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Les entrepreneurs parlent aux Français

Les gêneurs : pourquoi le crowdfunding n'épargnera pas les banquiers très longtemps

Publié le 03 février 2014
Fédérations, confédérations, syndicats et ordres de tous poils briment les innovateurs au lieu de les encourager à créer de la richesse et des emplois. Voilà pourquoi "Les gêneurs" lancent leur mouvement.
Joachim Dupont
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Joachim Dupont est conseiller financier agréé auprès de l’AMF.
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Fédérations, confédérations, syndicats et ordres de tous poils briment les innovateurs au lieu de les encourager à créer de la richesse et des emplois. Voilà pourquoi "Les gêneurs" lancent leur mouvement.

Depuis plusieurs mois, l’économie semble regorger de ces gêneurs, des entrepreneurs de plus en plus nombreux et de plus en plus gênants ! Mais que le cartel des télécoms se rassure, il n’est plus seul à rêver du doux souvenir d’un proche passé où statu quo et entente étaient de mise.

Désormais, les hôteliers ont eux aussi leur gêneur, avec Airbnb, le site de locations entre particuliers. La cause de la gronde des hôteliers ? En 2013, 223 000 voyageurs ont préféré le charme d’un séjour chez l’habitant au détriment d’un séjour au sein d’un hôtel sans âme.

Paris n’est pas un cas isolé, la startup affiche une croissance mondiale insolente avec plus de 10 millions de nuitées vendues en 5 ans.

Plus récemment encore, ce fut au tour des taxis de faire de la résistance face à l’arrivée en trombe des chauffeurs d’Uber, startup californienne soutenue à coup de centaines de millions de dollars par Google.  

Le corporatisme des chauffeurs de taxis n’en est pas à son coup d’essai. Le gouvernement précédent avait tenté une libération du marché en 2008 pour augmenter le nombre de taxis dans la capitale ; les opérations escargots avaient eu raison de la patience de l’exécutif.  

Bis repetita, en 2013, cette fois pour protester contre la concurrence jugée déloyale  des Véhicules de Tourisme avec Chauffeur (VTC).

Là encore, le corporatisme sort vainqueur du bras de fer réglementaire. Les VTC devront désormais attendre 15 minutes avant de pouvoir prendre un client…

Que l’on se le dise, les taxis parisiens souhaitent continuer à pester dans leur auto en toute impunité.

Mais qu’ont en commun ces corporatismes adeptes de l’immobilisme ?

Les corporatismes les mieux organisés sont souvent des activités réglementées, rendant difficile l’arrivée de nouveaux acteurs et des activités présentant peu ou pas de produits de substitution.

Ainsi le client se retrouve prisonnier d’un service dont il a besoin mais dont la qualité ou le prix peut ne pas être au rendez-vous.

C’est ici que les gêneurs interviennent, en identifiant une opportunité d’amélioration du service proposé, un besoin client non assouvi ou en proposant une offre mieux adaptée.

Commander un taxi par smartphone ou payer sa course de taxi par carte bleue, à l’heure du paiement par mobile et de l’avènement du bitcoin semble être le minimum exigible. Et pourtant !

Demander à son banquier de connaître la destination des fonds confiés semble être le minimum syndical en termes de transparence après les excès des années 2000. Et pourtant !

Ainsi le gêneur identifie les modèles économiques dépassés, exploitant pleinement les nouvelles technologies et se concentrant sur les attentes des clients. En un mot, le gêneur innove. Et s’il gêne tant la vieille économie, c’est qu’il est dans l’air du temps.

Comment consommer de manière plus intelligente ? Comment faire plus avec moins ? Comment payer un prix juste et contrer les situations de rente ? Les théories autour de l’innovation frugale et de l’économie collaborative favorisent l’émergence de nouveaux modèles, n’en déplaisent aux anciens.

La finance 2.0

Les financiers du monde entier freinent des quatre fers pour étouffer la croissance du crowdfunding (financement par la foule). Derrière ce barbarisme, une ambition simple créer la banque du XXIème siècle.

Le principe : fédérer une large communauté d’internautes venant soutenir financièrement le développement d’entreprises ou de projets (culturels, artistiques ou autre).

