collective, vision intrinsèquement tribale ou totalitaire. En l’occurrence, les propos, caricatures, ou films « islamophobes » diffusés aux États-Unis ou ailleurs dans des milieux privés et déconnectés des pouvoirs n’impliquaient en rien la « responsabilité » de dirigeants et de peuple américains, pas plus d’ailleurs que l’Espagne d’aujourd’hui ne serait justiciable des torts supposés des acteurs de le Reconquista au XIV ème siècle.  
 
Malgré cette évidence et leur innocence sur ce point, les responsables américains reconnurent le principe régressif de faute collective puis l’idée que la liberté d'expression doit être limitée au-delà des cas d'appels à la violence, c’est-à-dire en matière de critique des religions ou de « blasphème ». En France,  trois années avant les attentats contre Charlie Hebdo, sous le gouvernement de Jean Marc Ayrault (présidence de François Hollande)[15], le gouvernement français socialiste se désolidarisa dans un premier temps du journal satirique et présenta lui aussi des « excuses » pour des idées pourtant exprimées en toute légalité par d’autres.
 
Les grands médias et responsables politiques français et occidentaux renvoyèrent alors dos à dos les caricaturistes pacifiques et les islamistes terroristes, comme si les premiers étaient comparables à des fanatiques qui trouveront toujours un prétexte pour étancher leur soif de sang et atteindre leurs objectifs liberticides. Dans le pays de Voltaire, où le droit au blasphème s’exerce sans limites contre l’Église catholique et les autres religions sans jamais être dénoncé officiellement, le Premier ministre Jean Marc Ayrault et le Quai d’Orsay firent une exception pour l’islam en désavouant ouvertement les caricaturistes. Certes, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015, ils reviendront certes sur cela pour des raisons électoralistes évidentes. Mais ils apporteront entre temps du grain à moudre aux djihadistes en abondant dans le sens de la condamnation des idées « islamophobes ». Les jihadistes redoublèrent d’ailleurs de colère puis récidivèrent en novembre 2015, à Paris (attentats du Bataclan et dans le 11e arrondissement), à Bruxelles, en mars 2016 (aéroport de Zaventem et station de métro de Maelbeek), à Nice (14 juillet 2016), à Barcelone et Cambrils (août 2017), etc, avec toujours le motif de la lutte paranoïaque contre les « ennemis de l'islam » et les « blasphémateurs ».
 
En relayant les appels à la lutte contre « l'islamophobie » - parfois à coups de propagande médiatique d'État, comme on le vit en France à l’initiative du Gouvernement Hollande-Valls, avec le clip de lutte contre l'islamophobie qui mettait en scène une femme voilée frappée par des Occidentaux anti-musulmans - nos dirigeants ne firent qu’alimenter la paranoïa violente des islamistes. Ils oublient de la sorte que leurs professions de foi anti-islamophobes ne seront jamais suffisantes pour les jihadistes et que la culpabilisation est une rente indéfinie pour les pôles islamistes institutionnels prosélytes.
 
Les pays occidentaux allèrent même encore plus loin que certains officiels et médias arabo-musulmans qui refusèrent plus clairement que leurs confrères européens d’analyser les violences obscurantistes comme des “réactions à l’offense”. Pétris de mauvaise conscience d’ex-colonisateurs, les médias, clergés et politiques européens tombèrent dans le double piège tendu par les islamistes : celui des fanatiques qui intimident en tuant ; et celui des interlocuteurs islamiques officiels, qui conditionnent le rejet des violences à la pénalisation de “l’islamophobie”.
 
 
Dans la même quête d’apaisement, le Pape François, probablement dissuadé par les indignations, reproches, insultes et menaces violentes qui avaient été proférées à l’encontre de son prédécesseur Benoist XVI par la quasi-totalité du monde musulman et par les islamistes radicaux, sembla tomber lui aussi dans le piège du discours islamiquement correct et déresponsabilisant. Le 15 janvier 2015, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, il déclara que si s'exprimer librement est un "droit fondamental", ce droit n'autorise pas à « insulter la foi d'autrui ». Aux journalistes qui l’interrogeaient dans son avion, il justifia carrément la violence terroriste en citant cette allégorie : « si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s'attendre à un coup de poing, et c'est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision », comme si le blasphème était un délit et non une marque de liberté d'expression dans un État de droit. Suite à de nouvelles vagues d'attentats qui secouèrent la France et l'Allemagne entre 2012 et 2016, le souverain pontife déclara « je n'aime pas parler de violence islamique, parce qu'en feuilletant les journaux je vois tous les jours des violences, même en Italie : celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère… et ce sont des catholiques baptisés, hein ! Ce sont des catholiques violents. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique ». Après cette étrange comparaison entre le terrorisme jihadiste et des faits divers qui adviennent hélas chaque jour dans tous les pays du monde et qui n’ont rien à voir avec une cause fanatique religieuse, le Pape ajouta : « je ne sais pas si je peux le dire car c'est un peu dangereux, mais le terrorisme grandit lorsqu'il n'y a pas d'autre option. Et au centre de l'économie mondiale, il y a le Dieu argent (…), voilà le premier terrorisme (…). Ceci est un terrorisme de base, contre toute l'humanité. Nous devons y réfléchir »."
 

