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Obsédé par la puissance de son pays... ou par la sienne ? Ce que veut vraiment Poutine

Publié le 08 juillet 2016
Pointé du doigt aujourd'hui par de nombreux dirigeants européens, Vladimir Poutine n'a pourtant pas toujours tenu des positions opposées à celles des Occidentaux. Entre eurasisme, promotion de l'héritage russe historique et attachement à la foi orthodoxe, la vision géopolitique du Président russe est complexe à décrypter.
Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est...
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est...
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Pointé du doigt aujourd'hui par de nombreux dirigeants européens, Vladimir Poutine n'a pourtant pas toujours tenu des positions opposées à celles des Occidentaux. Entre eurasisme, promotion de l'héritage russe historique et attachement à la foi orthodoxe, la vision géopolitique du Président russe est complexe à décrypter.

La vision géopolitique de Vladimir Poutine

30 ans après la chute du Mur de Berlin, les pays occidentaux semblent avoir le plus grand mal à comprendre la nature de la Russie post-soviétique, hélas encore largement perçue par les pays de l'Otan et l'Occident dans son ensemble comme une menace. Après avoir moqué le pourtant très pro-occidental et anti-communiste Boris Eltsine durant les années 1990, caricaturé comme un alcoolique imprévisible, c'est Vladimir Poutine, pourtant au départ très bien disposé vis-à-vis de l'Occident, qui est systématiquement dépeint par nos médias, intellectuels et politiques comme un homme foncièrement dangereux, voire un ennemi. Cette "représentation de Guerre froide", désuète, empêche selon nous nos dirigeants et élites de comprendre la vraie nature du régime russe et les objectifs de son leader incontesté depuis 1999, Vladimir Poutine. Par ailleurs, quand bien même il serait vrai que Vladimir Poutine serait bien plus hostile à l'Occident et à ce qu'il représente depuis le milieu de la décennie 2005, il est intéressant de retrouver les causes de cette orientation qui se situent en grande partie dans le fait que les pays occidentaux ont tout fait pour nuire aux intérêts de la Russie et de ses alliés dans le Caucase, en Asie centrale et au Moyen-Orient depuis les années 1990.

De l'occidentalisme de "Poutine 1" à l'eurasisme de "Poutine 2"

Historiquement, la Russie a été toujours été partagée entre deux différents centres géographiques du pouvoir politique et intellectuel : Moscou et Saint-Pétersbourg. A partir du XIXe siècle, deux écoles de pensée antagonistes ont ainsi émergé dans la géopolitique russe : celle des occidentalistes, concentrés à Saint-Pétersbourg, et celle des slavophiles, basée à Moscou. Ce tiraillement du pays entre deux centres névralgiques du pouvoir est reflété également par le transfert de la capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg, en 1712, lorsque les élites russes s’orientèrent de plus en plus vers l’Occident, puis dans le sens inverse, de Saint-Pétersbourg à Moscou, en 1917, à la suite de la révolution bolchevique. L’occidentalisme a ré-émergé en Russie avec la fin de l’URSS et a été associé aux forces politiques prônant la libéralisation de la société selon le modèle occidental. Pour les occidentalistes, la place de la Russie est clairement en Europe, la culture russe appartenant pleinement à la civilisation judéo-chrétienne. C'est d'ailleurs la vision initiale de Vladimir Poutine lui-même, avant la déception russe du milieu des années 2000 après la guerre en Irak et les révolutions de couleurs anti-russes. Dans l’un de ses premiers discours en décembre 1999, Poutine a ainsi défini les intérêts nationaux russes à travers la modernisation de l’économie, la stabilité politique et le renforcement de la sécurité. Toutefois, face à ce qu'il a perçu comme une hostilité persistante des pays occidentaux et de l'Otan, Poutine a progressivement remplacé les "libéraux" occidentalistes par les représentants de la force publique (anciens militaires ou agents des services spéciaux) ayant une approche plus "patriotique", puis remplacé les oligarques ou conseillers pro-américains (Bérézovski, Khodorskovsky, Boris Nemstov, Anatoli Tchoubais, etc) par des oligarques nationalistes et orthodoxes (Deri Paska, proche du Patriarcat, Serguei Pougatchef ex-banquier du Kremlin, en disgrâce depuis peu - Constantin Malofeev, nouvel oligarque ultra-conservateur, tsariste et financier de l'Eglise orthodoxe).

