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France-Allemagne : comment les opinions ont évolué des deux côtés du Rhin sur la situation économique et la relation entre les deux pays

Publié le 31 décembre 2014
L’institut de sondages Ifop a réalisé, à la demande de la Fondation Jean-Jaurès et de la Friedrich Ebert Stiftung-Paris, une enquête sur le jugement que portent les Français sur l'Allemagne, et inversement. Les sentiments des deux côtés du Rhin apparaissent très différents, et témoignent d'un déséquilibre croissant dans le couple franco-allemand.
Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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L’institut de sondages Ifop a réalisé, à la demande de la Fondation Jean-Jaurès et de la Friedrich Ebert Stiftung-Paris, une enquête sur le jugement que portent les Français sur l'Allemagne, et inversement. Les sentiments des deux côtés du Rhin apparaissent très différents, et témoignent d'un déséquilibre croissant dans le couple franco-allemand.

Cette note a également été publiée sur le site de la Fondation Jean Jaurès.

Un an après le cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée et alors que les gouvernements français et allemands travaillent autour de différentes initiatives visant à relancer le couple franco-allemand, l’Ifop a réalisé, à la demande de la Fondation Jean-Jaurès et de la Friedrich Ebert Stiftung-Paris, une enquête auprès de deux échantillons de personnes en France et en Allemagne. Les résultats de cette étude font apparaître un ressenti sur la situation économique très différent dans les deux pays et un déséquilibre croissant dans le couple franco-allemand. Pour autant, une large majorité des Français et des Allemands seraient favorables à des initiatives communes notamment sur le plan économique.

Des performances économiques qui influent fortement sur les perceptions : des Allemands optimistes et des Français au moral plombé

Huit Français sur dix ressentent pour eux ou pour leurs proches les effets de la crise, dont 32 % beaucoup, contre seulement un tiers des Allemands (dont uniquement 9 % beaucoup1). Ce décalage est en soi spectaculaire mais il s’accompagne de surcroît d’une évolution totalement opposée entre les deux pays. Hormis le pic atteint en janvier 2012, jamais en France on n’avait autant ressenti la crise depuis 2009. Le scénario qui se dessine est celui d’une crise qui s’installe durablement et qui s’enracine dans la société française en touchant de plus en plus de gens. À l’inverse, en Allemagne, jamais aussi peu de personnes ne s’étaient déclarées concernées par la crise.

Dans ce contexte, de plus en plus d’Allemands envisagent la sortie de crise alors que leurs voisins sont beaucoup plus nombreux (ce chiffre atteignant même quasiment un record historique en France) à juger que leur pays est encore en pleine crise.

Si la situation économique inquiète, la question de la dette et du déficit public continue elle aussi de générer une certaine anxiété. Mais alors que, jusqu’à présent, le niveau de préoccupation était assez similaire de part et d’autre du Rhin, un décrochage est survenu lors de cette vague d’enquête : 92 % des Français se disent inquiets contre « seulement » 72 % des Allemands. L’écart est également très marqué sur les réponses « très inquiets » : 47 % en France contre 22 % en Allemagne. En France, jamais l’inquiétude n’avait été aussi intense depuis le début de la crise de l‘euro (février 2009), mais cette intensité, mesurée à l’aune des réponses « très inquiets », varie grandement selon la sensibilité partisane, l’électorat de droite étant beaucoup plus préoccupé que l’électorat de gauche.

Si l’électorat de gauche est donc sensibilisé à cette question, on constate au travers de ces résultats que la lutte contre le déficit public, priorité affichée du gouvernement, n’apparaît sans doute pas comme aussi prioritaire aux yeux des sympathisants de gauche.

Le rapport à l’Europe

Sans doute sous l’effet conjugué du très faible niveau d’inflation existant actuellement dans la zone euro et des débats autour des programmes d’investissement pour stimuler la relance en Europe, le rôle assigné à la Banque centrale européenne a significativement évolué de part et d’autre du Rhin. Dans les deux pays, l’idée selon laquelle cette institution devrait avoir pour principale mission de favoriser la croissance progresse sensiblement par rapport à une précédente mesure datant de novembre 2011 (+17 points en France et +16 points en Allemagne).

Néanmoins, en dépit de cette importante progression parallèle, les points de vue majoritaires demeurent très différents dans les deux pays. Deux tiers des Français (65 %) adhèrent ainsi à la ligne de leur gouvernement en faveur d’un rôle plus actif de la Banque centrale européenne en matière de croissance quand, dans les mêmes proportions (61 %), les Allemands partagent quant à eux la vision d’Angela Merkel d’une Banque centrale européenne devant avant tout être tournée vers la lutte contre la hausse des prix.

