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Du terrorisme djihadiste au terrorisme intellectuel : des "coupeurs de têtes" aux "coupeurs de langues"

Publié le 19 janvier 2018
Pour faire suite au feuilleton dédié à la psychologie du terrorisme, Alexandre del Valle revient ici sur les liens souvent ignorés qui unissent stratégiquement le terrorisme violent des jihadistes ("coupeurs de têtes") et le terrorisme intellectuel des islamistes "institutionnels" et de leurs complices islamiquement corrects ("coupeurs de langues") islamo-gauchistes.
Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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Pour faire suite au feuilleton dédié à la psychologie du terrorisme, Alexandre del Valle revient ici sur les liens souvent ignorés qui unissent stratégiquement le terrorisme violent des jihadistes ("coupeurs de têtes") et le terrorisme intellectuel des islamistes "institutionnels" et de leurs complices islamiquement corrects ("coupeurs de langues") islamo-gauchistes.

Après 17 années de campagnes terroristes quasi interrompues depuis 2001 et qui ont entraîné la mort de centaines de milliers de personnes dans le monde musulman et des milliers dans les pays occidentaux, la précédente observation n’a cessé d’être confirmée. Ainsi, en niant systématiquement tout lien entre terrorisme et islam, en diabolisant ceux qui interpellent les sources coraniques et chariatiques « légales » de la violence islamiste, en refusant de soumettre l’islam à un examen critique pourtant encouragé pour la religion chrétienne, les forces de « l’islamiquement correct », qui allient les idéologues politiquement corrects, les lobbies islamistes « institutionnels » et leurs alliés multiculturalistes « islamiquement corrects », ont contribué à poursuivre par des moyens légaux ou psychologiques le travail d’intimidation/soumission enclenché par les terroristes islamistes. A l’aune de cette observation, on a pu constater, depuis les années 1990, que plus l’islamisme terroriste a fait couler de sang, plus les pôles de l’islamisme institutionnel (pays du Golfe, Pakistan, Frères musulmans, Ligue islamique mondiale, Organisation de la Coopération islamique – OCI, etc), qui représenteraient le « vrai islam », modéré », et dénoncent « la supposée » « islamophobie » occidentale, vantent les mérites intrinsèques de l’islam et pleurent le triste sort de leurs fidèles « salis » par l’association entre islam et terrorisme, ceci alors même que les musulmans jouissent en terre chrétienne de tous les droits dont sont privés les non-musulmans en terre d’islam…

Les pôles « officiels » de l’islamisme planétaire, reconnus comme interlocuteurs légitimes par les Etats occidentaux et les Nations Unies, prônent en effet, comme les djihadistes - dont ils se distinguent par les moyens mais pas par les fins - l’application de la Charià et, à terme, la restauration d’un Califat plus ou moins formel, à travers le sacro-saint principe de « l’unité des musulmans » (al Oumma al-islamiyya). Le rétablissement de la Oumma réunifiée par l’ordre califal universel demeure en effet l’objectif affiché des Frères musulmans, de l’Organisation de la Coopération islamique et d’autres grandes institutions panislamiques mondiales (Ligue islamique mondiale, ISESCO, etc, voir infra).  Ces pôles de l’islamisme mondial, soutenus par les Etats islamiques sunnites qui en sont membres-actifs (Turquie, Arabie saoudite, Qatar, Pakistan, Soudan, etc) poursuivent en fin de compte la même fin néo-impériale, théocratique et suprématiste, que les djihadistes adeptes du Califat de Daesh. La stratégie n’est pas très éloignée. Seuls les moyens et les tactiques diffèrent radicalement, tout en étant extrêmement complémentaires, puisque le terrorisme violent des premiers est complété par le terrorisme intellectuel des seconds.

Ces lobbies de l’islamisation « soft » qui dénoncent verbalement la violence djihadiste, qui n’aurait « rien à voir avec l’islam », pratiquent de leur côté une politique d’ingérence politique permanente dans les affaires de tous les pays du monde où vivent des musulmans, sous couvert de la « défense de l’islam » et des musulmans « persécutés ». Cet interventionnisme protecteur, en réalité néo-impérial et irrédentiste, qui se nourrit d’une « islamophobie » souvent imaginaire, est le fait des grands pôles de l’islamisation planétaire précités, qui, bien que divisés, ambitionnent, sous prétexte de « défendre de la religion », de contrôler la Oumma partout dans le monde, et surtout en Europe et en Occident. Ces pays post-chrétiens, que les islamistes feignent de dépeindre en « croisés » alors qu’ils savent que la religion chrétienne y est reniée et malmenée depuis des décennies de repentance, sont perçus comme des nations que l’ouverture à sens unique et la faculté à culpabiliser a rendus vulnérables et perméables à l’islamisation conquérante, dans ses versions soft (prosélytisme) et hard (recrutement de terroristes).

