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Comment l’Éducation nationale organise la mort de l'école

Publié le 12 septembre 2014
Les débats autour des rythmes scolaires ou l'enseignement des "études de genre" ne font que masquer le véritable problème qui mine l'école française et ses méthodes.
Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.
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Les débats autour des rythmes scolaires ou l'enseignement des "études de genre" ne font que masquer le véritable problème qui mine l'école française et ses méthodes.

Ce qui est peut être l'aspect le plus frustrant du débat politique français est que, bien trop souvent, le problème n'est pas tant les réponses à poser aux questions que les questions elles-mêmes et les prémisses qui les sous-tendent. Les débats autour de l'Education nationale sont particulièrement symptomatiques.

Prenons le débat autour des rythmes scolaires. Vaut-il mieux avoir cours le mercredi matin ou pas ? Je continue de refuser de répondre à cette question, parce que la prémisse absolument absurde et destructrice est l'idée qu'il puisse y avoir une réponse à cette question qui s'appliquerait également à tous les enfants de France et de Navarre. Le problème de la question n'est pas la réponse - cours le mercredi matin ou pas - mais la prémisse - l'idée que tous les enfants de France doivent rentrer dans le même moule et être éduqués de la même manière.

Une phrase que j'aime beaucoup est “Les débats entre universitaires sont si furieux parce que les enjeux sont si petits.” La phrase est en apparence paradoxale, mais en réalité non : si tout ce que vous avez c'est un quignon de pain, vous vous battrez jusqu'à la mort pour le garder. Si vous avez échoué dans vos ambitions de jeune universitaire d'être un grand intellectuel qui révolutionnera son domaine, tout ce qui vous reste c'est de pouvoir faire des petites contributions dans des journaux lus par trois autres universitaires tout aussi jaloux de leur quignon de pain. De la même manière, de nombreux débats publics semblent refléter un désaccord profond, mais ce désaccord profond cache un accord plus profond encore sur quelque chose que tout le monde sait mais que personne ne peut s'avouer, et qu'on cache donc en inventant des débats.

C'est le cas du débat autour de l'enseignement des “études de genre” à l'école. Faut-il enseigner les études de genre aux petits enfants ? Personne ne semble plus farouchement adverses, avec des visions du monde plus diamétralement opposées, que les partisans et les opposants des études de genre à l'école. Pourtant ils sont en accord fondamental sur le point qui sous-tend le débat : les deux camps sont d'accord pour penser que l'école de la République est capable de transmettre de la culture et transmet de la culture. Les partisans des études de genre sont partisans des études de genre parce qu'ils pensent que si on enseigne les études de genre à l'école, ça changera la manière de vivre et de penser des élèves - ce sur quoi les opposants sont parfaitement d'accord, ce qui est pourquoi ils s'y opposent si furieusement.

Il me semble que l'évidence, que tout le monde sait et que personne ne veut admettre, est que depuis au moins cinq ou six décennies, l'école est en réalité tout à fait incapable de transmettre de la culture, et que quoi qu'on mette au programme, ça ne changera pas fondamentalement la manière de vivre et de penser des élèves. Les élèves aujourd'hui sont bien plus formatés par (par exemple) la télé que par l'école. C'est la réalité que tout le monde sait mais que personne ne veut admettre, parce que personne ne sait comment y répondre, donc on invente des débats pour la nier.

Tous ces débats de pacotille sont des fourmis qui masquent la montagne que tout le monde voit mais dont personne ne veut admettre l'existence : l'école n'enseigne plus et ne transmet plus.

C'est dans le cadre de ces prolégomènes que je voudrais parler de Céline Alvarez. Céline Alvarez est une jeune enseignante. Céline Alvarez est une idéaliste. Céline Alvarez a rejoint l'Education nationale, et a créé une classe avec une méthode pédagogique innovante au sein d'une école de ZEP. Céline Alvarez a donc été contrainte à la démission de l'Education nationale.