Sur un sujet comme celui-ci, le poids des cultures nationales structurées par les histoires propres à chaque pays est déterminant car, même au sein d’une même famille politique, les différences de perceptions sont très marquées entre Français et Allemands.

Dans ce cadre, on comprend que les espoirs que les dirigeants socialistes français avaient placés dans la constitution d’une grande coalition, qui devait donner davantage de poids du SPD et permettre une évolution vers les positions françaises, ne se soient pas vraiment concrétisés pour l’heure.

Si les divergences de points de vue demeurent vivaces concernant le rôle de la Banque centrale européenne, un consensus se fait jour sur le bien-fondé de l’appartenance à l’Union européenne. Près de six mois après les élections européennes marquées par une poussée du courant eurosceptique, six Français et Allemands sur dix (respectivement 57 % et 62 %) estiment que le statut de membre de l’Union européenne est plutôt une bonne chose pour leur pays respectif. Il est intéressant de constater que le rapport à l’Europe est structuré politiquement de la même façon dans les deux pays et que les résultats sont très proches au sein de chacune des familles politiques.

On constate juste que les sympathisants écologistes allemands ont une fibre européenne plus développée que leurs homologues français et que, à l’inverse, les soutiens de l’Alternative für Deutschland (AfD), que l’on ne peut pas mettre tout à fait sur le même plan que les proches du Front national, sont encore plus eurosceptiques que ces derniers.

Un couple franco-allemand de plus en plus déséquilibré

Un très large consensus règne dans les deux pays autour de l’idée que les relations franco-allemandes sont nécessaires pour l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro – 89 % en France et 84 % en Allemagne – et ce niveau demeure stable par rapport aux enquêtes précédentes.

Si l’aspect nécessaire des relations franco-allemandes apparaît toujours aussi évident, le caractère privilégié de ce rapport est de plus en plus remis en cause et ce alors même que nous avons commémoré en 2013 le cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée. Le souhait que l’Allemagne traite tous ses partenaires à égalité (versus qu’elle considère la France comme son partenaire privilégié), qui était déjà largement majoritaire outre-Rhin, se renforce encore davantage cette année et l’opinion symétrique a franchi la barre symbolique des 50 % en France.

Par-delà cette évolution parallèle des deux opinions publiques dans le sens d’une « banalisation » de la relation franco-allemande, les écarts de réponses interpellent. Tout se passe comme si était acté ici le différentiel de puissance économique.

Pour une opinion allemande, s’appuyant sur la solidité de son économie, la nécessité d’entretenir une relation privilégiée avec une France affaiblie deviendrait de moins en moins évidente quand, dans le même temps, les Français actant eux aussi cet écart grandissant y seraient plus attachés mais se résoudraient de plus en plus à la disparition de cet attelage bancal.

Dans ce cadre, le fait que le couple franco-allemand ne soit pas ou plus forcément la structure à privilégier ressort également quand on interroge les deux échantillons sur des projets d’harmonisation des règles économiques et fiscales entre les deux pays. Entre 40 et 56 % des interviewés répondent en effet que ces sujets devraient être traités au niveau européen alors que les libellés des items mentionnent pourtant la France et l’Allemagne.

L’idée d’un déséquilibre croissant et structurel entre les deux pays apparaît à la lecture d’autres résultats. Par rapport à décembre 2012, l’idée selon laquelle les deux pays négocieraient d’égal à égal a reculé de treize points en France et de dix points en Allemagne. Mais par-delà les évolutions, le différentiel de niveau est des plus parlants. Quand 75 % des Allemands jugent ces relations équilibrées, les Français ne sont que 46 % à partager cette opinion, soit un écart de quasiment trente points, signe manifeste d’un déséquilibre.

Le découplage est encore plus visible quand on compare les résultats de certaines questions posées en miroir dans les deux pays.

Par rapport à une précédente enquête datant de décembre 2012, et donc pourtant assez récente, le décrochage de l’image de la France en Allemagne est patent. Ainsi, à l’époque, 58 % des Allemands estimaient que la France s’était affirmée comme le pays dominant en Europe à l’occasion de la crise de l’euro, soit vingt points de plus qu’aujourd’hui. Les résultats de l’époque s’expliquaient sans doute en partie par le souvenir du rôle joué lors du déclenchement de la crise financière par Nicolas Sarkozy quand la France assurait la présidence de l’Union européenne. Ce souvenir s’est depuis estompé et c’est d’abord et essentiellement les mauvais résultats économiques de la France que les Allemands ont en tête quand ils évaluent notre pays. Ceci explique que, en à peine deux ans, la cote de la France soit passée de 87 % « bonne image » à 63 % alors que l’image de l’Allemagne en France demeurait très stable : 81 % contre 85 % en décembre 2012.