Le retour de la tentation "eurasiste" ou "euroasiatisme"

Le déclin de l’occidentalisme a par ailleurs ouvert la voie à au "néo-eurasisme", courant anti-occidental, slavophile et orthodoxe qui emprunte beaucoup au paradigme de l’opposition terre/mer qui a caractérisé la Guerre froide (Heartland contre Rimland) et qui a toujours opposé la Russie à l’Occident. Le virage de Vladimir Poutine vers l’eurasisme s’est traduit concrètement par une intensification de l'alliance stratégique avec la Chine, virage géopolitique vers l’Est qui s’est accentué après 2000 par l’approfondissement de la coopération avec la Chine dans le cadre de l’Organisation de Coopération de Shanghai.

Pendant son deuxième mandat (2004 - 2008), Vladimir Poutine a développé son projet d’intégration économique postsoviétique d’Union Douanière qui réunit initialement aux côtés de la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. Lorsqu’il a été réélu en 2012, il a décidé de passer "à l’étape suivante, plus profonde, d’intégration : l’Union eurasiatique". Il s’agit alors pour lui de créer une intégration forte reposant sur de nouvelles valeurs et de nouvelles bases politiques et économiques. Sur le plan géopolitique, un courant sinophile a émergé, qui prône notamment de préserver la souveraineté et l’indépendance de la Russie en tissant des liens économiques et politiques plus étroits avec la Chine plutôt qu’avec l’Occident. Cette vision est certes contre-nature (car la Chine est un ennemi récurrent de la Russie sur le temps long), mais elle a été hélas renforcée par la volonté occidentale d'isoler et repousser la Russie puis de lui faire perdre sa profondeur stratégique (Irak, ex-Yougoslavie-Serbie-Kosovo, Ukraine, Géorgie, Syrie, etc). C’est d’ailleurs du rapprochement russo-chinois qu’est née l’Organisation de Coopération de Shanghai, fondée en 2001. Aux côtés de deux poids lourds, la Chine et la Russie, l’OCS réunit quatre Etats d’Asie Centrale : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et du Kirghizistan. L’OCS s’oppose à l’hégémonie américaine qui s’est manifestée ces dernières années par l’usage démesuré de la force militaire et l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains sous prétexte de défense des droits de l’homme, de lutte contre le terrorisme ou contre la prolifération des armes de destruction massive. Par le développement de l’OCS, la Chine et la Russie entendent montrer qu’ils ne tolèreront plus aucune autre intrusion des Occidentaux dans les régions stratégiquement sensibles de l'Asie occidentale et centrale. En plus de l’OCS, la Russie de Poutine se fixe pour objectif la reprise en main de la CEI, la Communauté des Etats indépendants, zone qui inclut notamment son "étranger proche", dont la défense face à la pénétration des forces de l'Otan est devenue la véritable priorité de sa politique extérieure.

En renforçant sa présence dans les pays limitrophes, Vladimir Poutine vise à "neutraliser" la stratégie de reflux de la puissance russe, structurellement poursuivie par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide au moyen des "révolutions de velours", à travers le contrôle des circuits énergétiques et de l’implantation de bases militaires. Dans cette rivalité quasi-continentale, la Guerre froide semble remplacée par une "guerre tiède", laquelle résulte de la réactivation des tensions américano-russes. Enfin, le virage asiatique de la Russie s’explique également par le refus de l’UE - prisonnière de son atlantisme - de développer une coopération politique solide et indépendante avec Moscou. Aux yeux de Poutine, la seule voie réaliste pour l’Europe serait de constituer un pôle entre l’Amérique du nord et l’Asie orientale qui résiderait dans la capacité à structurer un ensemble eurasiatique cohérent. Mais nous en sommes plus loin que jamais…

La dimension orthodoxe

Pour Vladimir Poutine, la Russie ne peut redevenir une puissance qui compte et parler d'égal à égal avec les Etats-Unis ou la Chine que si elle réaffirme sa souveraineté, si l'Etat fort reprend le contrôle de la politique énergétique et si Moscou participe activement à la politique internationale, quitte à intervenir pour la première fois hors de sa "zone gardée" comme elle le fait depuis des mois en Syrie. Poutine est également convaincu que la Russie ne pourra pas survivre sans retrouver du sens, un projet civilisationnel et une âme spirituelle, d'où sa volonté de remplacer l'idéologie communiste par l'identité chrétienne-orthodoxe slave. L’orthodoxie est donc revenue en force dans la vie politique et l'action géopolitique russes. Le Patriarche orthodoxe russe Cyrille, tout comme le célèbre moine-prêtre-écrivain Tykhon, confesseur de Poutine et de quelques grands oligarques, prennent ainsi des positions politiques et géopolitiques très tranchées dans ce sens et dénoncent le fait que l'Occident renonce à son identité chrétienne et s'islamise tout en étant soumise à la domination étatsunienne. Le rôle accru de l’Eglise orthodoxe dans la politique russe ne s’explique pas seulement par son instrumentalisation par le Kremlin dans le but de prendre ses distances avec l’Occident. On doit garder à l'esprit que l’orthodoxie est la foi personnelle de Vladimir Poutine, qui, à la différence de la plupart des hommes politiques russes, y compris son prédécesseur Boris Eltsine, ne se résume pas exclusivement à une identification ethnoculturelle, mais constitue un socle idéologico-religieux fondateur. Poutine s’est rendu à de nombreuses reprises dans des monastères et il a rencontré des personnalités influentes de l’Eglise orthodoxe dans un cadre strictement privé. Le lien du Président russe avec la foi orthodoxe s’est révélé par son implication personnelle dans le processus de réunification entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise de l’étranger. L’orthodoxie est également présentée comme un rempart destiné à protéger la Russie face aux attaques extérieures, notamment l'islamisation et l'occidentalisation.