« Dialogue des civilisations » et islamiquement correct aux Nations Unies

 
En « réponse » aux théories du professeur américain Samuel Huntington, auteur d’un best-seller mondial, Le choc des civilisations, et face aux « graves risques d’amalgame » liés aux réactions des opinions publiques occidentales lors des attentats terroristes, les Etats et pôles islamiques, eurent l’idée de lancer l’initiative diplomatique intergouvernementale du « Dialogue des Civilisations ». Le but de ce processus onusien était de faire baisser la garde de la Vieille Europe complexée dans le cadre d’une double stratégie de promotion de la spécificité de l’islam et de son expansion en Occident, présentée comme une manifestions inévitable du « respect de la liberté religieuse » (pourtant bafouée dans les pays musulmans donneurs de leçons). Le fil rouge était le rejet des théories « dangereuses » des partis populistes européens et plus généralement de « l’islamophobie » des Occidentaux qui serait l’essence même de la théorie « intolérante » d’Huntington. Ce fut le président iranien Mohamed Khatami, qui, lorsqu’il présidait l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) en 1997, proposa en premier aux Nations Unies l’idée d’une « Année du dialogue entre les civilisations », soutenue plus tard par Recep Taiyyp Erdogan et Luis Rodriguez José Zapatero. Les Nations Unies acceptèrent de promouvoir cette idée, faisant de l’année 2001 « l’année du dialogue des civilisations », en guise de réponse aux attentats du 11 septembre à Manhattan. Conformément au paradigme évoqué plus haut, l’idée était de présenter les musulmans comme les « vraies » victimes collatérales des attentats attribués « à tort » à des musulmans, et que la violence jihadiste n’aurait « rien à voir avec l’islam ».
 
A la suite de cette proposition, l’Assemblée générale de l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO, « l’UNESCO islamique »), joua un rôle important pour promouvoir cette idée sur la scène internationale. L’Alliance des civilisations entra le 21 septembre 2004 par la grande porte de l'Assemblée générale des Nations Unies, via José Luis Zapatero, qui en partagea la paternité avec MM. Recep Taiyyp Erdogan et Mohammad Khatami. Le 14 juillet 2005, le Secrétaire Général de l'ONU, M. Kofi Annan, reprit l'idée. Un « Comité de Haut niveau » fut ainsi créé, coprésidé par Federico Mayor, ancien Directeur Général de l'UNESCO et Mehmet Aydin, Ministre d'État turc (professeur de théologie sunnite lié à l’OCI et membre du parti islamiste - AKP - d’Erdogan).
 
Au centre des préoccupations des pays parrainant le Dialogue figurait l’idée – évoquée plus haut - selon laquelle l’adhésion à l'Union européenne d'une Turquie musulmane « permettrait » une « cohabitation pacifique entre l'Islam et l'Occident ». Le rapport proposait des « remèdes » marqués par un anti occidentalisme latent, attribuant le « choc des civilisations » non pas au fanatisme islamique - jamais évoqué - mais au colonialisme européen », puis à « l'agressivité américaine ». S'il condamnait « l'interprétation distordue du Coran » par les terroristes, le rapport des « Sages » se gardait de critiquer la charià et la prééminence du Coran sur le droit séculier, ce qui, dans la plupart des pays islamiques, est pourtant à l’origine de la persécution et de l’infériorité juridique des femmes, des minorités non-musulmanes et des musulmans non-croyants. En vertu d’un des fondements logiques de la pensée politiquement correcte, les sources de racisme, de conflit, d’injustice, de discrimination et d’intolérance ne pouvaient en effet venir que du bourreau occidental. Se piquant d’affaires culturelles et éducatives, à l’instar de maints programmes européens et onusiens liés à l’antiracisme et aux « dialogues interculturels », le rapport sur l'Alliance des civilisations invitait à « la présentation objective de la diversité plutôt que « l'usage irresponsable de la liberté de presse », ceci en pleine crise des caricatures de Mahomet, ce qui s’apparentait à un appel à l'autocensure.
 
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