Les jugements divergent également très nettement concernant les réformes menées dans le pays voisin au cours des dernières années et ces diagnostics différents contribuent grandement à nourrir l’idée d’un décrochage de la France.

Des convergences et des coopérations à mettre en place au plan économique plus qu’éducatif ou régalien

En dépit (ou à cause ?) de ces représentations divergentes sur les performances économiques des deux pays, un large consensus existe des deux côtés du Rhin pour renforcer la coopération au plan économique. Ainsi, 81 % des Français et 75 % des Allemands sont favorables au « lancement d’un projet de recherche commun entre la France et l’Allemagne dans l’économie du futur (par exemple les objets connectés ou les biotechnologies) » et deux tiers des habitants des deux pays sont favorables à une « harmonisation de la réglementation du travail entre la France et l’Allemagne » ou à « la création d’une agence publique de l’emploi franco-allemande (qui aiderait les Français a trouvé un emploi en Allemagne et vice versa) ». On le voit, alors que le rapport des économistes Jean Pisani-Ferry et Henrik Enderlein vient d’être remis à Emmanuel Macron et à Sigman Gabriel, les opinions publiques française et allemande se montrent bien disposées pour des initiatives communes. Néanmoins, et comme le montre le graphique suivant, l’adhésion à certaines de ces propositions s’est érodée dans les deux pays depuis décembre 2012.

L’adhésion est en revanche moins forte et non homogène entre Français et Allemands concernant d’autres avancées franco-allemandes. Ainsi, en matière éducative, les Allemands, culturellement plus à l’aise avec l’apprentissage des langues étrangères, seraient six sur dix à être favorables à l’instauration d’une année scolaire dans le pays voisin pour tous les lycéens et à l’enseignement généralisé du français dans les écoles allemandes contre symétriquement 49 % et 44 % des Français.

Les Français sont en revanche plus allants sur la création d’une armée commune. Le fait que la France intervienne régulièrement sur des théâtres extérieurs (Libye, Mali, Centrafrique, Irak) contribue à alimenter l’opposition à ce projet en Allemagne, une large partie de l’opinion publique allemande, très attachée au principe de non-intervention de soldats allemands à l’étranger, craignant sans doute de se voir « embarquer » malgré elle sur des théâtres d’opérations lointains par ce biais. La création d’ambassades communes suscite quant à elle des réactions très partagées dans les deux pays, les Français étant plus réticents (42 %) que les Allemands (50 %).

1. Etude réalisée auprès d’un échantillon de 901 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et d’un échantillon de 905 personnes, représentatif de la population allemande âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas par questionnaire auto-administré en ligne du 12 au 18 novembre 2014.

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valencia77
- 02/01/2015 - 15:23
valencia77
pauvres allemands qui vendent leurs BMW aux USA et en Chine. Renault? Le nom est oublie ici...

Mais, he, qui fait le meilleur boudin?
Deudeuche
- 31/12/2014 - 15:01
Enjoy, la moitié de l'Allemagne est catholique,
La France a rejeté la Réforme au 16eme siècle et ses protestants au 17eme. Tu vas fâcher nos concitoyens quasiment tous athées, mais attachés pour beaucoup à être catho non pratiquants (un peu comme les sportifs non pratiquants avec la télécommande de télé dans la main). Leur hostilité à l'économie de marché et leur sublimation du fonctionnariat vient de ce lointain inconscient catholique, par contre le christianisme qui est évidemment aussi dans le catholicisme, ils l'ont mis à la poubelle pour la post-modernité hédoniste.
Quant à la supériorité germanique version Sedan 1940 sans parler de l'horrible reste, tu risques de te le prendre dans les dents. Les Allemands ont eu des grands délires tragiques, dans leur supériorité destructrice ou créatrice. Maintenant ils sont de pathétiques pacifistes.
Enjoy
- 31/12/2014 - 10:49
Depuis le début du 19 eme , l'Allemagne nous est supérieure dans
tous les domaines : sociétaux , industriels , éducation ... aucune aigreur juste du factuel ... au lieu de nous en inspirer nous préférons continuer à nous moquer et à critiquer .
Le modèle protestant basé sur la responsabilisation et le travail est beaucoup mieux adapté à un environnement mondialisé que le notre , on commence à le comprendre .