Avec le crowdfunding, votre banquier, c’est vous, comme dirait l’autre.

Au détour d’une conversation, un banquier concédait récemment en évoquant le sujet du crowdfunding « ces gens-là sont bien sympathiques, mais laissons les gens sérieux faire de la finance ».

Justement, les gens sérieux semblent bien peu préoccupés  par « l’air du temps ». 

La crise financière est passée par là et a laissé des séquelles auprès des épargnants et de toute une génération, la génération Y en particulier. Et pourtant, ce sera bien cette dernière qui sera en charge dans les prochaines années, qui entreprendra (et qui entreprend déjà) et qui sera amenée à imaginer les modèles de demain.

Mais les gêneurs se sont déjà mis en ordre de marche. Preuve s’il en fallait une qu’il existe une demande pour une finance plus transparente et moins intermédiée, les plateformes devraient collecter 10 milliards de dollars en 2014 (contre 5 milliards en 2013).

Epiphénomène qui faisait sourire les financiers il y a quelques années, le crowdfunding intrigue et gêne désormais. Et ce à mesure que le montant des collectes augmente et que les gouvernements se prennent d’affection pour cette nouvelle source de financement, redynamisant l’investissement dans les PME à l’heure où les caisses sont vides.

Car c’est bien en période de crise que les gêneurs sont le plus à l’aise. D’après la fondation Kauffman pour l’entrepreneuriat aux Etats-Unis, plus de la moitié des entreprises du classement Fortune 500 (500 entreprises les plus puissantes des Etats-Unis), ont été fondées durant des périodes de récession ou de retournement économique. Parmi ces dernières, nous retrouvons Fedex, CNN, Microsoft…

Ainsi qu’il s’attaque aux chauffeurs de taxis, aux banquiers ou aux hôteliers, le gêneur est le symbole d’une génération d’entrepreneurs qui apprend à composer avec un héritage encombrant : une économie morne, dépourvue de toute consommation ou espoir de croissance.

Alors aux corporatistes en tout genre, aux rentiers, aux adeptes de l’immobilisme et du "c’était mieux avant", nous pouvons annoncer que les gêneurs arrivent et ne s’arrêteront pas en chemin, pour le bien du plus grand nombre.

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jemima
- 03/02/2014 - 21:27
liste incomplète ...
tout se loue et même les véhicules de particuliers à la demi-journée ...
le secteur des ventes d'occasions est lui aussi en train de révolutionner les habitudes d'achats ...
on y fait des affaires et surtout l'on rencontre des personnes convaincues de consommer autrement ...
à ce rythme, c'est tout un pan de l'économie qui échappera à l'impôt ... quand le travail se "libéralise" lui aussi de façon clandestine, c'est toute la société qui est en mutation ... et cette fois les lobbies n'y pourront rien ...
Djelmé
- 03/02/2014 - 16:32
Boîte de nuit
Si le corporatisme c'est vouloir interdire l'entrée dans une boîte, l'impérialisme c'est de remplir cette boîte avec ses amis de sorte que, pleine, elle ne peut que refuser du monde.
L'innovateur d'aujourd'hui, en effet, sera demain corporatiste ou impérialiste s'il a vraiment bien manœuvré, s'il a été capable de kicker les membres de la corporation pour ensuite les faire entrer, au prix fort.
L'innovation n'est jamais qu'une inventivité alliée au pragmatisme. Cela se fait depuis toujours outre-Atlantique, en soi c'est très bien.
C'est après que ça se gatte. En vouloir est une chose, faire sa place est d'une dynamique humaine, entrepreneuriale noble. Mais vivre et laisser mourir, s'agrandir au point de tout rafler sur son passage fait évoluer la noblesse de départ en sang-sue malfaisante. Et pourtant, le choix existe-t-il si une entreprise n'a d'autre alternative que de bouffer sa voisine pour ne pas être elle-même dévorée ?
Le système marche, il n'en est pas de meilleur (ou de moins mauvais), mais il ne survivra qu'à une condition : un minimum d'éthique. Sinon c'est un château de cartes qui s'effondrera, et Marx qui gagnerait.
ignace
- 03/02/2014 - 15:48
@SteakKnife.........trés bonne remarque
........