Cest ça qui tue l'école, et c'est donc ça dont personne ne veut parler. Le modèle de l'enfant sur lequel les méthodes d'éducation de l'Education nationale reposent (et également de l'enseignement privé sous contrat, obligé de suivre les méthodes de l'Education nationale) est un modèle parfaitement décrédibilisé par tous les travaux scientifiques sérieux. C'est un modèle cartésien, fondé sur la dualité entre corps et esprit, et qui dissocie corps et esprit dans l'apprentissage. C'est un modèle lockéen, qui voit l'enfant comme un “vase vide” qui n'apporte rien et que l'enseignant remplit. C'est enfin et surtout un modèle issu de l'ère industrielle, qui voit les écoles comme des usines, où une matière première indifférenciée entre et est transformée en des produits standardisés.

Historiquement, le concept de sonnerie à l'école a été inventé, explicitement, en imitation de la sonnerie qui annonce le début et la fin des travaux à l'usine. L'idée que les enfants vont de classe en classe cours après cours est issue du concept de travail à la chaîne, ou l'ouvrier (l'enseignant) reste à son poste et le produit (l'enfant) avance à la chaîne.

Ce modèle est un échec complet et nous en voyons les désastres tout autour de nous. Céline Alvarez a fondé sa classe sur la méthode Montessori, qui fait ses preuves depuis un siècle. Maria Montessori, première femme médecin en Italie, appelait sa méthode “la méthode scientifique” : contrairement à toutes les autres méthodes de l'éducation, elle n'est pas fondée sur un modèle abstrait de l'enfant, mais sur une examination scientifique et expérimentale de ce qui permet à l'enfant d'apprendre et de s'épanouir. Et c'est pour ça que la méthode Montessori, qui a commencé avec les enfants les plus pauvres de Rome, fait ses preuves partout où elle est appliquée. Les enfants Montessori lisent plus tôt et sont meilleurs en maths et, ce qui est peut être plus important, sont heureux tous les matins d'aller à l'école.

Mais l'idée qu'il faut expérimenter avec de nouvelles méthodes remet en cause trop de prémisses. C'est pour ça qu'il faut éliminer le plus discrètement possible les Céline Alvarez, et continuer à faire tourner un système qui a montré son échec depuis des décennies.

 

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Commentaires (8)
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Nicolas V
- 04/10/2014 - 11:24
Volonte politique
Illettrés, aculturés, choix politique : destruction. Préparation de masses sans jobs (assistanat ) abrutis par Tv, consommateurs et "votant bien ". Un lumpen prolétariat à la botte (Allemagne /jobs précaires ) tt baigne ! Elle est pas belle, la vie ? Savoir et culture sont source d'émancipation , d'esprit critique, au moins, alors : que nenni.
artesan
- 13/09/2014 - 17:28
Une analyse à affiner
Le constat de l'échec de l'école en France est, aujourd'hui, de + en + compris et admis. L'Education Nationale est un morceau d'Union Soviétique dans une France où l'idéologie socialiste atteint, mais pour l'heure dans une moindre mesure, l'ensemble du corps économique et social.
Je suis enseignant et je partage en grande partie l'analyse de M. Gobry. Je souhaite juste compléter ici sa réflexion pour dire qu'il faut se méfier des méthodes pédagogiques miracle. Le désastre actuel du système éducatif est lié à son centralisme, à son immobilisme, à son incapacité à mesurer ses résultats réels et à s'adapter. Seule une plus grande autonomie des établissements scolaires pourrait permettre d'améliorer les méthodes de travail et les résultats. Si une telle autonomie leur était donnée, nous verrions fleurir une grande diversité de projets et de méthodes pédagogiques adaptées à la grande diversité des publics d'élèves. Mais pour cela nous devons nous libérer de l'idéologie égalitariste et de la mainmise des syndicats et des corporations qui, dans l'organisation actuelle, dirigent et profitent du système. Il s'agit là d'un enjeu essentiel pour notre pays.
Pirarucu
- 13/09/2014 - 17:13
Ecole parentale
Beaucoup de parents sont déjà passés à l'école parentale. Les enfants lisent et écrivent parfaitement sans avoir à subir des idéalismes philosophiques divers ou des idéologies religieuses. Tout est au choix des parents. Car je rappelle que ce sont NOS enfants, pas les enfants de l'Etat.