La stratégie de ces pôles de l’islamisme mondial conquérant, consiste à distiller au sein des communautés musulmanes d’Occident, un sentiment de persécution et de paranoïa collective, puis les pousser à ne surtout pas s’intégrer aux mœurs locales « impies », au nom d’un « droit à la différence » et d’un anti-racisme dévoyés. D’évidence, l’objectif des suprémacistes islamistes est de pérenniser l’« extériorité » des musulmans et les pousser ainsi à vivre de façon séparée (des mécréants) dans une sorte de « ghetto volontaire », puis de se ranger symboliquement sous la bannière sans frontière de la Charià.

Cet objectif panislamiste de nature sécessionniste, sous couvert de victimisme, déplait bien sûr en premier lieu aux Etats musulmans nationalistes (Emirats arabes unis, Egypte, Jordanie, Algérie Syrie des Assad, Kazakhstan, etc), qui craignent l’internationalisme islamique au nom de la défense de la souveraineté nationale. Nous pensons qu’il est pour cette même raison même voué à l’échec, à terme, en terre d’islam. Toutefois, en dépit des rivalités qui opposent les Etats et pôles islamistes entre eux dans la lutte pour le leadership musulman mondial, ces derniers ont réussi à rendre une partie des communautés musulmanes d’Occident hostiles à leurs pays de naissance ou d’accueil, perçus comme « mécréants », « pervers », et bien sûr « hostiles aux musulmans et à l’islam ». La force mobilisatrice des pôles violents et non-violents du totalitarisme islamiste consiste à miser sur leur « paranoïsation » et le fait de les appeler à refuser de s’intégrer aux mœurs et ordres « infidèles ». Ce pouvoir de nuisance considérable des pôles de l’islamisme qui développent au niveau mondial un impérialisme politico-religieux suprémaciste sous couvert de défense de la liberté religieuse, pose un problème géopolitique majeur à toutes les sociétés multicuturelles qui abritent des minorités musulmanes en lien avec les organisations et Etats qui les instrumentalisent. Et ces foyers potentiels de communautarisme sécessionniste sont autant de terrains d’expansion et de théâtres d’opérations sur lesquels prospèrent également les djihadistes qui eux aussi, prétendent « défendre » les communautés musulmanes « humiliées » et « persécutées » dans le monde, et misent sur la stratégie partitionniste de la « paranoïsation ».

Etonnement, l’objectif de guerre premier des terroristes, qui consiste à faire parler de l’islam et à intimider les non-musulmans dans une logique de soumission-conversion, est poursuivi par ceux qui tentent de criminaliser, intimider et faire taire tous ceux qui critiquent l’islam, « blasphèment », ou dénoncent l’islamisme conquérant qui retourne la tolérance des démocraties contre elles-mêmes.  

D’évidence, la médiatisation continuelle de la terreur recherchée par les djihadistes n’a pas déclenché dans nos sociétés culpabilisées une mise à l’index des préceptes sacrés et légaux qui justifient l’intolérance et la violence islamistes. Elle n’a pas culpabilisé les lobbies islamiques communautaristes qui ont au contraire hurlé à la recrudescence de l’islamophobie sous le seul prétexte que les médias osaient parfois associer islam, islamisme et violence. La multiplication des actes terroristes commis au nom de l’islam n’a pas déclenché en Occident une attitude de discrétion et de remise en question des activistes islamistes et des fidèles réislamisés par les associations musulmanes officielles en charge de la représentation des musulmans qui n’ont de cesse de convaincre leurs ouailles qu’elles sont les « vraies » victimes des actes terroristes qui n’ont « rien à voir » avec l’islam et qui font en fait le jeu des « ennemis de l’islam » désireux de « salir l’islam et les musulmans ».

Depuis le 11 septembre 2001, l’islam et à la civilisation islamique en général n’ont cessé de bénéficier d’un traitement de faveur par rapport aux autres religions (qui font objectivement bien moins peur), et il est toujours dépeint de façon plus a-critique et positive, au nom du « rien à voir avec l’islam » et de la lutte contre « l’islamophobie » des Occidentaux choqués par les attentats islamistes ou par les persécutions de chrétiens en terre d’islam, et qui seraient les « vrais » responsables de la « radicalisation des musulmans » victimes permanentes et post-coloniales de l’hostilité des Occidentaux impérialistes.

Loin d’être remise en cause par les violences islamo-terroristes dont sont victimes chaque jour les « mécréants » et les « apostats », la nouvelle doxa islamiquement correcte portée par les pôles de l’islamisme institutionnel et leurs alliés multiculturalistes, s’impose toujours plus au prétexte de juguler un danger présenté comme plus grave encore que la terreur jihadiste : le « risque de ternir l’image de l’islam et des musulmans », lesquels seraient traités « comme les juifs » hier et qui seraient les cibles de la pire forme de racisme moderne : l’islamophobie. 