Le rôle de l'Eglise orthodoxe russe et de Moscou comme "Troisième Rome" apparaît tant dans la gestion médiatique de l'intervention russe en Syrie - présentée entre autre comme permettant de "sauver les chrétiens d'Orient" menacés par les islamistes jihadistes - que dans la volonté récente de Moscou de concurrencer le patriarcat grec-orthodoxe d'Istanbul, en fédérant les églises de plusieurs pays orthodoxes. Parallèlement, Poutine accorde une importance fondamentale à sa diplomatie panorthodoxe, notamment en visitant (récemment) et de façon fort médiatisée, le Mont Atos (Grèce). Un très bon exemple de cette superposition de la géopolitique et de l’orthodoxie comme fondements du nouveau nationalisme russe a été offert par le documentaire télévisé intitulé Les leçons de Byzance et dirigé par le "confesseur personnel" de Vladimir Poutine, l'Archimandrite Tikhon mentionné précédemment, qui est d'ailleurs devenu un écrivain à succès et qui jouit d'un pouvoir d'influence énorme. Le documentaire présente l’histoire de l’Empire byzantin, qui atteint son apogée grâce à un Etat centralisé et à un empereur uni à son Eglise. Cependant, Byzance est tombée sous l’effet combiné des invasions "barbares" venues d’Europe de l’Ouest pour piller ses richesses, des oligarques corrompus et des Vénitiens hypocrites. Ce documentaire permit de justifier la "verticale du pouvoir" de Vladimir Poutine, sa remise au pas des oligarques et sa politique étrangère très méfiante envers l’Occident.

Dans ses nombreuses interventions publiques, Poutine a souvent affirmé qu’il considérait "l'Eglise orthodoxe comme un 'partenaire naturel' du pouvoir politique". En 2013, alors qu’il était filmé aux côtés du Patriarche Cyrille, le Président russe décrypta le rôle de l’orthodoxie dans la renaissance du peuple russe : "Dans les moments les plus critiques de notre histoire, notre peuple est retourné à ses racines, à la religion chrétienne et aux valeurs spirituelles". Pour Poutine, l'Eglise a rempli le "vide moral" créé par l'absence de repères après la chute de l'Union soviétique en 1991 en contribuant à une renaissance du peuple russe. Aujourd'hui, lorsqu'il fait allusion à l'Union européenne, en proie à une immigration extra-européenne incontrôlée, au politiquement correct et à ce qu'il estime être une "tyrannie des minorités" (sexuelles, ethno-religieuses, islamistes, etc), Vladimir Poutine présente la chrétienté orthodoxe comme l'unique façon de défendre la civilisation européenne, d'où son souci d'appuyer les forces conservatrices et souverainistes ou mêmes radicales-populistes en Europe. Selon lui, la Russie serait existentiellement menacée par les idéologies mondialistes-libérales occidentales qui ont rendu les pays de l'Union européenne vulnérables à l'islamisation après avoir été déchristianisés, d'où la comparaison - par de nombreux intellectuels russes - de l'idéologie "occidentaliste" politiquement correcte avec le totalitarisme communiste qui culpabilisait lui aussi les identités et persécutait la religion chrétienne.

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Deudeuche
- 10/07/2016 - 08:04
Le rearmement
Moral et militaire. Ce qui caractérise le projet de Poutine.
zouk
- 08/07/2016 - 18:17
Poutine ou la Russie?
Dans les 2 cas, nous ferions bien de prêter un peu plus d'attention au patriotisme des masses russes et à leur réarmement colossal. Poutine est visiblement suivi par les Russes.
Innocent
- 08/07/2016 - 17:50
Malédiction
M. POUTINE subit la malédiction de tous les médias et zélites, aux ordres, qui s'abat sur quiconque conteste la suprématie du dollar. Il finira mal, comme tous ceux qui se sont engagés dans cette voie avant lui.