Notre conviction, fruit d’années de recherches sur l’islamisme et les idéologies radicales et totalitaires, est que la police de la pensée « islamiquement correcte » qui interdit de nommer la menace islamiste et de demander des comptes aux leaders et pôles de l’islam mondial officiel, empêche à la fois de gagner la guerre contre le terrorisme, qui n’est que l’iceberg du totalitarisme vert, et surtout de juguler l’islamisme « institutionnel ». Ce dernier, plus subversif, a pignon sur rue dans nos sociétés ouvertes, mais il représente la partie immergée de l’Iceberg islamo-totalitaire, c’est-à-dire une réalité bien plus vaste, et ses objectifs sont les mêmes que ceux des djihadistes : intimider et terrifier les « apostats » ; séparer les musulmans des non-musulmans ; sidérer psychologiquement les mécréants par la violence symbolique, la culpabilisation, les procès ou la violence, afin d’obliger les non-musulmans à ne parler qu’en bien de l’islam, dans le but final de soumettre le monde entier au suprémacisme islamique et donc de convertir.

En tant que totalitarisme conquérant, rompu, comme tous les totalitarismes aux techniques de ruses de guerre, de mensonge et de propagande subversive, l’islamisme radical sait bien profiter des contradictions internes et des complexes des sociétés post-coloniales occidentales, à la fois ouvertes à tous les vents, culpabilisées, et adeptes d’une forme de tolérance à sens unique. Cette nature subversive du totalitarisme vert, dont les pôles ont réussi depuis des décennies à investir nombre de structures de représentation de l’islam dans nos sociétés, explique et a permis l’alliance apparemment contre-nature avec des forces de gauche ou politiquement correctes occidentales qui lui servent de bouclier et de caution dans sa stratégie de faire baisser les gardes des sociétés d’accueil inhibées par leur repentance. Cette alliance des lobbies multiculturalistes-communautaristes et des lobbies anti-racistes progressistes a été très utile pour faire taire, disqualifier et dissuader la critique de l’islam et donc pour empêcher la remise en cause des sources légales et canoniques de la violence et de l’intolérance islamiques, critique elle-même assimilée à une forme de racisme « islamophobe ».

L’alliance entre coupeurs de langue rouges, verts et politiquement corrects, qui ont de facto rétabli une forme nouvelle de censure religieuse sous couvert d’antiracisme dévoyé, est grave de conséquences, car elle empêche, sous couvert de « refuser l’amalgame » entre islam et violence, de combattre les sources doctrinales du terrorisme islamiste. Or en tant que réalité totalitaire éminemment idéologique et non seulement religieuse, l’islamisme ne pourra pas être vaincu s’il est combattu uniquement de façon militaire et sécuritaire et si on écarte par principe le fait qu’il ait aussi des bases théologiques légales qu’il conviendrait de rendre caduques et de réformer. D’évidence, tant que les islamistes terroristes pourront invoquer les dogmes « canoniques » de l’islam officiel (Charià, Hadith, Sira) qui justifient la violence, l’intolérance et le suprémacisme islamiques, et tant que l’on refusera l’idée même que les jihadistes puissent se référer à des textes hélas en vigueur qui légitiment clairement la haine envers les non-musulmans et les « apostats », le travail vital qui consiste à contrer la propagande idéologique et la guerre psychologique des mouvances jihadistes qui recrutent des loups soi-disant solitaires dans des mosquées, des réunions et des réseaux virtuels ne pourra simplement pas être mené.

L’islamiquement correct, fondé sur la valorisation excessive de la civilisation islamique et de l’islam, miroir inversé de la haine envers l’Occident judéo-chrétien, fait à la fois le jeu des islamistes jihadistes - qui justifient leurs meurtres barbares par la dénonciations des «ennemis de l’islam » - mais aussi des grands pôles officiel de l’islamisme mondial (OCI, Ligue islamique mondiale, Frères musulmans, Etats islamiques du Golfe, Turquie d’Erdogan, Pakistan, etc), pour qui chaque nouvel attentat islamiste commis en Occident est une occasion d’exiger d’eux des professions de foi islamophiles « réparatrices ». L’argument officiel consiste à fustiger le fait qu’en faisant un lien entre le terrorisme et l’islamisme, les occidentaux « stigmatisent les musulmans et l’islam ». En réalité, ils savent très bien que les vrais responsables de ladite islamophobie sont avant tout ceux qui tuent au nom de textes sacrés musulmans que ces mêmes pôles refusent pertinemment de dénoncer ou réformer….

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Deudeuche
- 20/01/2018 - 14:20
@Atlante13
Il n’y a pas que la gauche, le Centre LREM et autres divers compatible est de la même engeance.
Atlante13
- 20/01/2018 - 11:13
Merci la gauche
le socialisme, allié objectif des radicaux djihadistes.